Quand un gros bimoteur à hélices, rouge et jaune, passe bas au-dessus d'une pinède en laissant une traînée rose, ce n'est pas un Canadair : c'est un Dash 8 Q400 MR, indicatif radio « Milan ». La Sécurité civile en possède huit[1], tous rattachés à la base de Nîmes-Garons, et c'est l'avion qui porte la surveillance armée du ciel français depuis le départ des vieux Tracker[2].
Il ne se pose jamais sur l'eau. Sa force est ailleurs : une soute de 10 000 litres remplie de retardant au sol[3], une vitesse de croisière d'avion de ligne, et une cabine qui, hors saison, redevient un transport de passagers, de fret ou de blessés[2][3]. Cette page explique ce que voit un habitant quand un Milan travaille au-dessus de chez lui, et pourquoi notre carte en direct doit le reconnaître avec une prudence particulière.
Pourquoi un avion régional canadien largue du retardant en Gironde
Le Dash 8 Q400 est d'abord un avion régional de 70 places construit au Canada, que des milliers de voyageurs empruntent chaque jour sans y penser. La société canadienne Conair l'a transformé en bombardier terrestre en lui greffant une soute externe sous le fuselage, sans toucher à la cabine[3].
La France a acheté ses deux premiers exemplaires d'occasion, livrés le 9 juillet 2005[1]. Ils volaient alors aux côtés des Tracker, de petits bimoteurs d'environ 3 300 litres qui assuraient depuis 1982 la patrouille préventive au-dessus des massifs[11].
En janvier 2018, la Direction générale de l'armement notifie à Conair un marché baptisé MRBET, pour « multirôle bombardier d'eau et de transport » : six avions supplémentaires à livrer entre 2019 et 2023[2]. Il ne s'agit pas d'appareils sortis d'usine : Conair est parti de cellules Q400 déjà construites, et le futur Milan 75 avait par exemple été acquis par l'industriel en 2018 avant sa conversion[3]. Le rapport du Sénat chiffre cette acquisition à 354 millions d'euros[1]. Le premier, Milan 75, est présenté au public le 12 juillet 2019 et survole les Champs-Élysées deux jours plus tard[5].
Les Tracker, usés par des décennies de vols à basse altitude, quittent le service au début de 2020[11]. Depuis, la mission principale des huit Dash est le guet aérien armé[1] : survoler les zones à risque avec une soute déjà pleine, repérer la fumée et attaquer un feu naissant avant qu'il ne prenne de l'ampleur. Nous détaillons cette manière de faire dans la page consacrée au guet aérien armé.
Ce choix a un effet direct sur ce que vous pouvez observer : un Milan en patrouille décrit de longues boucles en forme d'hippodrome, deux lignes droites reliées par des virages serrés[10], sans qu'aucun feu ne soit forcément en cours dessous.
Pourquoi les Milan héritent des numéros des Fokker
Chaque bombardier de la Sécurité civile porte un numéro de coque à deux chiffres, et la dizaine raconte une histoire. Les DC-6 des années 1980 étaient les 61 et 62 parce qu'ils étaient des « six »[4]. Les Fokker 27, convertis eux aussi par Conair, ont ouvert la tranche des 70 avec les numéros 71 et 72[4]. Les C-130 Hercules loués aux Américains ont gardé leurs numéros 81 et 82[4].
Quand les deux premiers Dash 8 arrivent en 2005, ils succèdent aux Fokker dans la catégorie des bombardiers terrestres moyens : ils prennent logiquement la suite, 73 et 74, et reçoivent un indicatif radio inédit, « Milan », du nom du rapace[4]. Les six avions de la commande de 2018 ont ensuite reçu les numéros 75 à 80 dans l'ordre de leur livraison, de 2019 à 2023[4][3].
Le tableau ci-dessous relie chaque immatriculation reconnue par notre carte à son indicatif et à son année d'arrivée. Sur l'écran, ces avions apparaissent sous un nom d'appel abrégé à huit caractères, « MILAN77 » par exemple, ou sous leur seule immatriculation.
