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Canadair CL-415 « Pélican » : l'amphibie bombardier d'eau de la Sécurité civile

Douze avions jaunes et rouges qui se posent sur un lac, se remplissent en douze secondes et repartent larguer environ six mille litres d'eau : le Canadair CL-415 est l'appareil que tout le monde reconnaît. Cette fiche explique comment il fonctionne, d'où viennent ses numéros « Pélican », pourquoi sa disponibilité fait débat chaque été et ce qu'il est advenu du Pélican 35 après son accident de 2025.

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Mis à jour le 17 septembre 2026Vérifié le 17 septembre 20264 058 motsCatégorie : Avions bombardiers d'eau en France : Canadair, Dash 8, Air Tractor, A400M

Sommaire
  1. Pourquoi un avion qui se pose sur l'eau
  2. Ce qu'on voit passer au-dessus du lac : lire la silhouette d'un Pélican
  3. Pélican, Milan, Fire Boss : trois façons de recharger
  4. Le Pélican en chiffres
  5. Trente ans de Pélican en France : livraisons, pertes et numéros
  6. Immatriculations suivies sur la carte
  7. La disponibilité, le vrai sujet
  8. Pélican 35 : un haut-fond, quatre mois à terre, un retour
  9. Où sont les Pélican l'été : Nîmes-Garons et Ajaccio, puis là où le feu appelle
  10. Questions fréquentes

Le Canadair CL-415 est le seul avion écopeur de la flotte d'État de la Sécurité civile : le seul, parmi les appareils que la France possède, qui se pose sur l'eau pour remplir ses soutes. Il n'est pas tout à fait le seul à écoper dans le ciel français, car des Air Tractor AT-802F Fire Boss, amphibies eux aussi, sont loués chaque été et rechargent de la même manière (voir la fiche Air Tractor AT-802 « Abel » et Fire Boss). Mais c'est lui que tout le monde reconnaît : un jour de grand feu, les habitants d'un lac ou d'une côte le voient passer et repasser, effleurer la surface quelques secondes, puis repartir vers le panache de fumée. La France en possède douze, tous rattachés à la base de Nîmes-Garons dans le Gard, et chacun répond à un nom d'appel de la forme « Pélican » suivi d'un numéro[5].

Cette fiche ne se limite pas aux performances du constructeur. Elle raconte pourquoi la numérotation commence à 31, quels avions ont été perdus et à quel prix humain, ce que les rapports du Sénat et de l'Assemblée disent de la disponibilité réelle de la flotte, et comment le Pélican 35 est revenu voler après avoir heurté un haut-fond en Corse. Pour la manœuvre elle-même, l'écopage et les norias, une page dédiée existe : Écopage et norias.

6 137 Ld'eau à chaque largage6 130 L selon netpompiers, « 6 000 L » pour le ministère[16][2][5]
12 spour remplir les soutessur 410 à 450 m de plan d'eau[3][2]
12avions en servicePélican 31 à 48, base de Nîmes-Garons[5]
25 ans et 4 moisd'âge moyenrapport du Sénat, 2023[1]
15 929 EURpar heure de volcoût complet calculé par le Sénat[1]

Pourquoi un avion qui se pose sur l'eau

La plupart des bombardiers d'eau rechargent au sol, sur une piste équipée de cuves. Le CL-415 fait autrement : sa coque de bateau lui permet d'amerrir, et deux écopes rétractables situées sous le fuselage captent l'eau pendant qu'il glisse à la surface, entre 140 et 160 km/h[2]. En douze secondes environ, sur une distance de 410 à 450 mètres selon les sources, les soutes se remplissent, puis l'avion redécolle sans jamais s'être arrêté[3][2]. Leur contenance est donnée à 6 137 litres par l'article de Wikipédia en français consacré à l'avion, 6 130 litres par la fiche netpompiers, et le ministère de l'Intérieur arrondit en une formule : douze Canadair capables d'écoper 6 000 litres en douze secondes[16][2][5]. Nous retenons 6 137 litres dans cette fiche, en signalant l'écart dans nos incertitudes.

L'intérêt est évident dès qu'un lac, un étang, un fleuve large ou une mer calme se trouve à quelques minutes du feu : au lieu de rentrer à un aérodrome, l'avion enchaîne les allers-retours entre le plan d'eau et le front de flammes. En plus de l'eau, il emporte 320 litres d'additif, un produit moussant ou retardant injecté au moment du largage pour que l'eau adhère mieux à la végétation[2]. Quatre portes de soute, contre deux sur son prédécesseur le CL-215, permettent de lâcher tout en une fois ou par salves[2].

