Un Canadair qui écope sur un lac, tout le monde connaît l'image. Un Dash qui se pose moteurs tournants, remplit dix tonnes de retardant en quelques minutes et redécolle, beaucoup moins. C'est pourtant ce second geste, répété des centaines de fois par été, qui fait la vraie puissance de feu de l'aviation de la Sécurité civile. Il dépend d'une seule base, à Nîmes-Garons, et d'un réseau de terrains relais appelés pélicandromes.
Cette page cartographie ce réseau de rechargement, du hangar nîmois jusqu'aux cuves installées en 2026 à Niort, Rodez et Dole, en passant par la base aérienne de Bordeaux-Mérignac, armée par les sapeurs-pompiers de la Gironde. Pour un habitant, comprendre où les avions se rechargent, c'est comprendre pourquoi un renfort aérien met vingt minutes ou une heure à revenir sur un feu.
Une seule base pour 23 avions : Nîmes-Garons depuis 2017
De 1963 à 2017, les avions de la Sécurité civile ont vécu à Marignane, près de Marseille. Le déménagement vers l'ancienne base de l'aéronavale de Nîmes-Garons, dans le Gard, a été inauguré le 10 mars 2017[3]. Le nouveau bâtiment de 3 200 mètres carrés a accueilli, à l'époque, 26 avions et 113 personnels, dont 80 pilotes[3]. La flotte comptait alors encore neuf Tracker, retirés depuis[3].
Aujourd'hui, la base d'avions de la Sécurité civile (BASC) abrite 12 Canadair CL-415, 8 Dash 8 Q400 et 3 Beech 200, soit 23 appareils[4]. Le Sénat résume la situation d'une phrase : la quasi-totalité des moyens aériens de lutte contre les feux est concentrée sur cette base[2]. C'est un choix de mutualisation, mais aussi un point de fragilité connu. Le Sénat a pourtant écarté l'idée d'une seconde base complète, jugée trop coûteuse en maintenance et en personnel : il préconise plutôt de sécuriser Nîmes et de détacher chaque été des appareils sur des terrains existants, en citant Bordeaux-Mérignac comme base secondaire possible[2].
L'entretien se fait sur place
Le maintien en condition opérationnelle est confié à Sabena technics, dont les hangars se trouvent sur la base même[4]. Plus de 150 professionnels y travaillent à l'année, renforcés d'une trentaine de personnes pendant la saison des feux, de la mi-juin à la fin septembre[4]. Un avion en visite d'entretien ne quitte donc pas Nîmes, ce qui raccourcit son retour en ligne.
Une extension à 35,5 millions d'euros
La flotte doit grandir. Deux premiers DHC-515, successeurs du Canadair, commandés en 2024, sont attendus en avril et novembre 2028 ; deux autres ont été commandés le 4 juin 2026 pour près de 200 millions d'euros, avec une livraison annoncée vers 2032 ou 2033[19][17]. Pour les accueillir, un agrandissement de la base est estimé à 35,5 millions d'euros sur six ans[2]. L'échéancier du rapport sénatorial prévoit des crédits étalés jusqu'en 2029[2].
Vous voulez situer la base ? Elle se trouve au sud de Nîmes, entre la ville et la Camargue : voir Nîmes-Garons sur la carte en direct. Par temps de feu, les traces des Dash « Milan » et des Canadair partent presque toutes de ce point.
Qu'est-ce qu'un pélicandrome, concrètement ?
Le mot mélange « Pélican », l'indicatif radio des Canadair, et « aérodrome »[5]. Il désigne un terrain d'aviation aménagé pour recharger les avions bombardiers d'eau en eau et en produit retardant[5]. Ces installations sont armées par des sapeurs-pompiers, le plus souvent ceux du service départemental d'incendie et de secours local[5].
Le pélicandrome de Cannes-Mandelieu, décrit par le SDIS des Alpes-Maritimes, donne une idée de l'équipement : une citerne d'eau de 40 000 litres, une citerne de retardant de 60 000 litres, une station de brassage et de pompage, et deux aires de distribution[13]. Trente-quatre sapeurs-pompiers y sont qualifiés équipier ou chef d'équipe pélicandrome[13].
Le geste : raccorder un tuyau à moins de deux mètres des hélices
Le rechargement se fait moteurs tournants. À Cannes, le SDIS 06 décrit un raccordement effectué à 1,80 mètre des hélices en mouvement, dans la chaleur dégagée par les moteurs[13]. Le plein d'un Dash, soit 10 tonnes de retardant, prend huit minutes[13]. À Angers-Marcé, lors du feu de Fontainebleau en juillet 2026, chaque ravitaillement a duré une petite dizaine de minutes[15].
