Au-dessus d'un feu, la machine qui reste le plus longtemps sur zone n'est pas toujours un avion. Un hélicoptère lourd peut se poster à quelques centaines de mètres des flammes, puiser dans une retenue voisine et revenir poser quatre tonnes d'eau sur le même point, encore et encore. La France n'en possède aucun : elle en loue six pour la saison 2026, avec leurs pilotes et leurs mécaniciens[1].
Sur les fréquences et sur notre carte, ces appareils apparaissent sous un seul mot, « Puma », suivi d'une lettre ou d'un numéro. Cette page explique ce que recouvre cet indicatif, ce qu'un largage de cette taille change réellement, où ces hélicoptères ont passé leurs étés depuis 2020, et pourquoi l'État préfère les louer trois mois plutôt que les acheter.
Un indicatif radio, plusieurs machines différentes
« Puma » ne désigne pas un modèle précis mais une place dans le dispositif : celle de l'hélicoptère bombardier d'eau lourd loué par l'État. À Jonzac, en 2023, l'équipage norvégien volait ainsi sous le nom de « Puma Bravo »[7]. Derrière cette étiquette se succèdent, selon les saisons et les exploitants retenus, des AS332 Super Puma, des H215 et des H225, tous issus de la même lignée de gros porteurs civils d'Airbus.
Les écarts entre ces machines sont réels. Le H215 est motorisé par deux Makila 1A1 de 1 400 kilowatts, croise à 252 kilomètres-heure, soulève 4 500 kilogrammes au bout d'une élingue et largue jusqu'à 4 000 litres par passage[5]. Le H225 exploité par Airtelis emporte, lui, un seau souple de 4 500 litres suspendu à une élingue de trente mètres, soit quatre tonnes et demie sous le ventre[6].
- Catégorie
- Hélicoptère bombardier d'eau lourd, loué par l'État avec son équipage[1]
- Mode de remplissage
- Seau souple sous élingue, rempli en vol stationnaire[6]
- Motorisation (H215)
- Deux Safran Makila 1A1, 1 400 kW chacun[5]
- Vitesse de croisière (H215)
- 252 kilomètres-heure[5]
- Présence en France
- Été, avec activation possible entre le 1er octobre et le 31 mai[4]
- Immatriculations
- Variables chaque saison, souvent étrangères, non publiées[8]
Un PUMA sur la carte n'est pas forcément un bombardier d'eau
Notre carte range sous la même étiquette les indicatifs commençant par PUMA et par CARACAL. Or les armées françaises emploient aussi des Puma et des Caracal, qui transportent des équipes, reconnaissent des départs de feu et n'emportent parfois aucune eau. Un indicatif ne suffit donc jamais à conclure : la trajectoire, l'altitude et le type émis complètent la lecture.
Ce que quatre tonnes d'eau changent sur le terrain
Le Sénat résume l'écart en une phrase de chiffres : ces appareils emportent en général 4 000 litres, contre 800 à 1 000 litres pour un hélicoptère dit léger[2]. Interrogés par les rapporteurs, les représentants d'Airbus estimaient leur Super Puma capable de dix à quatorze largages par heure ; le rapport rappelle juste avant que la souplesse de ravitaillement de ces hélicoptères, qui n'exigent pas un plan d'eau de 250 mètres comme les Canadair, leur permet davantage de rotations[2]. En pratique, cette cadence suppose évidemment un point d'eau proche du feu.
Deux interventions donnent la mesure concrète. En juillet 2025, sur les incendies des Pennes-Mirabeau et du nord de Marseille, un H225 a déversé environ 500 000 litres en huit à neuf heures de travail[6]. Deux ans plus tôt, le 7 juin 2023, un Super Puma venu de Bordeaux se posait sur le feu de Saint-Goazec, dans le Finistère, vers 21 h 30, à raison de 2 500 litres environ par passage[8].
Leur intérêt ne tient pas qu'au volume. Le rapport sénatorial souligne qu'ils atteignent des reliefs et des lisières de quartiers interdits aux avions, qu'ils trouvent plus facilement de quoi se remplir et qu'ils ouvrent la perspective de largages nocturnes, impossibles aux bombardiers à voilure fixe[2]. La mécanique du remplissage et de la rotation est détaillée dans la page consacrée à l'écopage et aux norias.
