Un hélicoptère rouge et jaune qui se pose sur une plage, qui hisse un randonneur blessé au bout d'un câble ou qui tourne au-dessus d'un incendie pour guider les camions : en France, il s'appelle presque toujours « Dragon ». Derrière ce nom se cache une flotte d'État d'une quarantaine d'appareils Airbus, des EC145 entrés en service au début des années 2000 et des H145 D3 à cinq pales qui les remplacent un par un depuis 2021[7]. Ils appartiennent à la Sécurité civile, pas aux pompiers du département, et leur premier métier n'est pas le feu : c'est le secours à personne.
Cette fiche explique d'abord une chose que peu de gens savent : le numéro qui suit « Dragon » désigne une base, jamais une machine. Elle détaille ensuite ce que ces hélicoptères font au quotidien, en quoi le H145 D3 change la donne, comment certains deviennent des bombardiers d'eau d'appoint, et pourquoi Dragon 33 quitte Mérignac chaque été pour la côte de Lacanau.
Un numéro de département, pas une machine
Quand vous entendez « Dragon 33 » à la radio ou lisez ce nom dans un communiqué, vous n'apprenez rien sur l'hélicoptère lui-même. Le mot « Dragon » est l'indicatif commun à tous les appareils du groupement d'hélicoptères de la Sécurité civile, et le nombre qui le suit est celui du département où se trouve la base[8]. Dragon 64 décolle de Pau, Dragon 2B de Bastia, Dragon 973 de Guyane. Paris fait exception : la base parisienne couvre aussi les trois départements voisins sous le seul indicatif Dragon 75[8].
La conséquence est importante pour qui veut suivre ces appareils : une immatriculation ne correspond à aucun indicatif fixe. Les machines partent régulièrement à Nîmes pour l'entretien et sont remplacées par une autre cellule, qui reprend aussitôt le nom de la base. En juin 2020, l'EC145 stationné à Mérignac portait l'immatriculation F-ZBQL[5] ; il a pu voler comme Dragon 30 ou Dragon 17 quelques mois plus tard. Une table « immatriculation vers indicatif », telle qu'on peut la dresser pour les Canadair, n'a donc aucun sens ici. Le tableau d'immatriculations en bas de page vous montre ce que notre registre connaît, pas où vole chaque cellule.
Le maillage : 23 bases, 7 renforts d'été et un centre à Nîmes
En 2017, le groupement comptait 23 bases ouvertes toute l'année, dont 3 outre-mer, complétées par 7 détachements saisonniers[7]. Ce chiffre de 23 bases est encore celui avancé par le ministère des Armées pour le défilé du 14 juillet 2025[3]. L'échelon central de Nîmes-Garons, dans le Gard, regroupe le commandement, la maintenance et la formation : la liste des bases publiée en janvier 2021 y recensait 96 personnes[5]. À l'échelle nationale, la Sécurité civile alignait en 2025 107 pilotes et 114 mécaniciens opérateurs de bord[3], soit en général quatre pilotes et quatre mécaniciens par base[5], pour un groupement d'environ 310 personnes au total[6].
| Détachement | Saison | Base d'origine |
|---|---|---|
| Lacanau-Océan (Gironde) | été | Bordeaux-Mérignac, Dragon 33[5] |
| Le Luc (Var) | été | base saisonnière créée en 2011, Dragon 83[5] |
| Mende (Lozère) | été | Montpellier, sous l'indicatif Dragon 48[5] |
| Gavarnie (Hautes-Pyrénées) | été | Pau, Dragon 64[5] |
| Alpe d'Huez (Isère) | été et hiver | Grenoble-Le Versoud, Dragon 38[5] |
| Chamonix (Haute-Savoie) | été | Annecy, Dragon 74[5] |
| Courchevel (Savoie) | hiver | Annecy, Dragon 74[5] |
Secours d'abord, feu ensuite
Un Dragon est avant tout un hélicoptère de sauvetage. Ses missions officielles sont la recherche et le secours en milieu périlleux (mer, montagne, falaise, inondation) et les évacuations médicales[3]. Le treuil est son outil principal : le H145 D3 embarque un câble de 90 mètres, contre 60 mètres sur l'EC145[11], ce qui permet de hisser une victime sans que l'appareil descende au ras d'une paroi ou d'une forêt. Ces manœuvres sont décrites en détail dans la fiche treuillage et sauvetage héliporté.
Les ordres de grandeur donnent la mesure de cette activité. En 2016, la flotte avait volé plus de 16 000 heures et secouru 15 560 personnes[7]. En 2024, le groupement a réalisé 15 935 interventions et secouru ou assisté plus de 12 000 personnes[3] ; une présentation ministérielle de juin 2025 résumait ce rythme par « une victime toutes les 33 minutes »[12].
