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Guet aérien armé (GAAr)

Les jours de risque, des bombardiers décollent soute pleine et tournent au-dessus des massifs avant même qu'un feu ne soit signalé. Voici pourquoi cette veille existe, qui la commande, ce que ses chiffres montrent, et comment la reconnaître quand vous suivez les appareils en direct.

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Mis à jour le 17 septembre 2026Vérifié le 17 septembre 20261 783 motsCatégorie : Doctrine et tactiques de lutte contre les feux de forêt

Sommaire
  1. Armé veut dire : la soute est déjà pleine
  2. Des Tracker aux Dash : qui tient la veille
  3. Les résultats publiés, et ce qu'ils ne disent pas
  4. Quand aucun avion ne patrouille : rouge ou vert
  5. Depuis 2023, la posture se décide pour tout le pays
  6. Le même réflexe au sol : le guet armé terrestre
  7. Reconnaître une patrouille sur la carte en direct
  8. Questions fréquentes

Il arrive qu'un gros bimoteur rouge et jaune passe une journée entière au-dessus d'un massif sans jamais rien lâcher. Ce n'est ni un vol d'entraînement ni un survol touristique : c'est du guet aérien armé, la posture qui consiste à mettre des bombardiers en l'air avant qu'un feu ne soit signalé, la soute déjà remplie.

Le raisonnement tient en une phrase : par vent fort, un départ de feu grossit plus vite qu'un avion ne démarre ses moteurs. Cette page raconte comment cette veille s'organise, qui l'ordonne, ce que valent ses résultats publiés, et à quoi elle ressemble quand vous suivez les appareils en direct.

10 minutesobjectif d'attaqueaprès la détection, en période de risque élevé, source 5
89,5 %des départs maîtrisésdoctrine d'attaque des feux naissants, source 1
8Dash 8 en ligne6 MRBet et 2 MR, source 1
650 km/hvitesse de projection d'un Dashsource 1

Armé veut dire : la soute est déjà pleine

Le mot « armé » n'a rien de martial. Il signifie que l'appareil part en patrouille avec son chargement à bord, prêt à frapper sans repasser par la case ravitaillement. Les ordres d'opérations départementaux vont plus loin et développent le sigle en guet aérien armé en retardant, puisque c'est ce produit que les Dash emportent le plus souvent[4].

Le Sénat résume la mission d'une formule sobre : survoler par précaution les secteurs exposés, y repérer les départs et les attaquer dès leur apparition[1]. Le ministère de l'Intérieur présente ce dispositif comme une surveillance propre à la France, qui permet souvent aux avions d'être les premiers sur un départ de feu, les équipes au sol achevant ensuite l'extinction[5].

Le gain se mesure en trajets évités. Un ordre départemental de Haute-Loire chiffre à une trentaine de minutes l'arrivée d'un avion parti de Nîmes, et précise que ce délai fond dès lors qu'un appareil déjà en patrouille est réorienté vers le sinistre[4]. Sur un feu naissant, cette demi-heure fait toute la différence.

Des Tracker aux Dash : qui tient la veille

Pendant une quarantaine d'années, cette patrouille a reposé sur les Grumman Tracker. Les huit derniers encore en activité ont été arrêtés le 14 février 2020, de façon anticipée, à cause de la corrosion de leurs trains d'atterrissage et de la raréfaction des pièces de rechange[2].

La mission revient aujourd'hui aux Dash 8 Q400 MR, dont le guet aérien armé est la tâche principale selon le Sénat : huit appareils, dont six acquis entre 2019 et 2023[1]. Les Beechcraft King Air participent eux aussi à la surveillance, sans capacité de largage, en assurant la coordination des autres appareils[2]. Hors saison, quand les pélicandromes ne sont pas ouverts, l'ordre d'opérations de Haute-Loire recommande plutôt de solliciter les avions amphibies, capables d'écoper sur le lac de Naussac[4].