Immatriculations suivies sur la carte
Le tableau ci-dessous est généré automatiquement depuis le registre nominatif de France Incendie : 8 immatriculations rattachées au rôle « Bombardier (Dash-8) », opérées par Sécurité civile. C'est avec cette liste que la carte reconnaît un appareil quand il émet en ADS-B. Indicatifs radio : netpompiers.fr, fiche Dash 8-Q400 MR (table immatriculation, indicatif, année) (14 septembre 2026).
| Immatriculation | Indicatif | Type ICAO | Opérateur | Rôle sur la carte |
|---|---|---|---|---|
| F-ZBMC | Milan 73 | DH8D | Sécurité civile | Bombardier (Dash-8) |
| F-ZBMD | Milan 74 | DH8D | Sécurité civile | Bombardier (Dash-8) |
| F-ZBMH | Milan 75 | DH8D | Sécurité civile | Bombardier (Dash-8) |
| F-ZBMI | Milan 76 | DH8D | Sécurité civile | Bombardier (Dash-8) |
| F-ZBMJ | Milan 77 | DH8D | Sécurité civile | Bombardier (Dash-8) |
| F-ZBMK | Milan 78 | DH8D | Sécurité civile | Bombardier (Dash-8) |
| F-ZBML | Milan 79 | DH8D | Sécurité civile | Bombardier (Dash-8) |
| F-ZBMM | Milan 80 | DH8D | Sécurité civile | Bombardier (Dash-8) |
Une immatriculation absente de cette liste peut tout de même apparaître sur la carte grâce aux règles d'indicatif et de type ; une immatriculation présente peut ne pas voler aujourd'hui. Pour voir ce qui est en l'air maintenant : la carte en direct.
DH8D : le code que le Milan partage avec les avions de ligne
Chaque avion équipé d'un transpondeur ADS-B diffuse un code de type à quatre caractères défini par l'aviation civile internationale. Pour la famille Dash 8-400, ce code est DH8D[6]. Le Milan l'émet, mais aussi les centaines de Q400 qui relient des villes de province partout en Europe.
Notre carte en direct identifie les moyens de lutte par un registre d'immatriculations vérifiées à la main. Or ce registre est protégé par un garde-fou : si l'avion émet un code de type appartenant à la liste des avions de ligne, l'entrée du registre est ignorée. Cette liste contient DH8D, parce qu'un jour une erreur de saisie a fait passer un Airbus A220 croate pour un Canadair, à 32 000 pieds et 900 km/h.
Le Milan est donc le seul appareil de la Sécurité civile qui ne passe pas par cette voie rapide. Il est reconnu par une seconde règle, propre aux Dash : un nom d'appel commençant par « MILAN », ou une immatriculation en F-ZB associée à un type DH8. Une troisième barrière écarte tout « bombardier » affiché au-dessus de 25 000 pieds, altitude qu'un Milan en mission n'atteint jamais.
Comment un Milan se voit sur la carte
Un Milan apparaît comme un avion cyan orienté selon son cap, avec la mention « Bombardier (Dash-8) » dans la liste des moyens aériens en intervention. Si son nom d'appel n'est pas diffusé, la fiche montre l'immatriculation F-ZBM.. seule. Une longue boucle régulière au-dessus d'un massif est une patrouille de guet, pas forcément un feu ; un cercle pointillé signale au contraire des trajectoires basses répétées, typiques de largages. Le bouton en haut de page recentre la carte sur Nîmes-Garons, d'où partent les huit avions.
Une soute de 10 000 litres et deux façons de s'en servir
Eau ou retardant
La soute ventrale accepte indifféremment de l'eau ou du retardant[3]. Dans les faits, l'avion est surtout chargé de retardant, ce mélange rouge à base de sels de phosphate qui continue d'agir une fois l'eau évaporée et qui permet de dessiner des lignes d'arrêt devant les flammes, y compris sur des pentes inaccessibles aux engins au sol[1]. Nous expliquons sa composition et sa couleur dans la page sur le retardant.
Le retardant est plus dense que l'eau : à La Réunion, où un Milan est détaché chaque fin d'année, les équipes chargent environ 9 000 litres de produit dans une soute prévue pour 10 000 litres d'eau[9].
Une passe ou plusieurs
Le pilote choisit la quantité qu'il lâche à chaque passage. Il peut vider les dix tonnes d'un coup sur un front actif, ou fractionner la charge en plusieurs largages pour prolonger une ligne de retardant[3]. C'est pourquoi la traînée rose au sol paraît parfois courte et épaisse, parfois longue et fine.
Le rechargement au pélicandrome
Ne pouvant pas écoper, le Milan revient se poser sur un aérodrome équipé d'une station de remplissage, le pélicandrome. À La Réunion, le tour complet au sol prend une quinzaine de minutes, dont cinq minutes trente pour le seul remplissage[9]. Le Sénat comptait 22 pélicandromes en métropole en 2023 et jugeait le maillage du Sud-Ouest presque cinq fois moins dense que celui de la zone Sud[1].
Hors saison, une cabine au service des secours
La lettre « MR » signifie multirôle. La soute de largage se démonte, et la cabine reprend l'un de ses autres visages : jusqu'à 78 sièges sur les deux premiers avions, 64 sur la série livrée depuis 2019, environ 9 tonnes de fret, ou six civières médicalisées avec leur équipement de réanimation[3][2]. Une configuration mixte associe 4 tonnes de fret et 19 passagers, en gardant la soute ventrale[3].
