Quand un feu de forêt éclate, les premières images montrent presque toujours un Canadair. Pourtant, une bonne part du travail aérien se fait en hélicoptère : un appareil qui décolle d'un pré, puise dans un lac à deux kilomètres des flammes, largue au ras des cimes et recommence sans repasser par une base. En France, ces machines n'ont pas un seul propriétaire. L'État exploite plusieurs dizaines de Dragon, qui sont d'abord des hélicoptères de secours et dont 36 exemplaires neufs sont commandés pour 2024 à 2028[3]. Il en loue chaque été une dizaine d'autres, lourds ou légers, sous les indicatifs Puma et Condor[1]. Les départements, enfin, louent les leurs, les Morane, et l'été 2026 a vu arriver un invité hors norme : un Chinook australien capable d'emporter plus de onze tonnes par largage[10][11].
Cette page sert de porte d'entrée aux fiches consacrées à chacune de ces familles. Elle répond aux questions que l'on se pose en voyant tourner un hélicoptère au-dessus d'un massif : à quoi sert-il, à qui appartient-il, combien d'eau emporte-t-il, pourquoi ne vole-t-il pas la nuit, et comment le retrouver sur la carte en direct.
Pourquoi on l'appelle quand le Canadair ne peut pas venir
Tout commence par le rythme. En 2022, l'ensemble des hélicoptères lourds mobilisés par l'État, loués ou réquisitionnés, a réalisé 5 737 largages en 752 heures de vol[22] : un peu plus de sept largages par heure passée en l'air, trajets inclus. Airbus avance de son côté un intervalle de cinq à dix minutes entre deux largages lorsque l'eau se trouve à proximité[13]. Illustration concrète en juillet 2025 : un H225 de l'exploitant Airtelis, sa poche de 4 500 litres pendue à trente mètres sous la cabine, a déversé près de 500 000 litres en huit à neuf heures sur les incendies des Pennes-Mirabeau et de Marseille[12].
Vient ensuite le terrain. L'hélicoptère peut ralentir jusqu'à presque s'immobiliser au-dessus de sa cible, là où un avion la survole en ligne droite et à vive allure. Les sénateurs notent qu'il travaille ainsi dans des secteurs fermés aux avions, relief marqué ou abords des villes[4]. C'est ce qui le rend utile quand les flammes lèchent un quartier ou remontent un vallon encaissé.
Reste la question de l'eau, et c'est là que l'écart est le plus net. Pour écoper, un Canadair exige un plan d'eau long d'au moins 250 mètres[4]. L'hélicoptère, lui, se satisfait d'une retenue profonde d'environ trois mètres, pourvu qu'une zone d'une trentaine de mètres de diamètre soit libre d'obstacles pour le vol stationnaire[7]. Les modèles légers peuvent même puiser dans une réserve souple ouverte, profonde d'un mètre, que les pompiers installent et remplissent depuis un poteau d'incendie ou un camion[7]. La décision finale sur le point de puisage appartient au pilote[7].
Le détail des manœuvres, l'ordre de passage entre avions et hélicoptères et le rôle de l'officier qui les guide depuis le sol sont expliqués dans la page sur la coordination entre le sol et les airs et dans celle consacrée à l'écopage et aux norias.
Trois propriétaires, trois logiques
L'État et ses Dragon : des sauveteurs avant tout
Les hélicoptères de la Sécurité civile portent l'indicatif « Dragon » suivi du numéro du département de leur base. Leurs bases sont réparties sur le territoire et présentées par la Sécurité civile sur sa page consacrée aux moyens aériens[2] ; leur nombre exact évolue avec l'arrivée des H145. Celui de Bordeaux, Dragon 33, est prépositionné sur le littoral pendant les beaux jours : en 2024, il a tenu Lacanau les week-ends dès le 13 avril, puis un détachement permanent du 16 juin au 20 septembre, avec un médecin et un sauveteur nautique à bord[15].
Ces appareils, des EC145 en cours de remplacement par des H145, sont conçus pour le treuillage et le secours à personne : depuis 2004, Dragon 33 a secouru plus de 3 000 personnes[15]. Le marché notifié à Airbus prévoit 36 H145 neufs pour la Sécurité civile entre 2024 et 2028, avec treuil, caméra thermique et, pour affronter le réchauffement, une capacité de bombardier d'eau de près de 1 000 litres destinée à l'attaque des feux naissants[3]. Le premier Dragon équipé d'un réservoir souple entre en service en Haute-Corse à l'été 2026, après une expérimentation en 2025[21] ; le ministère parle de Dragon « adaptables en 20 minutes » parmi les renforts en cours de test[1]. Bases, missions et renouvellement de la flotte sont détaillés dans la fiche Dragon EC145 et H145.
