France Incendie
  1. Accueil
  2. Moyens de lutte
  3. Les hélicoptères contre les feux de forêt
  4. Écureuil AS350 « Condor », les bombardiers d'eau légers

Écureuil AS350 « Condor », les bombardiers d'eau légers

Mille litres d'eau, une turbine, un pilote et un mécanicien loués pour l'été : le bombardier d'eau léger est l'arme des premières minutes, celle qui traite un foyer avant qu'il ne devienne un incendie. Cette page démonte l'indicatif Condor, la machine qui se cache derrière, et le contrat annuel qui la fait voler.

Voir sur la carte en direct →

Mis à jour le 17 septembre 2026Vérifié le 17 septembre 20261 854 motsCatégorie : Les hélicoptères contre les feux de forêt

Sommaire
  1. Attaquer pendant que le feu tient encore dans un mouchoir
  2. Un Écureuil de 952 chevaux, seau compris
  3. Un marché d'État qui se compte en heures de vol
  4. Qui règle la facture : Condor, Morane ou Horus
  5. Les limites d'une machine de mille litres
  6. Léger ou lourd : ce que change la taille
  7. Questions fréquentes

Sur un départ de feu, la première demi-heure décide de presque tout. Un hélicoptère léger quitte son aire en quelques minutes, plonge un seau de mille litres dans la retenue la plus proche et revient au-dessus du foyer avant qu'il n'ait pris sa forme définitive[5][7]. Quand cette machine est payée par l'État, elle répond à l'indicatif radio « Condor ».

Derrière ce nom, on trouve depuis plusieurs saisons des Écureuil AS350 B3, devenus H125 dans le catalogue d'Airbus, loués pour l'été avec leur pilote et leur mécanicien[9]. Cette page raconte ce que fait un bombardier d'eau léger, ce que vaut l'appareil, comment l'État l'achète chaque année sous forme d'heures de vol, et pourquoi le même hélicoptère peut s'appeler Condor une saison et Morane la suivante.

4légers loués pour 2026saison privée, source 1
1 000 Lpar largagecaisson ventral, source 5
952 chpour une seule turbineSafran Arriel 2D, source 3
5 700largages loués en 2022sept appareils, source 8
3 mde profondeur d'eau suffisentou une citerne d'un mètre, source 7

Attaquer pendant que le feu tient encore dans un mouchoir

La doctrine française tient en une idée : frapper tôt et frapper beaucoup. Le bombardier d'eau léger sert exactement à cela, sur les foyers que les camions ne peuvent pas atteindre à temps[7]. Le guide national de technique opérationnelle range ces missions du côté du détachement héliporté : feu naissant en terrain difficile après un coup de foudre, foyer loin de toute piste, incendie sur une île, une falaise ou un piton rocheux[6].

Son atout n'est pas le volume, c'est la boucle courte. L'appareil reprend son eau à quelques centaines de mètres des flammes, dans un lac, une gravière, un ruisseau assez profond, parfois une piscine, et recommence. Un plan d'eau naturel de trois mètres de fond lui suffit, avec une zone dégagée d'une trentaine de mètres pour se mettre en vol stationnaire[7]. À défaut, les sapeurs-pompiers déroulent au sol une citerne souple d'un mètre de profondeur, remplie par une bouche d'incendie ou par un groupe d'alimentation ; une cellule spécialisée peut apporter deux réservoirs de 10 000 et 5 000 litres pour tenir la cadence[7].

La charge tombe en une seule masse ou en deux vagues successives, selon ce que demande le chef des opérations[5]. L'hélicoptère sait aussi faire autre chose qu'arroser : déposer une équipe, transporter du matériel sous élingue, ou alimenter des camions-citernes grâce à un dévidoir aérien qui déroule des tuyaux là où aucun véhicule ne passe[6].

Un Écureuil de 952 chevaux, seau compris

L'AS350 B3 est le cheval de trait des montagnes. Airbus, qui le commercialise sous le nom de H125, revendique une turbine unique de 952 chevaux, une vitesse de croisière rapide de 252 km/h et une charge de 1 400 kg au bout de l'élingue[3]. C'est ce même modèle qui s'est posé au sommet de l'Everest en 2005, performance qui dit surtout sa marge de puissance quand l'air est chaud et rare[3], exactement ce qu'un pilote cherche au-dessus d'un incendie en été.