Ce mode de remplissage impose une contrainte que le grand public mesure mal : il faut un plan d'eau assez long, assez profond et sans obstacle. Un lac de barrage aux berges encaissées, une baie parsemée de hauts-fonds ou un plan d'eau envahi de plaisanciers deviennent inutilisables, et c'est précisément un haut-fond qui a coûté quatre mois d'immobilisation au Pélican 35 en 2025, comme on le verra plus bas[9].

Ce qu'on voit passer au-dessus du lac : lire la silhouette d'un Pélican

Un ventre de bateau sous une aile perchée

Vu depuis la berge, un Pélican se reconnaît d'abord à son ventre : la partie basse du fuselage est une vraie coque, avec une ligne de quille, et deux petits flotteurs pendent sous les extrémités des ailes pour l'empêcher de basculer sur l'eau. L'aile est fixée tout en haut du fuselage, ce qui éloigne les hélices des embruns. L'avion mesure 19,82 mètres de long pour 28,60 mètres d'envergure et 8,92 mètres de haut[2]. Ses deux moteurs Pratt & Whitney Canada PW123AF délivrent chacun 1 775 kilowatts d'après Wikipédia en anglais, 1 780 selon la fiche netpompiers, soit environ 2 380 chevaux[3][2]. La masse maximale au décollage atteint 19 890 kilogrammes[3] : l'eau embarquée représente donc près d'un tiers du poids total de l'avion en configuration de lutte.

Lent en transit, à l'aise dans les virages

Ce n'est pas un avion rapide. Sa vitesse de croisière est de 333 km/h et sa vitesse maximale de 359 km/h[3], ce qui suffit pour tourner serré au-dessus d'un incendie mais impose des convoyages longs. À titre d'ordre de grandeur calculé à cette vitesse de croisière, comptez près d'une heure et demie de vol entre Nîmes-Garons et les Landes, et plus de deux heures jusqu'à la Bretagne. En transit, l'avion peut parcourir jusqu'à 2 427 kilomètres[3]. Deux pilotes composent l'équipage[3].

Un poste de pilotage des années 1990, promis à une cure de jouvence

Le type a volé pour la première fois le 6 décembre 1993 et 95 exemplaires sont sortis d'usine entre 1993 et l'arrêt de la production en 2015[3]. Son instrumentation date de cette époque. En mai 2025, après une visite chez De Havilland Canada à Calgary, le directeur général de la Sécurité civile et de la gestion des crises, Julien Marion, a évoqué sur le réseau X le lancement d'un programme de rétrofit des CL-415 français, message relayé par Aerobuzz le 20 mai 2025[17]. Le 25 mars 2026, à Rome, De Havilland Aircraft of Canada a de son côté annoncé l'obtention auprès de Transport Canada d'un certificat de type supplémentaire pour remplacer l'avionique d'origine par un poste de pilotage à écrans conçu par Universal Avionics, testé sur un CL-415 du gouvernement du Québec[8]. Cette certification canadienne rend la modernisation techniquement possible ; le calendrier et le coût du programme français n'ont pas été rendus publics à ce jour.

Pélican, Milan, Fire Boss : trois façons de recharger

Trois avions bombardiers d'eau se croisent au-dessus des massifs du Sud-Ouest chaque été, et ils ne rechargent pas au même endroit. Le Dash 8 Q400 MR, nom d'appel « Milan », est l'autre grand avion de la Sécurité civile ; l'Air Tractor Fire Boss est un monomoteur loué à la saison. Le tableau ci-dessous s'en tient à ce qui les sépare du point de vue d'un habitant qui les voit passer ; les fiches Dash 8 Q400 MR « Milan » et Air Tractor AT-802 « Abel » et Fire Boss donnent leurs chiffres complets et sourcés.

Trois bombardiers d'eau vus depuis le sol : où ils rechargent, ce qu'ils emportent, qui les possède
CritèreCanadair CL-415 « Pélican »Dash 8 Q400 MR « Milan »Air Tractor AT-802F Fire Boss
Où il rechargesur un plan d'eau, en douze secondes, sans se poser au sol[3][2]au sol seulement, sur une piste équipée (voir la fiche Milan)sur l'eau grâce à ses flotteurs à écopes, ou au sol (voir la fiche Fire Boss)
Ce qu'il emporte6 137 L d'eau et 320 L d'additif[16][2]10 000 L d'eau ou de retardant (voir la fiche Milan)3 104 L (voir la fiche Fire Boss)
Vitesse de croisière333 km/h[3]environ 630 km/h (voir la fiche Milan)environ 320 km/h (voir la fiche Fire Boss)
Qui le possèdel'État, douze avions[5]l'État, huit avions[5]un loueur privé, à la saison (voir la fiche Fire Boss)
Ce qu'on voit sur la carteboucles courtes entre un lac et la fuméeallers-retours vers un pélicandrome, longues lignes de convoyagepetites boucles, souvent près de la côte ou d'un étang