Sept étés, une carte qui se déplace
La location a commencé en 2020 avec deux appareils seulement. Depuis, le nombre et surtout les lieux d'attente ont changé chaque année, au rythme des incendies et des budgets votés. Voici ce que les documents publics permettent d'établir, saison par saison.
| Saison | Appareils lourds | Lieux d'attente connus | Ce que l'on sait |
|---|---|---|---|
| 2020 | 2 | Corte, Avignon | Première location, du 15 juillet au 30 septembre, un H225 et un H215 d'Airtelis de 3 500 à 4 000 litres, là où seuls quatre appareils de 600 à 800 litres servaient jusque-là[9] |
| 2022 | 2 prévus, 2 loués en urgence, 8 réquisitionnés | Zones sud et sud-ouest | Un décret du 21 juillet ouvre la réquisition auprès de sociétés privées ; le premier appareil vole dès le lendemain ; 5 737 largages en 752 heures au total[2] |
| 2023 | Jusqu'à 10 mobilisables | Jonzac, puis Quimper-Pluguffan à partir du 1er juillet | L'équipage norvégien, deux pilotes et un mécanicien, s'installe à Jonzac le 3 juin[7] ; son Super Puma LN-OBX intervient dès le 7 juin dans le Finistère, et un hélicoptère bombardier d'eau est ensuite stationné à Quimper-Pluguffan à partir du 1er juillet[8] |
| 2024 | Jusqu'à 10 mobilisables | Prépositionnement estival | Saison peu active : 7,5 millions d'euros toutes taxes dépensés au 31 juillet[3] |
| 2025 | Jusqu'à 6 simultanément | Arc méditerranéen | Coût estimé à 18,4 millions d'euros[3] ; un H225 engagé sur les Pennes-Mirabeau et Marseille en juillet[6] |
| 2026 | 6 loués | Figari, Haute-Corse | Un appareil national tient l'aéroport de Figari du 3 juillet à la fin août[10] ; l'île en reçoit un second au nord[11] ; quatre légers complètent le marché[1] |
Deux enseignements se dégagent de ce tableau. D'abord, la géographie : en 2023, un de ces hélicoptères a été posté en Charente-Maritime, et la Bretagne a reçu à son tour un appareil à partir du 1er juillet, deux régions longtemps considérées comme peu exposées[7][8]. Ensuite, la souplesse recherchée : le marché ne fixe pas un nombre unique d'appareils mais un plafond, jusqu'à dix, dans lequel l'État puise selon la tension du moment[4].
Des équipages venus d'ailleurs, un officier à bord
Ces hélicoptères arrivent avec leur personnel. Le Sénat note que les équipages fournis par les loueurs ne sont le plus souvent pas francophones et que leur insertion dans le dispositif opérationnel peut s'avérer délicate ; un interprète doit alors les accompagner[2]. À Jonzac, la solution retenue consistait à embarquer un officier de sapeurs-pompiers chargé de la liaison avec les équipes au sol[7].
Les exploitants ne vivent pas de la lutte contre les feux. Airtelis est une filiale du gestionnaire du réseau électrique français ; ses H225 servent aussi à réparer des lignes, comme pendant les six semaines passées à La Réunion après le cyclone de mars 2025[6]. Airlift, dont le Super Puma immatriculé LN-OBX a volé chez nous en 2023, est une société norvégienne[8].
Louer trois mois plutôt qu'acheter douze
Le calcul tient en deux lignes de budget. Acquérir un seul H225 neuf configuré pour le feu reviendrait à environ 46 millions d'euros, hors entretien, formation et bâtiments ; environ 15 millions par an suffisent à en tenir six prêts à décoller pendant plusieurs mois[3]. Le marché paie l'immobilisation des machines et les heures de vol réellement effectuées, sans forfait[3]. Pour 2026, 30 millions d'euros sont inscrits au titre de la location d'aéronefs, hélicoptères et avions confondus[4].
La propriété n'a pourtant pas été écartée. Le programme européen rescEU doit financer trois hélicoptères lourds partagés entre la France, la Pologne et la Roumanie[2]. Une demande de subvention de 77 millions d'euros, déposée le 15 juin 2023, a en revanche été abandonnée : la taxe sur la valeur ajoutée et les bâtiments n'étaient pas finançables, et l'appareil aurait dû stationner dans le quart nord-est du pays, loin du besoin[3]. S'ajoutent des délais peu compatibles avec l'urgence : trois ans de fabrication, dix-huit mois de procédure[3].