Ce temps compte moins que la distance. Un Canadair écope à quelques minutes du feu quand un plan d'eau s'y prête (voir écopage et norias). Un Dash, lui, ne peut recharger qu'au sol : sans pélicandrome proche, chaque tour prend une heure ou plus. Le contenu des cuves est détaillé sur la page retardant.
Une histoire qui commence dans le Var
Le principe n'est pas neuf. L'INA rappelle qu'au Cannet-des-Maures, en 1974, une pompe de 140 mètres cubes par heure enchaînait trois remplissages consécutifs en moins de cinq minutes[14]. À Bastia-Poretta, en 1979, le plein d'un Canadair prenait de 180 à 240 secondes[14]. Ce qui a changé, c'est la taille des soutes et le nombre de sites.
De 22 pélicandromes en 2023 à 27 en 2026
En réponse à un député girondin, le ministère de l'Intérieur confirmait en juillet 2023 disposer de 22 pélicandromes sur le territoire national, dont seulement deux en Nouvelle-Aquitaine, à Mérignac et à Limoges[6]. Le rapport du Sénat de la même année jugeait le Sud-Ouest presque cinq fois moins doté que la zone Sud[2].
Le maillage s'est densifié depuis. Le bilan ministériel de l'été 2026 compte 27 pélicandromes, dont cinq nouveaux depuis 2022, et trois créés en 2026 : Niort, Rodez et Dole[1]. L'INA précise que 19 de ces 27 sites se trouvent en zone méridionale[14]. Le reste du pays se partage donc huit terrains, d'où l'intérêt des nouveaux venus.
Les trois créations de 2026
- Rodez (Aveyron) : mis en service le 18 juin 2026 et géré par le SDIS 12, avec cuves de retardant, pompes à haut débit et aires de stationnement pour Dash[10]. Une structure définitive, à plus d'un million d'euros, est annoncée dans deux ans[10]. Situer Rodez sur la carte.
- Niort (Deux-Sèvres) : deux cuves de 30 mètres cubes, l'une d'eau, l'autre de retardant ; les sites les plus proches étaient Bordeaux, Limoges et Angers[12]. Un avion peut s'annoncer avec un préavis de cinq minutes seulement[12]. Situer Niort sur la carte.
- Dole (Jura) : cinq sapeurs-pompiers du SDIS 39 formés à la manœuvre ; premier usage réel le 15 juillet 2026, un Dash 8 chargeant 8 000 litres d'eau et 2 000 litres de retardant pour un feu près d'Arinthod[11]. Situer Dole sur la carte.
Les pélicandromes mobiles
Quand aucun terrain équipé n'existe près d'un feu, une station mobile peut être déployée : un camion-citerne de retardant prémélangé, des pompes et des tuyaux. Le ministère cite l'exemple de Melun pour le feu de Fontainebleau, avec trois rotations par heure contre une seule vers Angers[1]. Avant ce déploiement, les Dash faisaient l'aller-retour vers Angers-Marcé, soit un peu plus de 260 kilomètres dans chaque sens[16], pour une rotation d'environ une heure dix[15].
Carte du rechargement : les pélicandromes département par département
Le tableau réunit les 22 sites permanents recensés en 2021 par avionslegendaires.net[5], les créations et projets documentés depuis, et ce que chaque terrain fournit. Sauf mention contraire, un pélicandrome livre eau et retardant ; en 2021, seul Vannes n'était alimenté qu'en eau[5].
| Site | Département | Eau | Retardant | Ce que l'on sait |
|---|---|---|---|---|
| Nîmes-Garons | Gard (30) | oui | oui | Base des 23 avions, entretien sur place[4] |
| Alès | Gard (30) | oui | oui | Permanent, liste 2021[5] |
| Marseille-Provence | Bouches-du-Rhône (13) | oui | oui | Ancienne base de 1963 à 2017[3] |
| Aix-les-Milles | Bouches-du-Rhône (13) | oui | oui | Permanent, liste 2021[5] |
| Cannes-Mandelieu | Alpes-Maritimes (06) | oui | oui | 40 000 L d'eau, 60 000 L de retardant, 34 pompiers qualifiés[13] |
| Hyères | Var (83) | oui | oui | Permanent, liste 2021[5] |
| Le Luc | Var (83) | oui | oui | Site historique du Cannet-des-Maures, actif dès 1974[14] |
| Béziers | Hérault (34) | oui | oui | Air Tractor ravitaillés en moins de trois minutes en 2019[14] |
| Perpignan | Pyrénées-Orientales (66) | oui | oui | Permanent, liste 2021[5] |
| Carcassonne | Aude (11) | oui | oui | Avions prépositionnés possibles l'été[18] |
| Aubenas | Ardèche (07) | oui | oui | Permanent, liste 2021[5] |
| Valence | Drôme (26) | oui | oui | Permanent, liste 2021[5] |