Le Pélican en chiffres

Constructeur
Canadair, puis Bombardier, Viking Air et De Havilland Canada (détenteur actuel du certificat)[3]
Premier vol
6 décembre 1993[3]
Exemplaires construits
95, entre 1993 et 2015[3]
Longueur
19,82 m[2]
Envergure
28,60 m[2]
Hauteur
8,92 m[2]
Moteurs
2 turbopropulseurs Pratt & Whitney Canada PW123AF de 1 775 à 1 780 kW chacun selon les sources[3][2]
Masse maximale au décollage
19 890 kg[3]
Vitesse de croisière
333 km/h (maximale 359 km/h)[3]
Distance de convoyage
2 427 km[3]
Capacité d'emport
6 137 L d'eau en deux soutes, quatre portes de largage, plus 320 L d'additif moussant ou retardant[16][2]
Écopage
environ 12 s, sur 410 à 450 m de plan d'eau[3][2]
Équipage
2 pilotes[3]
Prix catalogue
36,9 millions de dollars en 2014 ; le Sénat estimait un avion neuf entre 60 et 64 millions d'euros en 2023, contre 20 millions à l'achat des premiers[3][1]
Coût d'une heure de vol
15 929 EUR (calcul du Sénat, 2023)[1]
Code de type ADS-B
CL2T, désignateur de type attribué par l'OACI au Bombardier 415[18]

Trente ans de Pélican en France : livraisons, pertes et numéros

La Sécurité civile a reçu quinze CL-415 en tout : cinq en 1995, six en 1996, un en 1997, puis trois appareils de remplacement livrés en 2006 et 2007[2]. Le rapport du Sénat situe la dernière livraison au 15 mai 2007[1]. Trois avions ont été perdus en service, et les trois accidents ont été mortels : cinq membres d'équipage y ont laissé la vie. Le 17 novembre 1997, le Pélican 43 (F-ZBFQ) s'est retourné dans la baie de La Ciotat pendant un exercice ; le pilote a été tué et le copilote grièvement blessé[16]. Le 8 mars 2004, le Pélican 41 (F-ZBEZ) a piqué dans le lac de Sainte-Croix lors d'un écopage d'entraînement ; le pilote instructeur et un copilote en formation ont été tués, un second stagiaire a été grièvement blessé[16][2]. Le 1er août 2005, le Pélican 36 (F-ZBEO) s'est écrasé sur les hauteurs de Calvi après un largage ; le pilote et le copilote ont été tués[16][2]. Douze avions restent en ligne.

Pourquoi la série commence à 31

Sur la carte, aucun Canadair ne porte de numéro inférieur à 31, et la série actuelle va de 31 à 48 avec des trous. L'explication tient au partage des ondes. Quand les CL-415 sont arrivés au milieu des années 1990, les indicatifs de 01 à 24 servaient déjà aux Tracker, et « Pélican 01 » avait été celui d'un CL-215, le Canadair à pistons qui les précédait : reprendre ce numéro aurait semé la confusion à la radio. L'administration a donc ouvert une nouvelle tranche à partir de 31, attribuée aux avions au fil de leur arrivée, sans rapport avec leur numéro de série chez le constructeur. Trois numéros de cette tranche, 40, 46 et 47, avaient déjà été utilisés par des CL-215 et n'ont pas été redonnés[4][2]. Les trois avions livrés en 2006 et 2007 ont reçu 44, 45 et 48, ce qui explique les derniers écarts de la liste.

Les immatriculations suivent une autre logique : elles sont attribuées par l'État dans les séries réservées à la Sécurité civile par l'arrêté du 3 mai 2013, F-ZBET à F-ZBFZ et F-ZBMA à F-ZBZZ. Le même arrêté retire six indicatifs de la série des douanes au profit de la Sécurité civile, F-ZBAA, F-ZBAP, F-ZBAZ, F-ZBCZ, F-ZBEG et F-ZBEH ; F-ZBEG est le seul de ces six porté par un Canadair, le Pélican 39[14]. On reconnaît ainsi la première génération (F-ZBE et F-ZBF) et les trois avions de 2006 et 2007, immatriculés dans la série F-ZBM comme les Dash 8 arrivés à la même époque.