L'État loueur : Puma et Condor pour l'été
Pour disposer de vrais bombardiers d'eau à voilure tournante, l'État ne les achète pas : il les loue, avec équipages et mécaniciens, depuis 2020[4]. Les lourds volent sous l'indicatif Puma, les légers sous l'indicatif Condor, quel que soit l'exploitant retenu. La saison 2026 compte 6 lourds et 4 légers[1], contre 10 appareils au maximum mobilisables selon le rapport budgétaire de 2024[5]. La saison court de juillet à septembre, avec une extension possible du 1er octobre au 31 mai[6] ; lors de la première saison, en 2020, deux lourds avaient été loués du 15 juillet au 30 septembre, un H225 à Corte et un H215 à Avignon[14].
Ordre de grandeur des emports : 4 000 litres pour un lourd contre 800 à 1 000 litres pour un léger selon le Sénat[4], 4 000 à 4 500 litres pour un H225 et 1 200 litres pour un H125 selon Airbus[13]. Les Condor et les Puma ont chacun leur fiche dans cette catégorie.
Les départements et leurs Morane
Le bilan 2026 du ministère de l'Intérieur compte 27 moyens aériens appartenant aux SDIS, pour l'essentiel des bombardiers d'eau légers[1]. Ces hélicoptères volent sous l'indicatif Morane suivi du numéro du département. Ils sont loués localement, souvent avec l'argent du conseil départemental : la Sarthe a engagé 300 000 euros hors taxes pour un à deux mois en juillet 2026, avec un décollage promis en moins de dix minutes[18] ; le Vaucluse a réceptionné le 4 juillet 2026 au Thor un Écureuil AS350 B3 équipé d'un réservoir souple de 900 litres, financé par une convention 2025-2026[19] ; la Haute-Corse positionne deux Écureuil à Corte dès la mi-juillet, avec un kit ventral de 1 000 litres ou un réservoir souple de 1 225 litres, 80 litres de moussant et un commando de 12 à 15 sapeurs-pompiers et forestiers[20]. Ces dispositifs départementaux, ainsi que l'hélicoptère de commandement de la Gironde, ont leur propre page : les moyens aériens des SDIS.
| Famille | Propriétaire ou financeur | Eau par largage | Remplissage | Présence | Indicatif |
|---|---|---|---|---|---|
| Dragon (EC145, H145) | État, Sécurité civile[2] | Près de 1 000 L sur les H145 équipés, sinon aucun[3] | Réservoir souple, en cours de déploiement[21] | Toute l'année, bases réparties sur le territoire[2] | DRAGON + département |
| Lourd loué (Super Puma, H215, H225) | État, location saisonnière[1] | 3 000 à 4 500 L[5][13] | Réservoir souple sous élingue, pompe intégrée[12] | Juillet à septembre, 6 en 2026[1][6] | PUMA + numéro |
| Léger loué (Écureuil, H125) | État, location saisonnière[1] | 800 à 1 200 L[4][13] | Réservoir souple ou kit ventral, citerne possible[7] | Été, 4 en 2026[1] | CONDOR + numéro |
| Léger départemental (Écureuil, H125) | SDIS et conseil départemental[18][19] | 900 à 1 225 L selon le kit[19][20] | Réservoir souple ou kit ventral[20] | Un à trois mois d'été, 27 moyens en 2026[1] | MORANE + département |
| Chinook CH-47D | Australie, mise à disposition[8] | 11 300 L d'eau ou de retardant[10][11] | Aspiration en 90 secondes environ[11] | Août à fin septembre 2026[11] | HELITAK 211 (indicatif australien)[11] |
Le calcul économique de la location
Pourquoi louer plutôt qu'acheter ? Les rapports budgétaires du Sénat donnent les termes du calcul. La location des hélicoptères lourds a coûté 14,3 millions d'euros en 2022, année des grands feux de Gironde, pendant laquelle l'État a dû louer deux appareils supplémentaires en urgence et en réquisitionner huit[22]. Le marché pluriannuel qui a suivi a représenté 17,2 millions d'euros toutes taxes en 2023, 7,5 millions au 31 juillet 2024 et environ 18,4 millions estimés pour 2025[5]. Pour 2025 et 2026, 30 millions d'euros sont inscrits pour la location d'aéronefs, hélicoptères et Air Tractor confondus[6].