Sur un feu de forêt, le rôle historique des EC145 n'a jamais été de larguer : ils transportaient des équipes, reconnaissaient le front et pointaient les zones de largage pour les avions[10]. Ils peuvent aussi se placer en vol stationnaire, en altitude, pour servir de poste d'observation au commandement[12]. Ce n'est que depuis 2025 que certains H145 D3 reçoivent un kit de largage, sujet de la section suivante.
Le H145 D3 remplace l'EC145 : trois commandes en cinq ans
L'EC145 est arrivé au groupement en septembre 2002, sur une commande initiale de 32 appareils[7] ; la flotte s'est stabilisée à 33 EC145 à partir de 2006, prenant la suite des Alouette III[8]. Vingt ans plus tard, le renouvellement s'est fait en trois vagues. Deux H145 à cinq pales commandés en 2020 sont livrés en décembre 2021, puis deux autres commandés fin 2021 arrivent en décembre 2022[7]. Fin 2023, la Direction générale de l'armement notifie pour le ministère de l'Intérieur un marché de 42 H145 D3, annoncé publiquement le 22 janvier 2024 : 36 pour la Sécurité civile, qui remplacent les 33 EC145, et 6 pour la Gendarmerie, avec une option de 22 appareils supplémentaires pour cette dernière[1][16]. Les 36 livraisons de la Sécurité civile s'étalent ainsi : 3 appareils en 2024, 8 en 2025, 5 en 2026, 6 en 2027, 8 en 2028 et 3 en 2029[16]. Avec les quatre premiers, la flotte doit donc compter 40 H145 au terme du programme.
À l'été 2026, la Sécurité civile écrivait que « près de la moitié » de sa flotte d'hélicoptères était déjà renouvelée[2]. Chaque machine neuve est chiffrée à 13 millions d'euros, pour un investissement total proche de 450 millions[12].
- Constructeur
- Airbus Helicopters, anciennement Eurocopter[4]
- Rotor principal
- 5 pales sur le H145 D3, 4 pales sur l'EC145[4]
- Moteurs
- 2 turbines Safran Arriel 2E à régulation numérique[4]
- Vitesse de croisière
- 241 km/h[4]
- Rayon d'action
- environ 650 km avec les réservoirs standards[4]
- Endurance maximale
- 3 h 34[4]
- Masse maximale au décollage
- 3 800 kg[11]
- Gain de charge utile
- +150 kg par rapport à la version 4 pales[4]
- Cabine
- jusqu'à 10 passagers, ou 2 brancards et 3 soignants en configuration sanitaire[4]
- Treuil
- câble de 90 m[11]
Pour les habitants, la différence la plus visible tient au bruit et au gabarit : un rotor à cinq pales vibre moins et l'appareil reste de la même classe, un peu plus de 10 mètres de long[11]. Pour les équipages, le gain porte sur la puissance disponible par temps chaud, annoncée en hausse de 30 %[11], ce qui compte en montagne comme au-dessus d'un incendie, où l'air chaud dégrade la portance.
Quand le Dragon devient bombardier d'eau
Après la saison 2022, la Sécurité civile a voulu disposer d'un moyen aérien capable d'attaquer très vite un départ de feu, sans attendre un avion venu de Nîmes[10]. Le ministère de l'Intérieur classe, en 2026, les « Dragon adaptables en 20 minutes » parmi les renforts encore en test[13] ; le nombre de machines réellement équipées d'un réservoir souple n'est pas publié. Après une expérimentation en 2025, le Dragon 2B de Haute-Corse est le premier à ajouter le largage à ses missions dès l'été 2026[10]. Ce H145 D3 avait été mis en service à Bastia le 30 mai 2025, en remplacement d'un EC145 âgé de 23 ans[11].
800 ou 1 000 litres ? Deux chiffres pour un même seau
Lors de la présentation du H145 à Perpignan en juin 2025, le réservoir annoncé était de 800 litres[12]. Une revue spécialisée évoque au contraire un kit de 1 000 litres, capable de traiter un départ de feu « en moins de trois minutes »[14]. Aucun document officiel consulté ne tranche : nous retenons « moins de 1 000 litres », soit l'équivalent d'un hélicoptère bombardier d'eau léger, et un peu moins d'un sixième d'un Canadair.
Il faut donc garder les proportions. Un Dragon équipé n'est pas un Puma ni un Canadair : il éteint une lisière ou protège une maison, pas un front de plusieurs kilomètres. Sa vraie valeur est le délai : il est déjà sur place, et il peut redevenir hélicoptère de secours en quelques minutes. Pour comparer avec les appareils loués chaque été précisément pour le largage, lisez la fiche hélicoptères bombardiers d'eau légers « Condor ».