Les quinze CL-415 français : numéro, immatriculation, série, entrée en service, sort de l'avion et présence dans le registre ADS-B du site
NuméroImmatriculationSérie de l'arrêté de 2013En service depuisSituation en 2026Suivi par la carte
Pélican 31F-ZBFPF-ZBET à F-ZBFZ1996en ligneoui
Pélican 32F-ZBFSF-ZBET à F-ZBFZ1995en ligneoui
Pélican 33F-ZBFNF-ZBET à F-ZBFZ1995en ligneoui
Pélican 34F-ZBFXF-ZBET à F-ZBFZ1995en ligneoui
Pélican 35F-ZBFYF-ZBET à F-ZBFZ1996en ligne, réparé après l'accident du 15 mai 2025oui
Pélican 36F-ZBEOhors série (antérieure à l'arrêté)1995perdu le 1er août 2005 près de Calvi, 2 mortsnon, avion perdu
Pélican 37F-ZBFVF-ZBET à F-ZBFZ1995en ligneoui
Pélican 38F-ZBFWF-ZBET à F-ZBFZ1996en ligneoui
Pélican 39F-ZBEGindicatif repris aux douanes1996en ligneoui
Pélican 41F-ZBEZF-ZBET à F-ZBFZ1996perdu le 8 mars 2004 sur le lac de Sainte-Croix, 2 morts et 1 blessé gravenon, avion perdu
Pélican 42F-ZBEUF-ZBET à F-ZBFZ1997en ligneoui
Pélican 43F-ZBFQF-ZBET à F-ZBFZ1996perdu le 17 novembre 1997 dans la baie de La Ciotat, 1 mort et 1 blessé gravenon, avion perdu
Pélican 44F-ZBMEF-ZBMA à F-ZBZZ2006en ligneoui
Pélican 45F-ZBMFF-ZBMA à F-ZBZZ2006en ligneoui
Pélican 48F-ZBMGF-ZBMA à F-ZBZZ2007en ligneoui

Comment lire ce tableau : les colonnes numéro, immatriculation, année et sort de l'avion sont recoupées entre la fiche netpompiers et l'article de marsaly.fr, les bilans humains entre la fiche netpompiers et l'article de Wikipédia en français[2][4][16] ; la colonne « série » applique l'annexe de l'arrêté du 3 mai 2013 à chaque immatriculation[14] ; la colonne « suivi par la carte » dit simplement si l'immatriculation figure dans le registre nominatif de France Incendie, c'est-à-dire si la carte saura la nommer quand elle émet. Les Tracker, les CL-215 et les autres avions retirés ont leur propre fiche : Les avions retirés : Tracker, CL-215 et les autres. Le tableau ci-dessous, lui, n'est pas ressaisi : il est généré depuis le registre nominatif du site, celui qui sert à reconnaître ces douze avions sur la carte.

Immatriculations suivies sur la carte

Le tableau ci-dessous est généré automatiquement depuis le registre nominatif de France Incendie : 12 immatriculations rattachées au rôle « Canadair (bombardier) », opérées par Sécurité civile. C'est avec cette liste que la carte reconnaît un appareil quand il émet en ADS-B. Indicatifs radio : marsaly.fr, « Des chiffres et des lettres : les bombardiers d'eau de la Sécurité civile », recoupé avec la fiche netpompiers.fr (14 septembre 2026).

Registre nominatif du site, 12 entrées
ImmatriculationIndicatifType ICAOOpérateurRôle sur la carte
F-ZBFPPélican 31CL2TSécurité civileCanadair (bombardier)
F-ZBFSPélican 32CL2TSécurité civileCanadair (bombardier)
F-ZBFNPélican 33CL2TSécurité civileCanadair (bombardier)
F-ZBFXPélican 34CL2TSécurité civileCanadair (bombardier)
F-ZBFYPélican 35CL2TSécurité civileCanadair (bombardier)
F-ZBFVPélican 37CL2TSécurité civileCanadair (bombardier)
F-ZBFWPélican 38CL2TSécurité civileCanadair (bombardier)
F-ZBEGPélican 39CL2TSécurité civileCanadair (bombardier)
F-ZBEUPélican 42CL2TSécurité civileCanadair (bombardier)
F-ZBMEPélican 44CL2TSécurité civileCanadair (bombardier)
F-ZBMFPélican 45CL2TSécurité civileCanadair (bombardier)
F-ZBMGPélican 48CL2TSécurité civileCanadair (bombardier)

Une immatriculation absente de cette liste peut tout de même apparaître sur la carte grâce aux règles d'indicatif et de type ; une immatriculation présente peut ne pas voler aujourd'hui. Pour voir ce qui est en l'air maintenant : la carte en direct.

La disponibilité, le vrai sujet

Ce que disent les rapports parlementaires

Avoir douze Canadair ne signifie pas pouvoir en engager douze. En 2023, le Sénat calculait un âge moyen de 25 ans et 4 mois, et retraçait un taux de disponibilité qui avait tenu entre 95 et 100 % de 2018 à 2021 avant de retomber à 89,2 % en 2022, année où des difficultés d'approvisionnement en pièces avaient conduit à immobiliser un avion pour y prélever des composants au profit des autres[1]. Le même rapport comptait 1 626 largages de produit retardant réalisés par les Canadair en 2022, contre 507 en 2021 et 445 en 2020[1]. Attention à ce que ce chiffre mesure : il ne compte que les largages de retardant, chargé au sol, et laisse de côté les largages d'eau écopée, qui forment l'essentiel de l'activité d'un Canadair et dont le total annuel n'est pas publié. Il dit donc surtout combien de fois les Pélican ont été employés comme des avions « de piste » pendant l'année des grands feux de Gironde.