En face, un H225 neuf configuré pour le feu est chiffré à environ 46 millions d'euros, sans compter son entretien, quand 15 millions par an permettent d'en prépositionner jusqu'à six simultanément[5]. Le rapport de 2023 avançait pourtant un chiffre bien plus bas, 25 millions d'euros environ pour un Super Puma, et recommandait d'accélérer l'acquisition d'hélicoptères lourds pour diversifier la flotte[4]. Le choix de la location tient aussi à la saisonnalité : un appareil possédé coûte douze mois, un appareil loué trois.
Deux prix pour un même hélicoptère
Selon le rapport du Sénat consulté, le prix d'un hélicoptère lourd bombardier d'eau neuf est de 25 millions d'euros (2023)[4] ou de 46 millions d'euros (2024)[5]. L'écart tient probablement au modèle retenu et aux équipements comptés ; nous citons les deux sans trancher.
La nuit, une capacité nouvelle
En France, les aéronefs de lutte contre les feux de forêt ne larguent pas entre le coucher et le lever du soleil[10]. C'est ce qui rend l'été 2026 singulier. Livré en pièces par deux avions-cargos C-17 de l'armée de l'air australienne au début du mois d'août, avec 24 personnels, un Chinook CH-47D du service rural des incendies de Nouvelle-Galles du Sud, exploité par Coulson Aviation et immatriculé N47CU, s'est installé sur la base aérienne de Mont-de-Marsan[11]. Sa cabine abrite un réservoir de 11 300 litres, qui peut contenir de l'eau ou du retardant et se remplit par aspiration en 90 secondes environ[10][11] ; la Sécurité civile le destine à l'attaque directe des feux, en un seul largage massif ou en plusieurs passes[8].
Le 14 août 2026, il intervient pour la première fois sur le feu de Luglon, dans les Landes[11]. Puis, dans la nuit du 17 au 18 août, de 21 h 40 à 0 h 35, il enchaîne les rotations entre le lac de Commanday et ce même feu, déclaré fixé dans la journée : une première en France, obtenue sous un régime dérogatoire diplomatique[10]. Il ne vole pas seul : un Bell 412 de 1 800 litres, doté d'une caméra multispectrale, désigne les cibles à l'appareil lourd[11] ; ses équipements optroniques repèrent obstacles et points chauds, et les deux machines gardent entre elles au moins 500 pieds d'écart vertical[10] ; un Dragon marque la zone de largage[8]. À la date de l'article d'AeroTime, plus de 280 000 litres avaient été largués[11].
La Sécurité civile juge les essais concluants et retient l'appareil jusqu'à la fin septembre 2026, tout en précisant qu'il complète les Canadair, les Dash et les hélicoptères loués sans les remplacer[8][9]. Le coût de cette mise à disposition n'est pas public.
Les hélicoptères des armées : le protocole Héphaïstos
Depuis 1984, un protocole entre le ministère de l'Intérieur et le ministère des Armées permet d'engager des militaires et leurs hélicoptères contre les feux de forêt ; il couvre tout le territoire national depuis 2023[1]. L'été 2022 en donne la mesure : du 24 juin au 22 septembre, un détachement de 17 militaires des 5e et 3e régiments d'hélicoptères de combat a tenu en alerte à Brignoles, dans le Var, une Gazelle servant de poste de commandement volant, un Cougar et un Puma, pour transporter en urgence des pompiers et du matériel vers des zones inaccessibles et évacuer des blessés[16].
En 2026, l'armée de l'Air et de l'Espace engage depuis le 22 juillet les Caracal de l'escadron 1/67 « Pyrénées », basé à Cazaux en Gironde, pour des missions de guet à vue aérien : capables de voler de jour comme de nuit, ils repèrent les nouveaux départs de feu[17]. Ces appareils militaires ne larguent pas d'eau dans les sources que nous avons consultées ; leur apport est le transport, la reconnaissance et l'évacuation. Le sauvetage par câble, commun aux Dragon et aux hélicoptères militaires, fait l'objet d'une page dédiée au treuillage.