Cette polyvalence justifie l'investissement toute l'année, et pas seulement l'été. Chaque automne, l'un des Milan part pour La Réunion : en 2025, l'avion arrivé le 26 septembre y est resté quinze semaines au lieu de douze, avec neuf personnes détachées et une promesse de décollage en moins de trente minutes après l'appel[9].
Les six avions de la seconde série, dits MRE ou MRBET selon les documents, se distinguent des deux anciens par une avionique plus récente et un aménagement sanitaire prévu dès la conception[2]. Les deux vétérans de 2005 posent, eux, un problème de pièces détachées pour leur système de largage, au point que le Sénat évoquait en 2023 une rénovation avionique ou leur remplacement[1].
Mesures et motorisation du Q400 MR
- Constructeur et conversion
- Bombardier (aujourd'hui De Havilland Canada) pour la cellule DHC-8-402, Conair pour la transformation[2]
- Longueur
- 32,80 m[3]
- Envergure
- 28,40 m[3]
- Moteurs
- 2 turbopropulseurs Pratt & Whitney PW150A d'environ 5 000 ch, hélices à six pales[3]
- Soute
- 10 000 L d'eau ou de retardant, largage en une ou plusieurs passes[3]
- Autonomie
- environ 3 heures de vol en configuration feu[9]
- Immatriculations
- série F-ZBM, registre des aéronefs d'État[3]
- Code de type ADS-B
- DH8D, le même que les Q400 de ligne[6]
La flotte en chiffres, d'après le rapport du Sénat
Le rapport d'information du Sénat de juin 2023 reste la photographie officielle la plus complète[1]. Il distingue deux sous-flottes : les deux Dash 8 MR de 2005, d'un âge moyen de 22 ans, et les six MRBET, âgés en moyenne de 2 ans et 5 mois[1].
| Année | Heures de vol | Largages de retardant | Disponibilité |
|---|---|---|---|
| 2020 | 1 777 h[1] | non détaillé | 91,7 %[1] |
| 2021 | 2 003 h[1] | 456[1] | 91,9 %[1] |
| 2022 | 3 262 h[1] | 1 335[1] | 87,9 %[1] |
L'été 2022, celui des grands feux de Gironde, a presque triplé le nombre de largages de retardant d'une année sur l'autre et fait grimper les heures de vol de plus de 60 %[1]. Chaque heure coûte 12 686 euros, entretien et équipages compris[1], soit près de 41 millions d'euros pour l'année 2022 si l'on multiplie les deux chiffres.
Côté argent, le Sénat retient un coût d'acquisition d'environ 60 millions d'euros par MRBET (354 millions pour six) et évalue aujourd'hui chaque appareil à 40 millions, contre 22 millions payés en 2005 pour les deux premiers[1]. La maintenance est confiée à l'industriel Sabena Technics[1].
Un rapport qui a trois ans
Ces statistiques s'arrêtent à 2022. Les bilans 2023 à 2026 n'ont pas été publiés avec le même détail : nous préférons afficher des chiffres datés plutôt que d'extrapoler.
L'été à Bordeaux-Mérignac
La base des Milan est Nîmes-Garons, mais l'extension du risque vers l'ouest a fait de la base aérienne 106 de Bordeaux-Mérignac un point d'appui d'été. Le Sénat la citait dès 2023 comme base secondaire possible pour accueillir plusieurs appareils[1].
En 2025, le pélicandrome de la BA 106 a fonctionné du 25 juin au 3 octobre avec un Dash 8, six Air Tractor venus d'Australie et l'hélicoptère Charlie 33 du SDIS de la Gironde ; 629 mouvements d'aéronefs y ont été comptés sur la saison[7]. Début juillet 2026, un Milan était de nouveau prépositionné à Mérignac aux côtés des Air Tractor, désormais nommés « Abel »[8].
La saison 2026 a mis ce dispositif à l'épreuve. Face aux incendies du Médoc, l'armée de l'Air et de l'Espace a engagé à partir du 22 juillet un A400M équipé d'un kit de largage, qui a lâché 20 tonnes de retardant au-dessus de Lacanau le 25 juillet[12], soit l'équivalent de deux soutes de Milan. Vous pouvez suivre le déroulé de ce feu sur notre fiche Saumos / Le Porge et la page Gironde.