Ce que l'on sait de la veille aérienne, hier et aujourd'hui
Point de repèreFlotte TrackerFlotte Dash 8 Q400 MR
Situationarrêtée le 14 février 2020[2]en service, huit appareils[1]
Charge emportéenon reprise ici10 000 litres, souvent de l'eau mêlée de retardant[2]
Liaison Nîmes, Bordeauxsans objetenviron une heure, contre deux pour un Canadair[5]
Autre emploi possibleaucuntransport de passagers ou de fret[5]

Le détail des appareils retirés se trouve dans la fiche des avions retirés, et les caractéristiques du bombardier actuel dans celle du Dash 8 Milan.

Les résultats publiés, et ce qu'ils ne disent pas

Le chiffre le plus cité vient d'un rapport sénatorial de 2023 : la stratégie d'attaque des feux naissants ferait l'unanimité chez les acteurs de la sécurité civile et permettrait de reprendre la main sur près de 89,5 % des départs[1]. Le ministère donne, lui, une mesure directe de la veille : en 2021, sur 1 749 heures de vol des avions de la Sécurité civile, 510 ont été consacrées au guet aérien armé, contre 1 152 à la lutte proprement dite[5].

L'activité, elle, se lit dans les comptes. La flotte de Dash a totalisé 3 262 heures de vol en 2022, pour 1 335 largages de retardant contre 456 l'année précédente, avec une disponibilité de 87,9 % et un coût complet de 12 686 euros par heure de vol[2].

Deux chiffres, deux mesures différentes

Les 89,5 % décrivent l'efficacité de toute la doctrine d'attaque précoce, où le travail des équipes au sol pèse au moins autant que les avions. Les 510 heures de 2021 mesurent seulement le temps passé en patrouille, sans dire combien de départs ces vols ont permis de stopper. Confondre les deux fausserait la lecture.

Quand aucun avion ne patrouille : rouge ou vert

Hors de ces missions de veille, les bombardiers ne partent pas d'eux-mêmes. Ils viennent en renfort des équipes au sol, après une demande adressée au centre opérationnel de zone au moyen d'un formulaire de l'outil Synergi[4]. Trois cas sont prévus, et la couleur du message dit l'urgence.

Alerte rouge, phase initiale
le centre opérationnel départemental réclame un avion dès les premières minutes, au vu du niveau de risque du jour, de la vivacité du feu et de ce qu'il menace[4]
Alerte rouge, feu établi
la demande vient cette fois du commandant des opérations de secours, le sapeur-pompier qui dirige le chantier sous l'autorité du représentant de l'État[6], une fois le sinistre installé[4]
Alerte verte
demande anticipée pour le lendemain, formulée la veille quand la journée s'annonce tendue[4]
Destinataire
le centre opérationnel de la zone de défense, qui arbitre entre les départements[4]

Depuis 2023, la posture se décide pour tout le pays

Longtemps, la coordination estivale de ces appareils revenait au préfet de la zone Sud, parce que le risque y était historiquement concentré[3]. Le rapport sénatorial acte le basculement : à partir de l'été 2023, l'analyse et la définition de la posture de réponse relèvent de l'état-major de la sécurité civile, pour l'ensemble du territoire national[3].

Ce déplacement n'est pas administratif. Les sénateurs notent que l'ancienne pratique a été remise en cause par les incendies de l'été 2022[3], et une sentinelle postée au-dessus du Var ne protège ni la Gironde ni la Bretagne. Décider depuis un échelon national permet de déplacer la veille là où l'indice du jour l'exige.

Le même réflexe au sol : le guet armé terrestre

La patrouille aérienne a un jumeau sur la route. Les jours tendus, des détachements préventifs sont envoyés à l'avance sur des points repérés à l'avance, avec le même objectif : raccourcir le trajet vers le feu à venir. Le principe est cadré, décision prise la veille à partir de dix heures sur la base de l'analyse du risque, engins en place le plus souvent de quatorze à dix-neuf heures, horaires ajustés au danger météo du jour[4]. Le public dispose de sa propre lecture de ce danger avec la carte quotidienne de la Météo des forêts[7].