Reconnaître un hélicoptère sur la carte en direct
Notre carte reçoit les positions émises par les appareils eux-mêmes. Un hélicoptère se signale d'abord par sa catégorie d'émetteur, notée A7 pour les voilures tournantes, puis par son code de type : EC45 pour un EC145 comme pour un H145, AS32 pour un Super Puma ou un H215, EC25 pour un H225, AS50 pour un Écureuil ou un H125, H47 pour le Chinook et B412 pour le Bell qui le guide. Les Dragon émettent souvent leur indicatif complet, DRAGON suivi du département, ou une immatriculation en F-ZBP ou F-ZBQ ; les appareils loués émettent un indicatif PUMA, CONDOR ou MORANE, plus rarement leur immatriculation étrangère.
Sur la carte en direct, un hélicoptère qui alterne des allers-retours courts entre un plan d'eau et un même point, à basse altitude, réalise une noria de largages. Depuis cette page, le bouton de la carte vous amène directement au-dessus de Mont-de-Marsan, où le Chinook a stationné pendant l'été 2026. Les appareils loués pour la saison ne figurent pas dans notre registre d'immatriculations, faute de liste publique : ils apparaissent grâce à leur indicatif ou à leur type, et un Écureuil loué peut être confondu avec un hélicoptère privé de passage. Le volet consacré aux avions explique, lui, comment lire une boucle d'écopage de Canadair.
Les fiches de cette catégorie
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Treuil, aérocordage, nacelle Escape et évacuation d'urgence : l'hélicoptère au service des personnes pendant un incendie de forêt.
Questions fréquentes
Pourquoi les hélicoptères Dragon ne larguent-ils presque jamais d'eau ?
Parce que leur métier premier est le secours : treuillage en mer ou en montagne, transport d'un médecin, évacuation d'un blessé. Sur un feu, un Dragon sert surtout à reconnaître, à guider ou à déposer une équipe. Seuls quelques H145 récents peuvent recevoir un réservoir souple d'environ 1 000 litres, et un Dragon de Haute-Corse devient bombardier d'eau à partir de l'été 2026 après une expérimentation menée en 2025.
Un hélicoptère loué pour l'été appartient-il aux pompiers ?
Non. Les Puma et les Condor sont loués par l'État auprès d'exploitants privés pour la saison, avec leurs pilotes et leurs mécaniciens, et rendus à l'automne. Les Morane sont loués de la même façon, mais par un service départemental d'incendie et de secours, souvent avec l'aide financière du conseil départemental. Dans les deux cas, l'immatriculation change d'une année sur l'autre.
Combien d'eau un hélicoptère emporte-t-il par rapport à un Canadair ?
Un hélicoptère léger de type Écureuil emporte entre 900 et 1 225 litres selon le kit installé, un Super Puma ou un H225 entre 3 000 et 4 500 litres, et le Chinook australien plus de 11 000 litres. Un Canadair emporte environ 6 000 litres. La comparaison utile n'est pas le volume d'un seul largage mais le volume posé en une heure, qui dépend de la distance au point d'eau.
Pourquoi les largages de nuit sont-ils si rares en France ?
Les aéronefs de lutte contre les feux de forêt n'ont pas le droit de larguer entre le coucher et le lever du soleil, pour des raisons de sécurité des équipages et des équipes au sol. Les largages du Chinook dans la nuit du 17 au 18 août 2026, sur le feu de Luglon dans les Landes, ont été réalisés sous un régime dérogatoire, avec un hélicoptère guide équipé d'une caméra et une séparation verticale imposée entre les deux appareils.
Un hélicoptère peut-il se remplir dans une piscine ou un petit étang ?
Un hélicoptère bombardier d'eau a besoin d'un point d'eau d'environ trois mètres de profondeur, avec une zone de vol stationnaire d'une trentaine de mètres de diamètre sans arbre, pylône ni câble. Les hélicoptères légers peuvent aussi puiser dans une citerne souple ouverte d'un mètre de profondeur, installée par les pompiers et alimentée par une borne ou un camion. Le choix du point d'eau revient toujours au pilote.
Comment savoir si l'hélicoptère que je vois sur la carte largue de l'eau ?
La carte affiche le type émis par l'appareil et, quand elle le connaît, son rôle. Un indicatif qui commence par PUMA, CONDOR ou MORANE désigne presque toujours un bombardier d'eau loué, et une succession de courts allers-retours entre un plan d'eau et un même point à basse altitude signe une noria de largages. Un DRAGON qui tourne au-dessus d'un feu est plus souvent en reconnaissance ou en guidage.