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Coordination air-sol : comment un largage est demandé, autorisé et exécuté

Un Canadair ne largue jamais de sa propre initiative. Entre la demande écrite d'un département et les six tonnes qui tombent sur la lisière, une chaîne de décisions se déroule en quelques minutes. Voici laquelle, et pourquoi tout le monde s'écarte au sol.

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Mis à jour le 15 septembre 2026Vérifié le 15 septembre 20262 290 motsCatégorie : Doctrine et tactiques de lutte contre les feux de forêt

Sommaire
  1. Une demande écrite avant le premier décollage
  2. Sur zone, chacun a un nom et une fréquence
  3. Le dialogue qui précède chaque passage
  4. Six tonnes qui tombent, et tout le monde à l'abri
  5. Noria, ligne d'appui et travail au sol
  6. Le cylindre où aucun drone n'a le droit d'entrer
  7. Le soir venu, les soutes restent fermées
  8. Questions fréquentes

Sur un grand feu, l'image qui reste est celle de l'avion jaune et rouge qui passe bas et vide ses soutes. Ce que l'image ne montre pas, c'est la file d'attente de décisions qui a rendu ce passage possible. Un largage n'est jamais l'initiative d'un pilote qui trouve le foyer intéressant : il est demandé par écrit depuis une salle opérationnelle, accordé à l'échelon national, puis autorisé passage par passage depuis le sol[1].

Cette page suit la séquence complète, du formulaire envoyé par le département jusqu'au moment où l'eau touche les arbres et où des équipes reprennent le travail dessous. Elle explique aussi pourquoi un appareil de loisir lancé par curiosité au-dessus d'un incendie peut arrêter net toute l'opération aérienne.

40 mde part et d'autre de l'axezone à dégager avant le passage, source 2
4 appareilscomposent une noria de Canadairparfois deux selon la flotte disponible, source 1
9 260 mrayon interdit aux droneset 1 524 m de hauteur, source 1
3 foisle message d'annulation est répété« ne larguez pas », source 1

Une demande écrite avant le premier décollage

Tout commence par un appel téléphonique de la salle opérationnelle départementale vers le centre opérationnel de zone, suivi d'un message formalisé. Deux couleurs existent : l'alerte verte annonce un besoin prévisionnel pour le lendemain, l'alerte rouge demande des appareils tout de suite[1].

Le contenu du message dépend du stade du sinistre. Sur un feu qui vient de naître, la rapidité prime et les informations exigées restent légères. Sur un feu installé, le message détaille les enjeux et précise le produit attendu, eau ou retardant[1]. Chaque renfort supplémentaire fait l'objet d'un nouveau message rattaché au premier.

Si la demande est recevable, la zone saisit l'échelon national, qui décide seul de l'emploi de la flotte d'État. En été, ce rôle est tenu depuis Nîmes par un centre de coordination avancé dont l'indicatif radio est « Platon »[1]. Les délais surprennent parfois : un département du Massif central annonce à ses équipes une demi-heure de vol depuis Nîmes, moins encore si un appareil déjà en l'air est dérouté[3].

L'exception du guet aérien armé

Un avion qui patrouille déjà, soute pleine, échappe partiellement à ce circuit. Si son équipage repère un départ, il prévient l'échelon national et attend l'autorisation. En l'absence totale de contact avec une autorité au sol, et seulement devant un danger imminent, il peut décider seul du largage, sous son entière responsabilité, puis rendre compte[1].

Sur zone, chacun a un nom et une fréquence

Dès que des appareils arrivent, le commandant des opérations de secours désigne un interlocuteur unique du ciel, appelé cadre Aéro. C'est un officier titulaire de la qualification feux de forêt de niveau 4 (FDF4), autant que possible déchargé de toute autre tâche, qui veille en permanence la fréquence air-sol du chantier jusqu'au départ du dernier aéronef. Son indicatif reprend le nom du feu[1][3].

En l'air, l'organisation dépend de la densité du trafic. Chaque type d'avion engagé a son chef de noria, un pilote qui commande les appareils semblables au sien et parle aux autres chefs de noria. Quand le chantier se complique, un coordonnateur dédié embarque à bord d'un bimoteur de liaison et prend l'indicatif Icare suivi du nom du feu[1]. Son travail est décrit dans notre fiche sur l'avion qui le transporte.

Les appareils financés par les départements portent d'autres noms : Horus pour l'observation, Morane pour ceux qui larguent. Le préfixe « Aéro » leur est interdit, précisément pour qu'aucune confusion ne soit possible avec l'officier resté au sol[1][3]. À l'arrivée des avions de l'État, ces machines locales sont écartées du secteur, et ne reviennent que si le dialogue radio et la formation de leurs pilotes le permettent[1].