Constructeur
Aérospatiale puis Eurocopter, aujourd'hui Airbus Helicopters
Désignation
AS350 B3 Écureuil, commercialisé H125[3]
Motorisation
Une turbine Safran Arriel 2D de 952 ch[3]
Masse maximale
2 370 kg, plus 1 400 kg sous élingue[3]
Vitesse et rayon d'action
252 km/h, 630 km, 4 h 27 d'autonomie[3]
Emport en eau
1 000 L en caisson ventral, 1 225 L au seau souple, 1 200 L selon le catalogue du constructeur[4][5]
Additif
Une réserve de 80 litres de produit moussant[5]
Occupants
Jusqu'à sept places, ou quatre pompiers transportés en configuration feu[3][4]

Pourquoi les fiches ne donnent pas la même puissance

Le service d'incendie de Haute-Corse décrit ses Écureuil avec 800 chevaux, 210 km/h et 2,2 tonnes en charge[5] ; Airbus annonce 952 chevaux et 2 370 kg pour le H125 actuel[3]. Les deux sont exacts : la famille compte plusieurs versions successives, et les sociétés de location n'exploitent pas toutes la plus récente.

Un marché d'État qui se compte en heures de vol

La location d'hélicoptères a longtemps porté sur les seules machines de 3 000 litres. L'année 2022, celle des grands feux de Gironde, marque le basculement : la Sécurité civile se tourne aussi vers des appareils héliportés plus légers, de 1 000 litres, et vers des avions loués[2]. Sept hélicoptères loués avaient alors effectué 5 700 largages dans la saison[8]. Dès 2023, le dispositif prévoit jusqu'à dix hélicoptères au cœur de l'été, dont deux disponibles début juin et quatre jusqu'à la fin septembre[8].

Le contrat a une particularité qui explique sa souplesse : l'État paie d'un côté l'immobilisation des appareils, de l'autre les heures réellement volées, sans forfait[2]. Une saison calme coûte donc nettement moins cher qu'une saison de feux, et le marché autorise désormais à réveiller ces renforts hors de l'été, du 1er octobre au 31 mai[2]. Pour la campagne 2026, le ministère de l'Intérieur annonce quatre hélicoptères légers loués, aux côtés de six lourds et de six Air Tractor[1].

L'utilité de ces renforts s'est rappelée d'elle-même en août 2025, avec le feu de l'Aude, le plus vaste depuis 1949, capable selon la fédération des sapeurs-pompiers de détruire plus de 2 000 hectares par heure[10]. Sur ce genre d'événement, la question n'est plus d'éteindre avec mille litres, mais d'avoir empêché les dizaines de départs voisins de devenir le même monstre.

Qui règle la facture : Condor, Morane ou Horus

Deux financeurs se partagent les hélicoptères légers qui arrosent la France l'été. D'un côté l'État, par le programme budgétaire de la Sécurité civile ; de l'autre les services départementaux d'incendie et de secours, avec leurs propres crédits. La radio traduit ce partage : l'ordre d'opérations de la Haute-Loire attribue aux bombardiers d'eau départementaux l'appellation « Morane » suivie du numéro du département, et « Horus » à leurs aéronefs d'observation et de coordination[7]. L'appellation Condor, elle, signale le financement national.

Conséquence amusante : un même Écureuil peut porter deux casquettes selon le contrat qui le fait voler, et changer de nom d'une saison à l'autre. Le ministère de l'Intérieur recense 27 moyens aériens mis en œuvre par les services départementaux (le plus souvent loués), majoritairement des bombardiers légers[1] : leur fonctionnement et leur financement sont détaillés dans la page consacrée aux moyens aériens des SDIS. Pour l'habitant qui regarde le ciel, la différence est invisible ; pour le contribuable, elle change de payeur.

La Sécurité civile, elle, a volé sur Écureuil de 1980 à 2023 avant de s'en séparer[9]. Les seuls Écureuil qui larguent aujourd'hui sous pavillon français appartiennent à des sociétés privées, louées par l'État ou par un département.

Les limites d'une machine de mille litres

Un front de flammes installé ne se traite pas au seau. Le rapport du Sénat consacré à la flotte aérienne situe le léger entre 800 et 1 000 litres par passage, contre 4 000 litres pour un lourd[11] : face à un feu qui court, le Condor protège une maison, arrose une lisière, retarde une progression, mais ne remplace ni les moyens au sol ni les avions.

Deuxième limite, l'air. Le guide opérationnel national le dit sans détour : comme tout aéronef, l'hélicoptère voit ses capacités chuter quand la météo ou l'aérologie se dégradent[6]. Vent fort, turbulences au-dessus d'un relief, colonne de fumée en mouvement : autant de raisons de suspendre les rotations. Troisième limite, la nuit : les largages sont interdits entre le coucher et le lever du soleil, hors dérogation exceptionnelle[12].

Enfin, le choix du point d'eau appartient au pilote, et à lui seul ; l'officier chargé des moyens aériens peut le conseiller, pas décider à sa place[7]. C'est pourquoi la lutte reste d'abord une affaire de terrain, expliquée dans la page sur l'attaque directe.