Le volume des secours envoyés au premier appel suit la même logique de gradation. En danger faible ou léger, un seul engin-pompe part ; en danger modéré, deux ; à partir du niveau sévère (sévère, très sévère, extrême), le train de départ comprend un cadre feux de forêts, deux engins et un groupe, avec un détachement préventif et le recours possible aux moyens aériens[4]. Les niveaux et leur fabrication sont détaillés dans la page sur l'analyse du risque.

Reconnaître une patrouille sur la carte en direct

Un appareil en veille se repère à sa régularité : une trajectoire allongée, répétée à l'identique, à altitude stable, sans qu'aucun feu ne soit signalé au sol. Un appareil en action fait exactement l'inverse, des passages bas et rapprochés au même endroit, souvent entrecoupés d'allers-retours vers un plan d'eau ou un terrain de ravitaillement.

Une patrouille n'est pas une alerte, une fumée si

Apercevoir une sentinelle passer ne signifie pas qu'un foyer brûle sous vos fenêtres, et cela ne justifie aucun appel. La règle s'inverse dès que vous repérez une fumée dont personne ne semble encore s'occuper : composez le 18 ou le 112. C'est très souvent ce signalement, et non la veille aérienne, qui envoie l'avion sur la zone.

Sur notre carte, les bombardiers apparaissent en cyan, orientés selon leur cap. Si l'un d'eux dessine de longues boucles au-dessus d'un massif alors qu'aucun foyer n'est déclaré, vous regardez très probablement une patrouille de veille. Ouvrez la carte et comparez avec la page de votre département : c'est la meilleure façon de distinguer une sentinelle d'un largage en cours.

Questions fréquentes

Que signifie exactement le sigle GAAr ?

Il se lit guet aérien armé. Certains ordres d'opérations départementaux le développent en guet aérien armé en retardant, car c'est ce produit que les avions emportent le plus souvent pour cette mission. Le mot armé ne désigne aucune arme : il indique simplement que la soute est remplie avant le décollage, pour pouvoir frapper sans repasser au sol.

Pourquoi ne pas laisser les avions au sol et les faire décoller à l'alerte ?

Parce que la vitesse ne compense pas tout. Un Dash 8 file à 650 km/h, mais un ordre départemental de Haute-Loire compte tout de même une trentaine de minutes entre Nîmes et le département, et ce délai chute dès qu'un appareil déjà en patrouille est réorienté. Sur un feu qui vient de naître, ces minutes décident souvent de la suite.

Qui décide de lancer ces patrouilles ?

Depuis l'été 2023, l'analyse et la définition de la posture de réponse aérienne relèvent de l'état-major de la sécurité civile, pour tout le territoire. Auparavant, la coordination estivale revenait au préfet de la zone Sud, le risque étant alors concentré sur le pourtour méditerranéen.

Cette veille existe-t-elle ailleurs que dans le Sud ?

Oui, et c'est précisément la raison du changement de 2023. Les sénateurs relèvent que l'ancienne coordination par la zone Sud a été remise en cause par les incendies de l'été 2022. Un pilotage national permet de porter la veille vers les massifs que l'indice de danger du jour désigne, y compris dans le Sud-Ouest, le Centre ou l'Ouest.

Et lorsque aucun avion n'est en patrouille, comment en obtient-on un ?

Il faut le demander. Le centre opérationnel départemental ou le responsable présent sur le terrain adresse au centre opérationnel de zone un formulaire de l'outil Synergi. Une alerte rouge correspond à un besoin immédiat, en tout début de feu ou sur un sinistre déjà installé ; une alerte verte est une demande anticipée pour le lendemain.

Le guet aérien armé empêche-t-il les grands incendies ?

Non, il les rend plus rares. L'objectif affiché par le ministère est d'attaquer tout feu dans les dix minutes suivant sa détection en période de risque élevé, mais quand le vent, la sécheresse et le relief se liguent, aucune patrouille ne suffit : la suite se joue avec les équipes au sol, les renforts et parfois des tactiques indirectes.