Deux ans plus tard, l'avis budgétaire du Sénat sur le projet de loi de finances 2026 est plus sévère : à certaines périodes critiques de l'été 2024, seuls trois appareils sur douze étaient opérationnels, et en juillet 2025 le manque d'avions disponibles a obligé à arbitrer entre des demandes simultanées de plusieurs départements[6]. À l'Assemblée nationale, le rapport d'information du 2 juillet 2025 pointe de son côté le risque que fait peser sur la France la situation de monopole du constructeur canadien, seul fournisseur de pièces et de successeur[15].

L'été 2026 et la feuille de route du mainteneur

L'entretien des avions est confié à l'industriel Sabena technics, installé dans des hangars à Nîmes-Garons. Dans une lettre à ses salariés du 28 juillet 2026, relayée par Europe 1, son PDG Hervé Grandjean a écrit que la feuille de route signée avec la Sécurité civile prévoyait dix Canadair, sept Dash 8 et trois Beech disponibles pour la deuxième quinzaine de juin, objectif qu'il affirme avoir tenu, avec 1,2 million d'euros investis en 2025 dans les systèmes d'eau et les volets et 1,7 million en 2026 dans les pièces de rechange[11]. Pendant les feux de Gironde de la fin juillet 2026, le syndicat des personnels navigants avançait pourtant que seuls sept des douze Canadair français étaient disponibles, alors que dix-huit moyens aériens, dont deux Canadair croates, étaient engagés le 25 juillet[12].

Rénover ou remplacer ?

Dès 2021, le Sénat jugeait prohibitive une modernisation de la seule avionique, estimée entre 4 et 5 millions d'euros par avion avec de longues immobilisations[7]. Quatre ans plus tard, la position a changé : en mai 2025, le directeur général de la Sécurité civile a annoncé le lancement d'un programme de rétrofit des CL-415[17], et la certification canadienne du poste de pilotage à écrans, en mars 2026, en a fourni la brique technique[8]. Ce que ce programme comprend exactement, son calendrier et son coût complet ne sont pas publiés ; nous le signalons dans nos incertitudes.

Le successeur est déjà commandé : deux DHC-515 financés par l'Union européenne, attendus en mars et novembre 2028, dont la facture réelle pour l'État approche 91 millions d'euros l'unité quand on y inclut TVA, droits de douane et lot de rechanges, puis deux autres sur fonds nationaux, engagés au budget 2026 pour 209 millions d'euros et attendus entre fin 2032 et 2033[6]. Le détail de ce programme est dans la fiche DHC-515, le nouveau Canadair.

Pélican 35 : un haut-fond, quatre mois à terre, un retour

Le 15 mai 2025, six Canadair et leurs équipages effectuaient en Corse une semaine de remise en condition avant la saison. Lors d'un exercice d'écopage en mer près de Porto-Vecchio, le Pélican 35, immatriculé F-ZBFY, a heurté un haut-fond alors qu'il naviguait sur l'eau : il a subi une voie d'eau et a dû être remorqué près d'une plage pour être mis en sécurité. Selon la même source, un second avion aurait touché le fond lui aussi et aurait pu regagner Ajaccio avec des dégâts limités. Personne n'a été blessé[9].

L'avion a ensuite été transporté par voie maritime jusqu'aux Bouches-du-Rhône, puis remis dans un état lui permettant de voler à Marignane, l'ancienne base de la flotte. Le lundi 8 septembre 2025, il a effectué son premier vol depuis l'accident, 75 kilomètres entre Marignane et Nîmes-Garons, où Sabena technics devait encore consacrer plusieurs mois à sa coque avant un retour complet en opérations[10]. Pendant toute la saison 2025, la Sécurité civile n'a donc disposé que de onze Canadair au mieux : un seul accident d'écopage suffit à retirer près d'un dixième de la capacité amphibie nationale.

Si un Canadair écope près de vous

Un avion en écopage touche l'eau entre 140 et 160 km/h[2] et ne peut pas manœuvrer librement à quelques mètres de la surface. Dès qu'un écopage est annoncé ou qu'un avion jaune et rouge descend vers le plan d'eau, regagnez la berge ou le port si vous êtes en bateau, en paddle ou à la nage. Si vous êtes déjà à l'eau et ne pouvez pas rentrer à temps, coupez le moteur, restez immobile et bien visible. Ne franchissez jamais une zone fermée par arrêté municipal ou par la préfecture maritime : l'interdiction vaut pour les bateaux comme pour les baigneurs et les planches. Et ne cherchez pas à vous approcher pour filmer : le passage se voit très bien depuis la rive.