Trois liaisons fonctionnent en parallèle : celle du chantier, celle qui relie les équipages à l'échelon national, et celle qui permet aux aéronefs de se parler entre eux. La discipline imposée tient en quelques mots : messages courts, débit lent, phraséologie réglementaire[1]. Ces canaux ne s'improvisent pas : le plan de fréquences d'un département réserve une voie tactique air-sol, à côté des canaux de commandement et de secteur[4].

Le dialogue qui précède chaque passage

La première conversation entre le sol et les équipages ressemble à une remise de mission. Le commandant des opérations expose son intention, fixe les zones à traiter et l'effet recherché. Il signale les obstacles, lignes à haute tension et câbles en tête, décrit le relief, la végétation, la vitesse à laquelle le front avance, et prévient si un feu allumé volontairement est en cours[1][2].

Ensuite, chaque passage se joue en quelques phrases. Le cadre Aéro désigne l'objectif, le fait marquer par un hélicoptère quand la fumée brouille les repères, vérifie que personne ne se trouve dessous et que les équipes sont visibles, puis donne son accord. Le coordonnateur ou le chef de noria répercute cet accord aux avions en présentation[1].

Trois règles encadrent la fin de la manoeuvre. Le silence radio est imposé pendant l'approche finale. L'objectif ne se modifie plus une fois la présentation amorcée. Et si un danger apparaît, l'annulation s'énonce par un message répété trois fois, « ne larguez pas »[1].

Qui peut dire « larguez », qui peut dire « non »
ActeurPeut autoriserPeut refuser ou suspendre
Commandant des opérations de secoursOui, c'est l'autorité de référence[1]Oui, quel que soit son grade, il peut annuler un passage[2]
Cadre Aéro, au sol ou embarquéOui, par délégation du commandant[1]Oui, il interrompt aussi les largages[1]
Coordonnateur aérien (Icare)Oui, par délégation, après accord du sol[1]Oui, il suspend la mission si la sécurité lui paraît engagée[1]
Chef de noriaIl confirme l'accord aux avions de sa noria[1]Oui, il fait modifier une intention contraire aux règles[1]
Commandant de bordNon, il exécuteOui, il diffère le passage en cas de doute et peut se retirer[1]

Six tonnes qui tombent, et tout le monde à l'abri

Les ordres de grandeur expliquent la prudence. Un Canadair emporte six tonnes, un Dash dix tonnes, un avion léger loué ou un hélicoptère lourd environ trois tonnes et demie, un hélicoptère léger une tonne[1]. L'appareil le plus impressionnant reste l'A400M militaire, qui peut lâcher vingt tonnes de retardant ; selon la presse spécialisée, il vole alors à moins de trente mètres du sol et vers 230 km/h[8].

Devant une telle masse, la consigne est simple : évacuer l'axe de largage sur quarante mètres de part et d'autre et se mettre à l'abri, quel que soit l'appareil. Le retardant, visqueux, rend en outre le sol glissant et provoque des chutes[2]. L'attaque dite indirecte ajoute une raison de s'écarter : le produit tombe parallèlement au foyer, à moins de trente mètres, soit l'envergure de l'avion[1].

Un cas à part, le largage de sécurité

Il arrive qu'un équipage vise délibérément un véhicule ou un groupe en difficulté, pour faire tomber les flammes et la température et permettre un dégagement. La hauteur est alors choisie pour ne pas écraser un toit de camion ni faire tomber d'arbres. Cette demande n'est pas un appui à la manoeuvre : elle relève de l'autodéfense, et, en urgence extrême, celui qui en bénéficie peut la réclamer lui-même. La difficulté est de se faire repérer d'en haut, par guidage horaire, par azimut et distance, ou grâce à un hélicoptère qui vient marquer l'endroit[2].

Les équipements qui permettent de tenir ces quelques secondes sont décrits dans notre page consacrée à la protection des intervenants.

Noria, ligne d'appui et travail au sol

Le mot noria désigne une rotation continue entre le feu et le point de remplissage. Quatre Canadair en forment une, deux seulement quand la flotte est sollicitée ailleurs[1]. Quand plusieurs types d'avions se présentent ensemble, la plus nombreuse passe la première[1].