Léger ou lourd : ce que change la taille

Les deux gabarits d'hélicoptères que l'État loue chaque été
CritèreLéger, indicatif CondorLourd, indicatif Puma
Appareil courantÉcureuil AS350 B3 ou H125[9]Famille Super Puma, H215, H225[11]
Volume largué à chaque rotation800 à 1 000 L[11]Environ 4 000 L[11]
Nombre loué en 20264[1]6[1]
Point d'eau exigéRetenue, ruisseau profond, citerne souple posée au sol[7]Plan d'eau franc, seau porté sous élingue longue

Les deux familles se complètent plus qu'elles ne se concurrencent : le détail des lourds est dans la fiche qui leur est consacrée.

Repérer un Condor sur la carte en direct

Ces appareils sont loués pour quelques semaines et changent d'immatriculation chaque saison : notre registre ne peut donc pas les nommer d'avance. Sur la carte en direct, cherchez plutôt un type AS50 ou H125 et un indicatif commençant par CONDOR ou MORANE, à basse altitude, faisant la navette entre un point d'eau et un même secteur. Le bouton de carte de cette page vous pose au-dessus de Carcassonne, dans l'Aude, département marqué par le feu d'août 2025[10]. Un hélicoptère léger n'émet pas toujours sa position : son absence de l'écran ne signifie pas son absence du feu.

Questions fréquentes

Quelle quantité d'eau un bombardier d'eau léger pose-t-il réellement ?

Environ mille litres à chaque passage, soit le contenu de cinq baignoires, largués d'un seul bloc ou en deux fois. Le rendement se juge sur une heure et non sur un largage : tout dépend de la distance entre le feu et le point d'eau. En 2022, sept hélicoptères loués par l'État ont totalisé 5 700 largages sur la saison.

Pourquoi l'État loue-t-il ces hélicoptères au lieu de les acheter ?

Parce que le besoin est saisonnier et très variable. Le marché public est construit en deux parties : une somme fixe pour immobiliser les appareils et leurs équipages, et le paiement des heures effectivement volées. Une saison peu incendiaire coûte donc beaucoup moins qu'une saison difficile, et le contrat permet de rappeler ces renforts hors de l'été, entre le 1er octobre et le 31 mai.

Un hélicoptère peut-il puiser dans une piscine privée ?

Techniquement oui, et cela arrive, car un appareil léger se contente d'une faible hauteur d'eau. En pratique, le pilote choisit seul son point de puisage et privilégie les plans d'eau dégagés, sans arbre, ligne électrique ni câble aux abords. Les sapeurs-pompiers installent souvent une citerne souple ouverte pour lui éviter de chercher.

Condor et Morane : qu'est-ce qui les distingue ?

Surtout le financeur. Condor est un nom d'appel radio, rattaché à une mission et non à une machine : il signale un hélicoptère léger loué par l'État pour la saison. Morane, suivi du numéro du département, désigne un appareil engagé par un service départemental d'incendie et de secours. Sous les deux appellations, on retrouve très souvent des Écureuil AS350 B3 (vendus aujourd'hui sous le nom de H125) fournis par des sociétés privées. Les aéronefs départementaux d'observation, eux, répondent à l'appellation Horus.

Pourquoi les Condor ne larguent-ils pas la nuit ?

Parce que le largage est interdit entre le coucher et le lever du soleil, pour protéger les équipages comme les équipes au sol, qui ne voient pas arriver la charge d'eau. Quelques exceptions ont été autorisées en France par dérogation, un appareil doté d'une caméra désignant alors l'objectif et se tenant à distance verticale du largueur.

18 · 112

En cas d'urgence, appelez le 18 ou le 112. Cette page informe ; elle ne remplace aucune consigne officielle.

À lire ensuite

Sources et dernière vérification

Dernière vérification des faits de cette page : 17 septembre 2026. Publication : 14 septembre 2026. Mise à jour : 17 septembre 2026.