Où sont les Pélican l'été : Nîmes-Garons et Ajaccio, puis là où le feu appelle

Hors saison, les douze avions vivent à Nîmes-Garons, où la base de la Sécurité civile et les hangars de maintenance se font face ; le Sénat chiffrait à 35,5 millions d'euros sur six ans l'agrandissement prévu de cette base[1]. Pour l'été 2026, deux Canadair étaient détachés à Ajaccio au service de la Corse[13]. Le Sud-Ouest, lui, reçoit d'abord d'autres appareils : le pélicandrome de Bordeaux-Mérignac accueille en saison un Dash 8 et des Air Tractor loués, comme le décrit la fiche Air Tractor AT-802 « Abel » et Fire Boss. Les Canadair, eux, viennent en Gironde et dans les Landes à la demande, depuis Nîmes, et se ravitaillent sur les pélicandromes décrits dans la fiche Base de Nîmes-Garons et pélicandromes. Nous n'avons pas pu vérifier de source officielle décrivant un détachement permanent de Canadair à Bordeaux : si vous en connaissez une, écrivez-nous.

Un détachement ne fige pas les avions : lors de l'incendie de Saumos en Gironde, parti le 22 juillet 2026 et qui a parcouru environ 42 000 hectares d'après le point de situation de la préfecture du 1er août[19], des Canadair venus de Nîmes ont rejoint les moyens locaux, aux côtés de renforts européens dont deux Canadair croates[12]. Sur la carte, cela se traduit par des trajectoires qui convergent depuis le sud-est vers l'Aquitaine en début d'après-midi, puis par des boucles très serrées entre un plan d'eau proche et le front de feu.

Suivre un Pélican en noria au-dessus d'un lac

Les douze Pélican émettent en ADS-B avec leur immatriculation F-ZB et, la plupart du temps, leur indicatif « PELICAN » suivi du numéro. La carte France Incendie les affiche avec le rôle « Canadair (bombardier) » grâce au registre reproduit plus haut. Un Pélican en écopage se reconnaît à ses boucles courtes et régulières entre un plan d'eau et une zone de fumée ; un Pélican en convoyage trace une longue ligne droite depuis Nîmes. Depuis cette page, le bouton d'accès à la carte vous amène au-dessus de Nîmes-Garons, leur port d'attache ; les jours de feu, cherchez plutôt les boucles au-dessus des lacs landais, des étangs de Camargue ou du littoral corse.

Questions fréquentes

Pourquoi les Canadair français s'appellent-ils « Pélican » et pourquoi le premier porte-t-il le numéro 31 ?

« Pélican » est le nom d'appel radio des Canadair de la Sécurité civile, suivi d'un numéro. Sur la carte, aucun d'eux ne porte de numéro inférieur à 31 : à l'arrivée des CL-415, les numéros bas étaient déjà pris par les Tracker et par d'anciens CL-215, et l'on a voulu éviter les confusions radio. La série 31 à 48 comporte des trous, car 40, 46 et 47 avaient déjà servi à des CL-215 avant l'arrivée des CL-415, et trois avions ont depuis été perdus.

Combien de litres un CL-415 emporte-t-il et en combien de temps se remplit-il ?

Selon les sources, ses deux soutes contiennent entre 6 130 et 6 140 litres d'eau (6 137 litres dans l'article de Wikipédia en français), chiffre que le ministère de l'Intérieur arrondit à 6 000 litres. S'y ajoutent 320 litres d'additif mélangé à l'eau au moment du largage. Le remplissage se fait en glissant sur l'eau, par deux écopes rétractables, en douze secondes environ sur 410 à 450 mètres de plan d'eau.

Pourquoi entend-on chaque été que « seuls quelques Canadair sont disponibles » ?

Parce que la flotte a plus de vingt-cinq ans en moyenne, que l'avion n'est plus produit depuis 2015 et que certaines pièces se font rares. Le Sénat a relevé qu'à certaines périodes de l'été 2024 seuls trois avions sur douze étaient opérationnels. Pour 2026, la feuille de route signée avec le mainteneur visait dix Canadair disponibles dans la deuxième quinzaine de juin ; pendant les feux de Gironde de juillet 2026, le syndicat des navigants n'en comptait que sept.

Que s'est-il passé avec le Pélican 35 en 2025 ?