Puma, Condor, Chinook : trois façons de porter de l'eau
| Critère | Puma | Condor | Chinook |
|---|---|---|---|
| Eau par largage | 3 500 à 4 500 L[9][6] | 800 à 1 000 L[2] | Plus de 11 tonnes[12] |
| Origine de la machine | Loueur privé, marché d'État[1] | Loueur privé, marché d'État[1] | Mise à disposition australienne[12] |
| Remplissage | Seau sous élingue de 30 m[6] | Réservoir de faible volume | Aspiration en 90 secondes environ[12] |
| Nombre en 2026 | 6[1] | 4[1] | 1[12] |
| Retardant | Non, eau seule | Non, eau seule | Non, eau douce uniquement[12] |
Les deux autres familles ont leur propre fiche : les légers sous indicatif Condor et le Chinook prêté par la Nouvelle-Galles du Sud.
Le reconnaître depuis votre fenêtre ou sur la carte
Trois indices se combinent. L'indicatif, d'abord, qui commence par PUMA. Le type ensuite, transmis par le transpondeur : AS32 pour un Super Puma ou un H215, qui partagent le même code, EC25 pour un H225. La trajectoire enfin : un aller-retour d'une poignée de minutes entre un plan d'eau et un point unique, à très basse altitude, ne trompe pas.
Une chose manque, et c'est assumé : cette page ne comporte pas de tableau d'immatriculations. Les machines changent de saison en saison, arrivent souvent sous une immatriculation étrangère et aucune liste officielle n'est publiée. Nous préférons l'écrire plutôt que d'afficher un registre périmé.
Sur la carte en direct, le bouton de cette page vous emmène au-dessus de Figari, en Corse-du-Sud, où un de ces hélicoptères a tenu l'alerte du 3 juillet à la fin août 2026[10]. Si un appareil y émet, vous verrez ses rotations se dessiner entre le littoral et l'intérieur. Et si vous ne voyez rien alors que les pompiers sont engagés, c'est souvent que le transpondeur est éteint ou que la machine est au sol, en attente d'un ordre.
Questions fréquentes
Pourquoi tous ces hélicoptères portent-ils le même nom radio ?
Parce que « Puma » désigne une fonction dans le dispositif, celle du bombardier d'eau lourd loué, et non un modèle précis. Selon les saisons et les marchés, il peut s'agir d'un AS332 Super Puma, d'un H215 ou d'un H225. L'équipage norvégien installé à Jonzac en 2023 volait ainsi sous le nom de Puma Bravo.
Combien de temps ces hélicoptères restent-ils en France ?
Le cœur du contrat couvre l'été. Lors de la première location, en 2020, deux appareils ont été tenus du 15 juillet au 30 septembre. Le marché actuel autorise en plus une activation hors saison, entre le 1er octobre et le 31 mai, si un épisode de feux le justifie. En 2026, l'appareil posté à Figari a tenu l'alerte du 3 juillet à la fin août.
Qui pilote un hélicoptère lourd loué par l'État ?
Des équipages de l'entreprise propriétaire, souvent étrangers. Le Sénat relève qu'ils ne sont le plus souvent pas francophones et qu'un interprète doit les accompagner. Sur le terrain, un officier de sapeurs-pompiers peut monter à bord pour assurer la liaison avec les équipes au sol, comme cela s'est pratiqué en Charente-Maritime en 2023.
Pourquoi l'État ne les achète-t-il pas ?
Un H225 neuf configuré pour le feu est chiffré autour de 46 millions d'euros, sans compter l'entretien, les hangars et le personnel, alors qu'environ 15 millions par an permettent d'en louer six pendant la saison. S'y ajoutent trois ans de fabrication et dix-huit mois de procédure. Trois appareils financés par le programme européen rescEU doivent toutefois être partagés avec la Pologne et la Roumanie.
Un hélicoptère lourd peut-il larguer du retardant ?
Non. Les appareils loués emportent de l'eau, prise dans un plan d'eau proche au moyen d'un seau souple suspendu sous le fuselage. Le retardant, ce produit rouge qui ralentit la progression du feu, est déposé par les avions, qui le chargent dans les stations au sol appelées pélicandromes.
Pourquoi cette page n'affiche-t-elle aucune immatriculation ?
Parce que les appareils changent chaque saison et arrivent fréquemment sous une immatriculation étrangère, sans liste publiée par l'administration. Le seul cas bien documenté est le Super Puma norvégien LN-OBX, présent en 2023. Afficher un tableau figé donnerait une fausse impression de précision.