Trois manières de larguer se combinent : sur le foyer lui-même, à quelques dizaines de mètres en parallèle, ou très en avant du front pour poser une ligne de retardant qui canalise la propagation[1]. Un engagement massif reste possible dans un rayon d'une centaine de kilomètres autour de la base de Nîmes, de préférence en fin de journée ; plus tôt dans la journée, il est limité à un ou deux passages pour ne pas hypothéquer la disponibilité de la flotte pour le reste de la journée[1].

Le principe le moins connu du public est aussi le plus important : sauf terrain inaccessible, les aéronefs ne travaillent jamais seuls. Leur action doit être prolongée par les équipes au sol, qui profitent de la baisse d'intensité pour progresser[1]. Un incendie n'a jamais été éteint depuis le ciel.

Le cylindre où aucun drone n'a le droit d'entrer

Tant que des appareils de la flotte nationale sont affectés à un chantier, un volume interdit est tracé autour de lui : cinq milles nautiques de rayon, soit 9 260 mètres, sur 1 524 mètres de hauteur. Aucun drone n'y a sa place, et le cadre Aéro doit s'assurer que tous sont posés, y compris lorsque les avions sont partis écoper ou se recharger[1].

La règle vaut d'abord pour les secours eux-mêmes. Un service départemental comme celui de la Haute-Loire aligne plusieurs télépilotes et quatre appareils, très utiles pour repérer les points chauds à la caméra thermique, mais ils cessent de voler dès qu'un bombardier travaille[3]. Ce que font ces machines le reste du temps est détaillé dans notre page sur les drones des services d'incendie.

Un appareil de loisir lancé par un curieux n'est donc pas une gêne mineure : il occupe un espace que les équipages ne peuvent pas partager, et sa seule présence suffit à faire suspendre des passages. Regarder un feu depuis une route éloignée ne coûte rien à personne, faire décoller une caméra volante peut coûter une heure de largages.

Le soir venu, les soutes restent fermées

La règle ne souffre aucune nuance : entre le coucher et le lever du soleil, plus aucune soute ne s'ouvre, l'heure retenue étant celle du lieu de l'incendie[1]. Cette limite pèse sur toute la journée : une demande tardive risque d'arriver alors que les appareils ne peuvent plus être utilisés, et les équipes au sol savent qu'elles passeront la nuit sans appui aérien.

L'été 2026 a entrouvert cette porte. Un hélicoptère lourd venu d'Australie, accompagné d'un appareil plus léger porteur d'une caméra multispectrale chargée de désigner les cibles, a réalisé dans la nuit du 17 au 18 août les premiers largages nocturnes conduits en France[7]. La Sécurité civile a jugé l'expérimentation concluante[6], sans que cela change pour l'instant la règle applicable à la flotte d'avions.

Au total, un même feu peut réunir des appareils d'État, des machines louées, des moyens départementaux et des renforts étrangers, le ministère de l'Intérieur recensant à lui seul vingt-sept moyens aériens départementaux en 2026[5]. C'est cette diversité, plus que le nombre, qui justifie une coordination aussi formelle.

Ce que la carte en direct laisse deviner

Sur la carte, la coordination ne se voit pas directement, mais elle se lit en creux. Un avion de liaison qui tourne en rond bien au-dessus des autres signale qu'une autorisation se joue à chaque passage. Des bombardiers qui reviennent au même endroit à intervalles réguliers dessinent une noria. Un appareil qui s'écarte et attend avant de revenir a sans doute reçu un refus ou un ordre de patienter. Et quand tous les points disparaissent en fin de journée, ce n'est pas que le feu est éteint : c'est que le soleil est couché.

Questions fréquentes

Qui autorise un largage sur un feu de forêt ?

L'autorisation vient du sol. Le commandant des opérations de secours la donne, le plus souvent par l'intermédiaire d'un officier appelé cadre Aéro qui agit par délégation. Le coordonnateur aérien ou le chef de noria la répercute ensuite aux avions en approche. Le pilote, lui, ne décide pas de l'objectif, mais il peut toujours refuser un passage qu'il juge dangereux.

Pourquoi les équipes au sol s'écartent-elles avant un passage ?

Parce qu'un seul passage lâche de six à dix tonnes d'eau ou de retardant selon l'appareil. La consigne officielle veut que l'axe du largage soit évacué sur quarante mètres de part et d'autre, chacun se mettant à l'abri. Le retardant, visqueux, rend en outre le sol glissant et peut faire chuter.

Un drone de particulier peut-il vraiment bloquer des avions ?

Oui. Tant que des appareils de la flotte nationale sont affectés à un feu, un volume de 9 260 mètres de rayon et de 1 524 mètres de hauteur leur est réservé, et aucun drone ne doit s'y trouver. Les drones des secours eux-mêmes se posent dans ce cas. Un appareil inconnu dans ce volume oblige à suspendre les passages.