Le 15 mai 2025, pendant un exercice d'écopage en mer près de Porto-Vecchio, l'avion a heurté un haut-fond : sa coque a été déchirée et une voie d'eau l'a immobilisé, sans blessé. Ramené par voie maritime puis remis en état de vol à Marignane, il a rejoint Nîmes-Garons par ses propres moyens le 8 septembre 2025, où des travaux de coque de plusieurs mois restaient à mener.

Le CL-415 va-t-il être remplacé ?

Pas avant plusieurs années. La France a commandé quatre DHC-515, la version modernisée produite à Calgary : deux financés par l'Europe, attendus en 2028, et deux sur fonds nationaux, attendus entre fin 2032 et 2033. En mai 2025, le directeur général de la Sécurité civile a évoqué un programme de rétrofit des CL-415, et un poste de pilotage à écrans a été certifié au Canada en mars 2026 ; le contenu, le calendrier et le coût du programme français ne sont pas publiés.

Comment reconnaître un Pélican sur la carte France Incendie ?

Chaque Canadair de la Sécurité civile émet sa position en ADS-B avec son immatriculation F-ZB et, souvent, son indicatif « PELICAN » suivi du numéro. Le registre du site relie les douze immatriculations au rôle « Canadair (bombardier) » : quand l'un d'eux vole, la carte l'affiche avec ce rôle, et ses allers-retours serrés entre un plan d'eau et le feu dessinent la noria caractéristique de l'écopage.

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En cas d'urgence, appelez le 18 ou le 112. Cette page informe ; elle ne remplace aucune consigne officielle.

À lire ensuite

Sources et dernière vérification

Dernière vérification des faits de cette page : 17 septembre 2026. Publication : 14 septembre 2026. Mise à jour : 17 septembre 2026.

  1. Sénat, rapport d'information n° 838 (2022-2023), « La flotte de bombardiers d'eau de la Sécurité civile » (consulté le 14 septembre 2026) : âge moyen, disponibilité 2016-2022, coût horaire, largages, coût d'un avion neuf, extension de la base
  2. netpompiers.fr, fiche « Canadair CL-415 (Bombardier 415) » (consulté le 14 septembre 2026) : dimensions, capacité 6 130 L, puissance 1 780 kW, additif, écopage, livraisons en France, avions perdus et bilans, table immatriculation et numéro
  3. Wikipédia (en), « Canadair CL-415 », section Specifications (consulté le 14 septembre 2026) : moteurs (1 775 kW), masses, vitesses, distance de convoyage, écopage 12 s sur 410 m, premier vol, 95 exemplaires 1993-2015, prix 2014
  4. marsaly.fr, « Des chiffres et des lettres : les bombardiers d'eau de la Sécurité civile » (consulté le 14 septembre 2026) : logique de numérotation des Pélican : série à partir de 31, numéros 40, 46 et 47 déjà portés par des CL-215
  5. Ministère de l'Intérieur, « Sur terre et dans les airs : combattre le feu sur tous les fronts » (dispositif 2026) (consulté le 14 septembre 2026) : 12 Canadair, 6 000 litres en 12 secondes, flotte 2026
  6. Sénat, avis budgétaire PLF 2026, programme Sécurité civile (n° 139, tome 2, 2025-2026) (consulté le 14 septembre 2026) : trois avions sur douze à certaines périodes de l'été 2024, arbitrages de juillet 2025, coûts et calendrier des DHC-515
  7. Sénat, avis budgétaire PLF 2022, programme Sécurité civile (n° 163, tome 2, 2021-2022) (consulté le 14 septembre 2026) : coût de la modernisation de l'avionique jugé prohibitif, 4 à 5 millions d'euros par avion
  8. Aerobuzz, « Le Canadair CL-415 certifié en version glass cockpit » (25 mars 2026) (consulté le 14 septembre 2026) : certificat de type supplémentaire délivré par Transport Canada, avionique Universal Avionics, prototype québécois
  9. Aerobuzz, « Le Canadair Pélican 35 endommagé en Corse » (mai 2025) (consulté le 14 septembre 2026) : accident du 15 mai 2025 près de Porto-Vecchio, exercice à six avions
  10. Aerobuzz, « Le Pélican 35 est rentré à Nîmes » (10 septembre 2025) (consulté le 14 septembre 2026) : vol de retour du 8 septembre 2025 entre Marignane et Nîmes, travaux de coque restants
  11. Europe 1, lettre d'Hervé Grandjean, PDG de Sabena technics, à ses salariés (28 juillet 2026), article du 29 juillet 2026 (consulté le 14 septembre 2026) : feuille de route : 10 Canadair, 7 Dash, 3 Beech disponibles pour la deuxième quinzaine de juin ; investissements 2025 et 2026
  12. Wikipédia (fr), « Incendies de 2026 dans la forêt des Landes » (chronologie sourcée sur les communiqués et la presse) (consulté le 14 septembre 2026) : sept Canadair sur douze disponibles selon le syndicat des navigants, dix-huit moyens aériens le 25 juillet 2026, Canadair croates, départ du feu de Saumos le 22 juillet 2026
  13. Corse Net Infos, « Saison des feux de forêt : le SIS 2B muscle son dispositif pour l'été » (30 juin 2026) (consulté le 14 septembre 2026) : six indicatifs retirés de la série des douanes (dont F-ZBEG), séries F-ZBET à F-ZBFZ et F-ZBMA à F-ZBZZ attribuées à la Sécurité civile
  14. Légifrance, arrêté du 3 mai 2013 fixant les règles d'immatriculation des aéronefs de l'État, annexe 1 (consulté le 14 septembre 2026) : douze CL-415, renouvellement partiel par des DHC-515, monopole du constructeur jugé risqué pour la souveraineté
  15. Assemblée nationale, rapport d'information n° 1660 sur les moyens de la Sécurité civile (2 juillet 2025) (consulté le 14 septembre 2026) : douze CL-415 à six tonnes, renouvellement partiel par des DHC-515, risque lié au monopole du constructeur
  16. Wikipédia (fr), « Canadair CL-415 », sections caractéristiques et accidents (consulté le 17 septembre 2026) : capacité de 6 137 litres ; bilans humains des accidents de 1997 (1 mort, 1 blessé grave), 2004 (2 morts, 1 blessé grave) et 2005 (2 morts)
  17. Aerobuzz, « Vers la modernisation des CL-415 français » (20 mai 2025) (consulté le 17 septembre 2026) : message de Julien Marion, directeur général de la Sécurité civile, sur le lancement du programme de rétrofit des CL-415 après une visite à Calgary
  18. OACI, Doc 8643, désignateurs de types d'aéronefs (consulté le 17 septembre 2026) : code CL2T pour le Bombardier 415
  19. Préfecture de la Gironde, « Incendie de Saumos : point de situation ce samedi 1er août à 20h » (2026) (consulté le 17 septembre 2026) : feu parti le 22 juillet 2026, environ 42 000 hectares parcourus