Dragon 33 : de Mérignac à Lacanau, le cas girondin
La base de Bordeaux a été créée en 1962, sur l'aéroport de Mérignac[5]. Elle est l'une des plus anciennes du pays et illustre bien le principe « base, pas machine » : son EC145 y a servi plus de vingt ans avant l'arrivée d'un H145 D3, annoncée pour janvier 2026[15]. L'appareil appartient à la Sécurité civile, service de l'État ; le service d'incendie et de secours de la Gironde n'en est pas propriétaire, mais il fournit une partie de l'équipage.
Chaque été, toute la base part vers l'océan. Le détachement de Lacanau, installé sur la base du Huga, existe depuis l'été 1964[9]. En 2024, Dragon 33 y était présent les week-ends du 13 avril au 15 juin, en permanence du 16 juin au 20 septembre, puis à nouveau les week-ends jusqu'au 3 novembre[9]. L'équipage type réunit un pilote, un copilote de la Sécurité civile, un médecin urgentiste du SAMU ou du service d'incendie, et un sauveteur nautique sapeur-pompier[9]. La préfecture souligne que c'est le seul hélicoptère du Sud-Ouest doté de filtres anti-sable, indispensables pour se poser sur les postes de secours des plages, et d'un panier fixé au câble du treuil qui remonte deux victimes à la fois[9].
Le bilan est parlant : plus de 3 000 personnes secourues depuis 2004, dont plus de 100 pour le seul été 2023[9]. Selon le journal local, la base tourne avec quatre pilotes et quatre mécaniciens, par périodes d'alerte de cinq jours au maximum, appuyés par une cinquantaine de médecins volontaires et une vingtaine de plongeurs du service d'incendie de la Gironde ; l'été, l'hélicoptère peut enchaîner jusqu'à six interventions en 24 heures[15]. Cette organisation est un repli permanent : quand un Dragon est engagé sur un feu du Médoc, c'est un moyen de secours en moins sur le littoral, et inversement.
Depuis l'Alouette III de 1962
Le groupement hélicoptères existe depuis 1957 ; l'Alouette III y est entrée en service en 1962 et n'a été retirée qu'en 2009, après avoir cédé le secours à personne à l'EC145 à partir de 2002[7]. Les Écureuil, plus légers, ont volé de 1980 à 2023, notamment pour les premiers essais de largage[7]. En six décennies, le groupement revendique plus de 640 000 heures de vol et 350 000 personnes secourues[7].
Ce bilan a un prix humain. Cinq EC145 ont été perdus entre 2003 et 2021[7], et notre registre en garde la trace parce que leurs immatriculations circulent encore dans les bases de données aéronautiques.
| Date | Immatriculation | Lieu | Bilan |
|---|---|---|---|
| 20 juillet 2003 | F-ZBPC | pic de l'Arbizon (Hautes-Pyrénées) | 1 mort, 5 blessés[8] |
| 5 juin 2006 | F-ZBPB | cirque de Gavarnie (Hautes-Pyrénées) | 3 morts, 1 blessé grave[8] |
| 25 avril 2009 | F-ZBPR | Rutali (Haute-Corse) | 4 morts[8] |
| 2 décembre 2019 | F-ZBPZ | Le Rove (Bouches-du-Rhône) | 3 morts[8] |
| 12 septembre 2021 | F-ZBQG | Villard-de-Lans (Isère) | 1 mort, 4 blessés[8] |
Ces cinq immatriculations figurent toutes dans le tableau ci-dessous, aux côtés de trois cellules encore en service. Nous les y laissons volontairement : si l'une d'elles apparaissait un jour sur la carte, ce serait le signe d'une erreur de transpondeur ou de base de données, pas d'un vol réel.
Immatriculations suivies sur la carte
Le tableau ci-dessous est généré automatiquement depuis le registre nominatif de France Incendie : 8 immatriculations rattachées au rôle « Hélico Sécurité Civile », opérées par Sécurité civile. C'est avec cette liste que la carte reconnaît un appareil quand il émet en ADS-B.