Les deux générations de Milan côte à côte
Parler « du » Milan cache une flotte en deux étages. Les deux premiers avions et les six de la commande MRBET partagent la même cellule et la même soute, mais ni le même âge, ni le même aménagement, ni le même prix.
| Point de comparaison | Série de 2005 (2 avions) | Série MRBET (6 avions) |
|---|---|---|
| Arrivée en France | juillet 2005[1] | de 2019 à 2023[2] |
| Indicatifs | Milan 73 et 74[4] | Milan 75 à 80[4] |
| Âge moyen relevé par le Sénat (2023) | 22 ans[1] | 2 ans et 5 mois[1] |
| Sièges en version passagers | jusqu'à 78[3] | 64[3] |
| Électronique de bord | d'origine, rénovation ou remplacement évoqués en 2023[1] | plus récente[2] |
| Évacuation sanitaire | possible avec civières[3] | aménagement prévu dès la conception, six civières[2] |
| Point faible signalé | pièces détachées du système de largage[1] | aucun relevé par le Sénat en 2023[1] |
| Argent | 22 millions d'euros pour les deux[1] | 354 millions pour les six, valeur actuelle estimée à 40 millions par avion[1] |
Pour situer le Milan face aux autres avions qui larguent en France, le Canadair et l'A400M ont leurs propres fiches, dont celle consacrée à l'Atlas. Retenez simplement que le Milan ne remplit jamais sa soute sur un lac : tout son emploi dépend du réseau de pélicandromes.
Questions fréquentes
Pourquoi le Milan largue-t-il du retardant plutôt que de l'eau ?
Parce qu'il ne peut pas écoper : chaque plein se fait au sol, sur un pélicandrome, et prend une quinzaine de minutes. Autant emporter un produit qui continue d'agir après l'évaporation de l'eau. Le retardant, coloré en rouge, permet de tracer une ligne d'arrêt devant le feu ou de protéger un secteur inaccessible aux engins, ce qui rentabilise chaque rotation. L'avion garde toutefois la possibilité de charger de l'eau simple quand la situation l'exige.
Un Milan qui tourne en rond au-dessus de ma commune, est-ce qu'un feu a démarré ?
Pas nécessairement. En guet aérien armé, l'avion patrouille avec sa soute pleine le long de circuits en forme d'hippodrome, précisément pour être déjà en l'air si une fumée apparaît. Un cercle régulier et haut correspond souvent à cette veille. Des passages bas et répétés au même endroit, avec une traînée rose au sol, signalent en revanche des largages. Dans le doute, la carte en direct et la page de votre département indiquent si un feu est signalé.
Combien de temps faut-il pour transformer un Milan en avion de transport ?
La durée exacte n'est pas publiée par la Sécurité civile. La soute de largage se démonte et la cabine reçoit des sièges, des palettes ou six civières médicalisées selon la mission. C'est ce qui permet à la Sécurité civile d'envoyer un Milan à La Réunion chaque fin d'année ou de l'engager sur des évacuations et des transports de secours outre-mer, sans immobiliser un bombardier l'hiver.
Pourquoi les indicatifs commencent-ils à 73 et non à 1 ?
La numérotation de la Sécurité civile attribue une tranche de dizaines à chaque famille d'avions : 60 pour les anciens DC-6, 70 pour les bombardiers terrestres moyens inaugurés par les Fokker 27, qui portaient les numéros 71 et 72, 80 pour les Hercules loués. Les deux Dash 8 arrivés en 2005 ont pris la suite des Fokker, d'où Milan 73 et 74, et les six appareils de la commande de 2018, des cellules Q400 déjà construites puis converties par Conair, ont reçu 75 à 80 au fil de leurs livraisons.
Pourquoi la carte reconnaît-elle un Milan différemment d'un Canadair ?
Le Milan émet le code de type DH8D, identique à celui des Dash 8 de ligne qui transportent des passagers. Pour éviter qu'une erreur de registre transforme un avion de ligne en bombardier, comme cela s'est produit avec un Airbus A220, la carte refuse de faire confiance au seul registre d'immatriculations quand le type émis est celui d'un avion de ligne. Un Milan est donc identifié par son nom d'appel ou par sa série F-ZB combinée au type DH8, et écarté s'il vole trop haut pour une mission feu.
Un Milan est-il stationné en Gironde toute l'année ?
Non. Les huit avions sont basés à Nîmes-Garons. L'un d'eux est détaché pendant la saison des feux sur la base aérienne 106 de Bordeaux-Mérignac, où un pélicandrome permet de le recharger : en 2025, ce détachement a duré du 25 juin au 3 octobre, aux côtés d'Air Tractor australiens et de l'hélicoptère Charlie 33 du SDIS 33. Le reste de l'année, les Milan rejoignent Nîmes ou partent en mission outre-mer.