Ce que nous ne savons pas avec certitude

  • La capacité en eau varie selon les sources : 6 137 litres sur Wikipédia en français, 6 140 litres sur Wikipédia en anglais, 6 130 litres sur la fiche netpompiers, 6 000 litres en chiffre rond pour le ministère de l'Intérieur. La puissance des moteurs varie de même, 1 775 ou 1 780 kW.
  • Les dimensions diffèrent selon les sources : 19,82 m de long et 28,60 m d'envergure sur la fiche netpompiers, 20,4 m et 28,38 m sur Wikipédia en anglais. Nous retenons la première, sans pouvoir trancher.
  • La date de la première livraison varie : le rapport du Sénat de 2023 parle d'un premier appareil livré en 1994, la fiche netpompiers recense cinq livraisons en 1995. La dernière livraison, le 15 mai 2007, fait consensus.
  • Le programme de rétrofit des CL-415 évoqué en mai 2025 par le directeur général de la Sécurité civile n'a pas fait l'objet d'un document public détaillé : contenu, calendrier et coût restent inconnus. Le seul chiffre officiel concerne l'avionique seule, 4 à 5 millions d'euros par avion, jugé prohibitif en 2021.
  • Les numéros 40, 46 et 47 avaient déjà été portés par des CL-215 : la source ne permet pas de dire si ces avions étaient encore en service à l'arrivée des CL-415.
  • Aucune source officielle consultée ne décrit un détachement permanent de Canadair à Bordeaux-Mérignac ; la page officielle de la Sécurité civile sur ses moyens aériens n'a pas pu être consultée.
  • Le nombre exact de Canadair disponibles jour par jour n'est jamais publié en temps réel : les chiffres cités (trois sur douze à l'été 2024, sept sur douze en juillet 2026) viennent d'un rapport du Sénat et de déclarations syndicales, pas d'un tableau de bord officiel.
  • Les immatriculations et numéros Pélican des futurs DHC-515 ne sont pas encore attribués publiquement.

Qui écrit cette page, et comment

Éditeur
E.repare, à Gujan-Mestras (Gironde), qui édite aussi la carte des feux en direct. Voir à propos et notre méthodologie.
Méthode
Chaque chiffre est relié à une source citée en bas de page, avec sa date. Quand une donnée n'est pas publique ou contradictoire, nous le disons plutôt que de trancher.
Données propres
Les tableaux d'immatriculations et les compteurs viennent du registre nominatif ADS-B du site, celui qui identifie les appareils sur la carte.
Limites
Ces pages informent les habitants ; elles ne décrivent pas une procédure et ne se substituent à aucune consigne des secours ou des préfectures. Une erreur ? Écrivez-nous.