18 · 112

En cas d'urgence, appelez le 18 ou le 112. Cette page informe ; elle ne remplace aucune consigne officielle.

À lire ensuite

Sources et dernière vérification

Dernière vérification des faits de cette page : 17 septembre 2026. Publication : 14 septembre 2026. Mise à jour : 17 septembre 2026.

  1. Sénat, rapport d'information n° 838 (2022-2023) sur la flotte aérienne de la sécurité civile, synthèse (consulté le 14 septembre 2026) : définition du GAAr, 89,5 % des départs maîtrisés, composition de la flotte, vitesses de projection
  2. Sénat, rapport d'information n° 838 (2022-2023), version intégrale (consulté le 14 septembre 2026) : retrait des 8 derniers Tracker le 14 février 2020, 10 000 litres d'emport des Dash, 3 262 heures de vol des Dash en 2022, 1 335 largages de retardant contre 456 en 2021, disponibilité 87,9 %, coût horaire 12 686 euros, rôle des Beechcraft
  3. Sénat, rapport d'information n° 838 (2022-2023), chapitre en ligne sur la doctrine et la coordination (consulté le 14 septembre 2026) : coordination assurée jusqu'en 2023 par le préfet de la zone Sud, remise en cause après l'été 2022, puis confiée à l'état-major de la sécurité civile pour tout le territoire
  4. SDIS de la Haute-Loire, ordre d'opérations départemental feux de forêts et d'espaces naturels 2025 (consulté le 14 septembre 2026) : sigle GAAR développé en guet aérien armé en retardant, 30 minutes depuis Nîmes, alertes rouge et verte sur formulaire zonal Synergi, détachements préventifs de 14 h à 19 h, train de départ par niveau de danger (tableau 3.4.1), recours aux amphibies hors saison (lac de Naussac)
  5. Ministère de l'Intérieur, dossier de presse « Dispositif 2022 de lutte contre les feux de forêt » (consulté le 17 septembre 2026) : objectif d'attaque dans les 10 minutes suivant la détection, guet aérien armé présenté comme dispositif de surveillance propre à la France, 510 heures de Gaar sur 1 749 heures de vol en 2021, liaison Nîmes Bordeaux, missions des Dash
  6. Sécurité civile (ministère de l'Intérieur), l'organisation des opérations de secours (consulté le 14 septembre 2026) : rôles du directeur et du commandant des opérations de secours, articulation avec les centres opérationnels de zone
  7. Météo-France, Météo des forêts (consulté le 14 septembre 2026) : carte quotidienne du danger de feux de végétation, référence publique du niveau de risque du jour

Ce que nous ne savons pas avec certitude

  • La part des heures de vol consacrée au guet aérien armé est publiée pour 2021 (510 heures), mais pas dans le rapport sénatorial pour 2022 : les 3 262 heures de Dash relevées cette année-là couvrent l'ensemble de leurs missions, largages compris.
  • Les critères qui déclenchent une patrouille un jour donné (seuil d'indice, nombre d'appareils, massifs survolés) relèvent de l'ordre national d'opérations et ne sont pas diffusés au public au quotidien.
  • Le rapport sénatorial cite le taux de 89,5 % sans en détailler la méthode de calcul ni la période couverte.
  • Le nombre d'appareils tenus en veille chaque été n'est pas publié appareil par appareil, et varie avec la disponibilité de la flotte.

Qui écrit cette page, et comment

Éditeur
E.repare, à Gujan-Mestras (Gironde), qui édite aussi la carte des feux en direct. Voir à propos et notre méthodologie.
Méthode
Chaque chiffre est relié à une source citée en bas de page, avec sa date. Quand une donnée n'est pas publique ou contradictoire, nous le disons plutôt que de trancher.
Données propres
Les tableaux d'immatriculations et les compteurs viennent du registre nominatif ADS-B du site, celui qui identifie les appareils sur la carte.
Limites
Ces pages informent les habitants ; elles ne décrivent pas une procédure et ne se substituent à aucune consigne des secours ou des préfectures. Une erreur ? Écrivez-nous.