| Ajaccio | Corse-du-Sud (2A) | oui | oui | Avions prépositionnés possibles l'été[18] |
| Figari | Corse-du-Sud (2A) | oui | oui | Permanent, liste 2021[5] |
| Bastia-Poretta | Haute-Corse (2B) | oui | oui | Cuve de 36 m³ et bassin de 60 m³ dès 1979[14] |
| Calvi | Haute-Corse (2B) | oui | oui | Permanent, liste 2021[5] |
| Solenzara | Corse-du-Sud (2A) | oui | oui | Base aérienne, avions prépositionnés possibles[18] |
| Bordeaux-Mérignac | Gironde (33) | oui | oui | Sur la BA 106, armé par le SDIS 33[7] |
| Limoges | Haute-Vienne (87) | oui | oui | Second site néo-aquitain en 2023[6] |
| Cahors-Lalbenque | Lot (46) | oui | oui | Rechargement en deux minutes documenté en 1998[14] |
| Vannes | Morbihan (56) | oui | non en 2021 | Seul site alimenté en eau seule ; aménagement annoncé en 2023[5][6] |
| Angers-Marcé | Maine-et-Loire (49) | oui | oui | Créé en 2020, seul site des Pays de la Loire[15] |
| Mont-de-Marsan / Pau | Landes (40) / Pyrénées-Atlantiques (64) | oui | oui | Site provisoire alterné dès l'été 2023[6] |
| Épinal-Mirecourt | Vosges (88) | oui | oui | Aménagement annoncé en 2023, premiers pleins réels les 13 et 14 juillet 2026 pour le feu de Fontainebleau[6][20] |
| Rodez | Aveyron (12) | oui | oui | Ouvert le 18 juin 2026[10] |
| Niort | Deux-Sèvres (79) | oui | oui | Deux cuves de 30 m³, été 2026[12] |
| Dole-Jura | Jura (39) | oui | oui | Premier plein réel le 15 juillet 2026[11] |
| Auch (projet) | Gers (32) | à l'étude | à l'étude | Piste testée par un Dash le 2 février 2026[9] |
La réponse ministérielle de 2023 citait aussi des aménagements engagés à Saint-Étienne, Mirecourt, Albert et Châteauroux, financés par l'État à la place des collectivités[6]. Mirecourt est aujourd'hui en service : des Dash y ont rechargé un mélange d'eau et de retardant en juillet 2026[20]. Pour le terrain stéphanois (aéroport d'Andrézieux-Bouthéon, dans la Loire), la presse régionale fait état d'un équipement en retardant depuis 2025, que nous n'avons pas pu recouper ; nous n'avons pas de confirmation pour Albert et Châteauroux.
Le total officiel de 27 sites ne se limite d'ailleurs pas à la métropole : l'INA précise qu'il inclut La Réunion[14], où la presse locale situe un pélicandrome pour Dash à l'aéroport de Saint-Pierre Pierrefonds. Ce site, qui figurait sans localisation dans la liste de 2021[5], n'est donc pas repris dans le tableau ci-dessus.
Bordeaux-Mérignac, un pélicandrome tenu par les pompiers de la Gironde
Le pélicandrome du Sud-Ouest se trouve au cœur de la base aérienne 106 de Mérignac. Il est géré par le SDIS de la Gironde, renforcé par des sapeurs-pompiers de la Dordogne et du Lot-et-Garonne[7]. De mars à octobre, une quarantaine de spécialistes s'y relaient, formés à l'école d'application de Valabre et recyclés chaque année[7]. Ils tiennent les avions disponibles chaque jour, en général de 10 heures jusqu'à la nuit aéronautique[7].
Les chiffres disent la montée en charge. En 2023, le site a été activé pendant 95 jours pour 79 ravitaillements[7]. En 2025, il a hébergé six Air Tractor venus d'Australie, un Dash 8 et l'hélicoptère Charlie 33 du SDIS, pour 629 mouvements d'aéronefs entre l'arrivée du 25 juin et le dernier départ du 3 octobre[8]. L'alerte officielle courait à partir du 1er juillet[8].
Pour la Gironde, ce terrain est le point de départ de presque tous les renforts aériens vus au-dessus du Médoc ou du Bassin. Recentrer la carte sur Mérignac permet de suivre les décollages ; la page Gironde les remet en contexte.
Un site de plus entre Bordeaux et Carcassonne ?
Le maillage régional reste mince. Le SDIS 33 cite comme voisins Limoges, Mont-de-Marsan et Cahors[7]. Depuis 2023, un pélicandrome provisoire alterne entre la base 118 de Mont-de-Marsan et l'aéroport de Pau[6]. En février 2026, la préfecture du Gers, le département, la zone de défense Sud et les SDIS étudiaient un site à Auch, à égale distance de Bordeaux et de Carcassonne[9]. Un Dash devait y tester la piste le 2 février 2026, avec l'idée d'une installation provisoire dès l'été 2026[9]. Le projet n'en était alors qu'au stade des études[9].