| Immatriculation | Type ICAO | Opérateur | Rôle sur la carte |
|---|---|---|---|
| F-ZBPB | EC45 | Sécurité civile | Hélico Sécurité Civile (hélicoptère) |
| F-ZBPC | EC45 | Sécurité civile | Hélico Sécurité Civile (hélicoptère) |
| F-ZBPR | EC45 | Sécurité civile | Hélico Sécurité Civile (hélicoptère) |
| F-ZBPZ | EC45 | Sécurité civile | Hélico Sécurité Civile (hélicoptère) |
| F-ZBQG | EC45 | Sécurité civile | Hélico Sécurité Civile (hélicoptère) |
| F-ZBPV | EC45 | Sécurité civile | Hélico Sécurité Civile (hélicoptère) |
| F-ZBPX | EC45 | Sécurité civile | Hélico Sécurité Civile (hélicoptère) |
| F-ZBQB | EC45 | Sécurité civile | Hélico Sécurité Civile (hélicoptère) |
Une immatriculation absente de cette liste peut tout de même apparaître sur la carte grâce aux règles d'indicatif et de type ; une immatriculation présente peut ne pas voler aujourd'hui. Pour voir ce qui est en l'air maintenant : la carte en direct.
Comment un Dragon apparaît sur la carte en direct
Un hélicoptère de la Sécurité civile émet en ADS-B soit son indicatif tronqué (« DRAGON33 »), soit son immatriculation F-ZB. Notre carte le classe alors dans le rôle « Hélico Sécurité Civile », avec une icône d'hélicoptère et sa trace. Cliquez sur « Voir sur la carte en direct » : la vue se cale sur Mérignac, port d'attache hivernal de Dragon 33 ; de juin à septembre, déplacez-la vers Lacanau. Le détail des règles de reconnaissance est expliqué dans la fiche indicatifs et immatriculations. Un Dragon qui tourne longuement au-dessus d'un massif n'est pas forcément en train de larguer : il observe, guide ou attend une victime.
Questions fréquentes
Pourquoi l'hélicoptère de la Gironde s'appelle-t-il Dragon 33 ?
Parce que « Dragon » est l'indicatif radio commun à tous les hélicoptères de la Sécurité civile et que 33 est le numéro du département de sa base, à Bordeaux-Mérignac. Le nom suit la base : si l'appareil part en entretien à Nîmes, celui qui le remplace devient Dragon 33 à son tour. Il n'existe donc pas de lien fixe entre une immatriculation et un indicatif Dragon.
Que fait Dragon 33 quand un feu éclate dans le Médoc ?
Il sert d'abord d'yeux et de navette : il peut déposer des équipes, survoler la lisière pour renseigner le commandement ou rester en vol stationnaire en altitude comme poste d'observation. Pendant ce temps, le littoral girondin perd son hélicoptère de secours, d'où des arbitrages serrés en plein été. Le largage d'eau par un Dragon reste une nouveauté encore testée : le ministère parle de « Dragon adaptables en 20 minutes », certains H145 D3 pouvant emporter un réservoir souple, et le Dragon 2B de Haute-Corse est le premier à l'utiliser à l'été 2026.
Combien d'hélicoptères la Sécurité civile possède-t-elle et de quel type ?
À l'été 2025, le ministère des Armées comptait 37 Dragon, EC145 et H145 mélangés, répartis sur 23 bases. Le renouvellement repose sur un marché de 42 H145 D3 notifié fin 2023 et annoncé en janvier 2024 : 36 pour la Sécurité civile et 6 pour la Gendarmerie, livrés de 2024 à 2029. À l'été 2026, la Sécurité civile parlait de « près de la moitié » de sa flotte déjà renouvelée.
Quelle est la différence entre un EC145 et un H145 D3 pour le grand public ?
Le H145 D3 porte un rotor à cinq pales au lieu de quatre, deux moteurs plus puissants, environ 150 kg de charge utile en plus et un treuil de 90 mètres de câble contre 60. Il vole à 241 km/h de croisière et tient plus de trois heures et demie en l'air. Vu du sol, la silhouette reste très proche ; on le reconnaît surtout à son rotor et à son bruit plus feutré.
Où se trouve Dragon 33 l'été et à quoi sert-il sur la côte ?
De la mi-juin à la fin septembre, et les week-ends d'avril à début novembre, la base entière se déplace au Huga, à Lacanau-Océan, un détachement qui existe depuis 1964. L'appareil, équipé de filtres anti-sable et d'un panier de treuillage pour deux victimes, intervient sur les noyades, les accidents de plage et les secours en mer le long du littoral girondin. Plus de 3 000 personnes y ont été secourues depuis 2004.
Puis-je suivre un Dragon sur la carte France Incendie ?
Oui, quand il émet en ADS-B. Il apparaît sous son indicatif tronqué, par exemple DRAGON33, ou sous son immatriculation commençant par F-ZB, dans le rôle « Hélico Sécurité Civile ». La carte s'ouvre sur Mérignac, sa base hors saison. Un Dragon qui tourne au-dessus d'un feu n'est pas forcément en train de larguer : il observe ou guide le plus souvent.