Pourquoi les avions cessent-ils de larguer le soir ?

Parce qu'aucun largage n'est autorisé une fois le soleil couché, et jusqu'à son lever, l'heure prise en compte étant celle du lieu de l'incendie. La disparition des avions en fin de journée ne signifie donc pas que le feu est maîtrisé, seulement que l'appui aérien s'arrête jusqu'au lendemain matin.

Qu'est-ce qu'un largage de sécurité ?

C'est un largage visant délibérément un véhicule ou un groupe menacé, pour faire tomber les flammes et la température le temps de se dégager. Il se fait après accord du commandant des opérations ou du cadre Aéro, et, en urgence extrême, à la demande de ceux qui en ont besoin. Toute la difficulté est de se faire repérer d'en haut, parfois grâce à un hélicoptère qui vient marquer l'endroit.

Un largage suffit-il à éteindre un feu ?

Non, et la doctrine le dit clairement : sauf terrain totalement inaccessible, les aéronefs ne sont pas engagés seuls. Leur action réduit l'intensité des flammes pendant quelques minutes, ce délai devant être exploité immédiatement par les équipes au sol. Sans ce relais, le front repart.

18 · 112

En cas d'urgence, appelez le 18 ou le 112. Cette page informe ; elle ne remplace aucune consigne officielle.

À lire ensuite

Sources et dernière vérification

Dernière vérification des faits de cette page : 15 septembre 2026. Publication : 15 septembre 2026. Mise à jour : 15 septembre 2026.

  1. DGSCGC, Ordre d'opérations national feux de forêt et d'espaces naturels 2024 (consulté le 15 septembre 2026) : messages d'alerte, coordination aérienne, fiches de tâches du coordonnateur, du chef de noria et du cadre Aéro, cylindre interdit aux drones, interdiction des largages de nuit
  2. DGSCGC, Guide de techniques opérationnelles feux de forêt (1re édition, 2021) (consulté le 15 septembre 2026) : axe de largage à évacuer sur 40 mètres, risques liés aux largages, largage de sécurité et guidage
  3. SDIS de la Haute-Loire, ordre d'opérations départemental feux de forêt 2025 (consulté le 15 septembre 2026) : délais depuis Nîmes, fonction Aéro dans le groupe de commandement, indicatifs Horus et Morane, unité drone départementale
  4. Mémento de formation feux de forêt 2022 (plateforme ENASIS) (consulté le 15 septembre 2026) : plan de fréquences départemental comportant une voie tactique air-sol
  5. Ministère de l'Intérieur, sur terre et dans les airs, combattre le feu sur tous les fronts (2026) (consulté le 15 septembre 2026) : composition du dispositif aérien 2026, moyens aériens départementaux
  6. Sécurité civile, emploi opérationnel de l'hélicoptère CH-47D Chinook (août 2026) (consulté le 15 septembre 2026) : bilan de l'expérimentation franco-australienne
  7. AeroTime, Australian Chinook conducts first night-time water bombing in France (août 2026) (consulté le 15 septembre 2026) : premiers largages nocturnes, marquage des cibles par un Bell 412
  8. The Aviationist, Airbus A400M debuts firefighting mission (juillet 2026) (consulté le 15 septembre 2026) : capacité de 20 tonnes, largage à moins de 30 mètres du sol et vers 230 km/h

Ce que nous ne savons pas avec certitude

  • Les hauteurs et vitesses exactes de largage des Canadair et des Dash 8 ne sont pas publiées : seuls les paramètres de l'A400M militaire ont été communiqués.
  • L'ordre d'opérations national consulté est l'édition 2024 : certaines valeurs (fréquences, seuils, composition des norias) peuvent avoir évolué depuis.
  • Aucun décompte officiel du nombre de largages interrompus en France par la présence d'un drone non autorisé n'a été trouvé.

Qui écrit cette page, et comment

Éditeur
E.repare, à Gujan-Mestras (Gironde), qui édite aussi la carte des feux en direct. Voir à propos et notre méthodologie.
Méthode
Chaque chiffre est relié à une source citée en bas de page, avec sa date. Quand une donnée n'est pas publique ou contradictoire, nous le disons plutôt que de trancher.
Données propres
Les tableaux d'immatriculations et les compteurs viennent du registre nominatif ADS-B du site, celui qui identifie les appareils sur la carte.
Limites
Ces pages informent les habitants ; elles ne décrivent pas une procédure et ne se substituent à aucune consigne des secours ou des préfectures. Une erreur ? Écrivez-nous.