Le CNCASC : la tour de contrôle nationale installée à Nîmes en 2023
Depuis 2023, la base gardoise abrite aussi le centre national de coordination avancée de la Sécurité civile (CNCASC)[17]. La presse locale le décrit comme la tour de contrôle des moyens nationaux engagés contre les incendies[17]. Concrètement, c'est de là, et non plus depuis la seule zone Sud, que l'engagement des avions est arbitré pour tout le pays pendant la saison.
C'est aussi à Nîmes-Garons que le gouvernement lance chaque campagne. Le 4 juin 2026, il y a annoncé 51 colonnes de renfort, soit près de 4 000 sapeurs-pompiers et sapeurs-sauveteurs et 600 véhicules mobilisables[17]. L'année 2025 avait vu brûler plus de 30 400 hectares, deux fois la moyenne de 2006 à 2021[17].
Ce que coûte le retardant, et qui paie les cuves
Le produit rouge n'est pas gratuit. En 2022, année des grands feux de Gironde, les dépenses de retardant ont atteint 5,8 millions d'euros, le double du montant initialement prévu[2]. Les hélicoptères lourds ont largué à eux seuls 4 300 tonnes de produit cette année-là[2].
Le financement des pélicandromes eux-mêmes est partagé entre l'État et les services d'incendie, selon des modalités que le Sénat qualifie de peu lisibles[2]. Pour les aménagements d'urgence de 2023, le ministère a annoncé payer à la place des collectivités[6], et une étude du maillage à l'horizon 2030[6]. À Rodez, la structure définitive est chiffrée à plus d'un million d'euros[10].
Sur la carte en direct
La carte France Incendie ne dessine pas les pélicandromes, mais elle montre leurs effets. Un Dash « Milan » qui fait des allers-retours réguliers entre un foyer et un aéroport voisin est en train de recharger du retardant : le point où sa trace se replie est un pélicandrome. Utilisez les liens de recentrage de cette page (Nîmes-Garons, Mérignac, Rodez, Niort, Dole) pour observer ces navettes un jour de feu.
Questions fréquentes
Pourquoi un Dash met-il parfois plus d'une heure à revenir sur un feu ?
Parce qu'il ne peut recharger qu'au sol, sur un pélicandrome. Lors du feu de Fontainebleau en juillet 2026, le terrain équipé le plus proche était Angers-Marcé, à un peu plus de 260 kilomètres : chaque rotation prenait environ une heure dix, dont une dizaine de minutes de remplissage. Un pélicandrome mobile installé plus près a ensuite permis de tripler la cadence.
Qui travaille sur un pélicandrome ?
Des sapeurs-pompiers du SDIS local, titulaires d'une qualification d'équipier ou de chef d'équipe pélicandrome. À Bordeaux-Mérignac, une quarantaine de spécialistes du SDIS 33, renforcés par la Dordogne et le Lot-et-Garonne, se relaient de mars à octobre ; à Cannes-Mandelieu, le SDIS 06 en compte 34. Ils raccordent les tuyaux moteurs tournants, à moins de deux mètres des hélices.
Un Canadair a-t-il besoin d'un pélicandrome ?
Pas pour l'eau : il écope sur un lac, un étang ou la mer en une douzaine de secondes. Il passe par un pélicandrome pour charger du retardant ou du moussant, ou quand aucun plan d'eau sûr n'existe près du feu. Le Dash, qui n'est pas amphibie, dépend entièrement de ces terrains.
Y a-t-il un pélicandrome près de chez moi dans le Sud-Ouest ?
En 2023, la Nouvelle-Aquitaine n'en comptait que deux, à Mérignac et à Limoges. Depuis, un site provisoire alterne entre Mont-de-Marsan et Pau, Niort a ouvert en 2026, et un terrain à Auch, dans le Gers, est à l'étude pour combler le vide entre Bordeaux et Carcassonne. Le tableau de cette page donne le département de chaque site.
Que fait le CNCASC de Nîmes-Garons ?
Créé en 2023 sur la base, ce centre national de coordination avancée pilote l'engagement des moyens nationaux, avions compris, pendant la saison des feux. Il fonctionne comme un poste avancé de l'état-major parisien de la Sécurité civile, au plus près des équipages et des mécaniciens.
Combien coûte le retardant largué chaque été ?
Le Sénat a relevé 5,8 millions d'euros de dépenses de retardant pour la seule année 2022, soit le double du budget prévu, année marquée par les feux de Gironde. Le coût des cuves et des aires de rechargement est, lui, partagé entre l'État et les services d'incendie, selon des règles que les sénateurs jugent peu lisibles.