  1. Ministère de l'Intérieur, « Sur terre et dans les airs : combattre le feu sur tous les fronts » (septembre 2026) (consulté le 14 septembre 2026) : location privée 2026 : 4 hélicoptères légers, 6 lourds, 6 Air Tractor ; 27 moyens aériens des SDIS
  2. Sénat, rapport général sur le projet de loi de finances pour 2025, programme Sécurité civile, partie sur la flotte de location (consulté le 14 septembre 2026) : bascule de 2022 vers des hélicoptères de 1 000 litres, marché fondé sur l'immobilisation et les heures de vol réellement consommées, activation possible du 1er octobre au 31 mai
  3. Airbus Helicopters, fiche produit du H125 (ex AS350 B3) (consulté le 14 septembre 2026) : turbine Safran Arriel 2D de 952 ch, 2 370 kg de masse maximale, 1 400 kg sous élingue, 252 km/h, 630 km, 4 h 27, atterrissage au sommet de l'Everest en 2005
  4. Airbus Helicopters, page « Aerial firefighting » (capacités par modèle) (consulté le 14 septembre 2026) : H125 : 1 200 litres en réservoir ventral ou au seau, jusqu'à quatre pompiers transportés
  5. Service d'incendie et de secours de la Haute-Corse, « Les hélicoptères bombardiers d'eau au secours de la forêt insulaire » (consulté le 14 septembre 2026) : 800 ch, 210 km/h, 2,2 t en charge, kit Fire Attack de 1 000 litres, seau de 1 225 litres, 80 litres de moussant, largage en une masse ou deux charges successives
  6. DGSCGC, Guide de technique opérationnelle « Feux de forêt et d'espaces naturels » (1re édition, 2021) (consulté le 14 septembre 2026) : missions du détachement d'intervention héliporté, dévidoir aérien, limites de capacité par météo ou aérologie dégradées
  7. SDIS de la Haute-Loire, ordre d'opérations départemental feux de forêts et d'espaces naturels (juin 2025) (consulté le 14 septembre 2026) : hélicoptère bombardier d'eau léger prépositionné, point d'eau de 3 m, stationnaire de 30 m, citerne souple d'un mètre alimentée par hydrant ou groupe d'alimentation, cellule de soutien avec réservoirs de 10 000 et 5 000 litres, indicatifs Morane et Horus
  8. Helicopassion, bilan des saisons 2022 et 2023 de la flotte de la Sécurité civile (consulté le 14 septembre 2026) : 7 hélicoptères bombardiers d'eau loués et 5 700 largages en 2022 ; jusqu'à 10 loués en 2023, dont 2 dès début juin et 4 jusqu'à fin septembre
  9. Helicopassion, « Les hélicoptères de la Sécurité civile française » (consulté le 14 septembre 2026) : Écureuil en service de 1980 à 2023 dans la flotte de l'État, location estivale d'hélicoptères bombardiers d'eau légers de 1 000 litres de type Écureuil
  10. Sénat, rapport général sur le projet de loi de finances pour 2026, programme Sécurité civile, introduction et bilan de la saison 2025 (consulté le 17 septembre 2026) : plus de 10 000 départs de feux en 2025, mégafeu de l'Aude le plus important depuis 1949, plus de 2 000 hectares par heure selon la fédération nationale des sapeurs-pompiers
  11. Sénat, rapport d'information n° 838 (2022-2023) sur la flotte de bombardiers d'eau, chapitre consacré aux hélicoptères (consulté le 14 septembre 2026) : 4 000 litres pour un hélicoptère lourd contre 800 à 1 000 litres pour un léger, accès à des zones interdites aux avions
  12. Aerobuzz, « Premiers largages de nuit pour le CH-47D Chinook dans les Landes » (18 août 2026) (consulté le 14 septembre 2026) : interdiction habituelle de larguer entre le coucher et le lever du soleil, régime dérogatoire pour la nuit du 17 au 18 août 2026

Ce que nous ne savons pas avec certitude

  • Les lieux de prépositionnement des hélicoptères légers loués par l'État ne sont pas publiés chaque année de façon officielle, contrairement à ceux des avions. Nous ne donnons donc aucune base d'attache pour la saison en cours.
  • Les immatriculations de ces appareils changent d'une saison à l'autre avec le titulaire du marché : aucune liste publique ne permet de les reconnaître à l'avance, et notre registre d'immatriculations ne les contient pas.
  • La capacité annoncée varie selon la source et l'équipement : 1 000 litres pour le kit ventral décrit par le service d'incendie de Haute-Corse, 1 225 litres pour le seau souple, 1 200 litres dans le catalogue d'Airbus, 800 à 1 000 litres dans le rapport du Sénat. Nous citons les quatre.
  • Le coût de la seule part « hélicoptères légers » du marché de location n'est pas isolé dans les documents budgétaires : les montants publiés couvrent l'ensemble des hélicoptères bombardiers d'eau loués, lourds compris.

Qui écrit cette page, et comment

Éditeur
E.repare, à Gujan-Mestras (Gironde), qui édite aussi la carte des feux en direct. Voir à propos et notre méthodologie.
Méthode
Chaque chiffre est relié à une source citée en bas de page, avec sa date. Quand une donnée n'est pas publique ou contradictoire, nous le disons plutôt que de trancher.
Données propres
Les tableaux d'immatriculations et les compteurs viennent du registre nominatif ADS-B du site, celui qui identifie les appareils sur la carte.
Limites
Ces pages informent les habitants ; elles ne décrivent pas une procédure et ne se substituent à aucune consigne des secours ou des préfectures. Une erreur ? Écrivez-nous.