Sur les grands incendies, il arrive que des camions kaki et des hommes en treillis se garent à côté des engins rouges. Beaucoup d'habitants croient voir « l'armée venue aider ». La réalité est plus précise : ce sont les formations militaires de la Sécurité civile, une force que l'État conserve en réserve nationale et qu'il envoie quand un département ne suffit plus.
Deux sigles historiques reviennent encore souvent : ForMiSC pour l'ensemble, UIISC pour chacune des unités qui le composent. Ils ne correspondent plus à l'appellation actuelle. L'armée de Terre présente désormais cette force comme la Brigade des militaires de la sécurité civile (BMSC), forte d'environ 1 700 sapeurs-sauveteurs, et ses unités de Nogent-le-Rotrou, Brignoles et Libourne comme les 1er, 7e et 4e régiments d'instruction et d'intervention de la sécurité civile (RIISC) ; seule l'unité de Corte garde le nom d'UIISC n° 5[8]. Les chiffres détaillés de cette page viennent pour l'essentiel d'un rapport rédigé avant ce changement de nom, d'où l'emploi des anciens sigles quand nous le citons. Ces unités appartiennent à l'arme du génie de l'armée de Terre, mais elles sont mises pour emploi auprès du ministère de l'Intérieur, qui les paie et les commande[2][1]. Voir leurs camions arriver dans un massif signifie presque toujours que le feu a changé d'échelle.
Des sapeurs du génie que l'Intérieur a le droit d'employer
L'histoire commence avec la rupture du barrage de Malpasset, en 1959, quand l'État constate qu'il lui manque des moyens militaires taillés pour les catastrophes du temps de paix[1]. Le cadre juridique actuel repose sur un décret du 24 mars 1988, resté en vigueur et actualisé par le décret n° 2024-1120 du 4 décembre 2024[3][1]. La loi de modernisation de la sécurité civile du 13 août 2004 leur confie à titre permanent des missions de sécurité civile[1].
Le partage est original : l'armée de Terre fournit les hommes, le ministère de l'Intérieur inscrit leurs effectifs à son budget et verse leur solde[1]. Ce détail explique leur poids administratif. Ces militaires représentent déjà environ 60 % des effectifs gérés par la direction générale de la sécurité civile, une proportion appelée à monter vers 80 % en 2027[1].
Leurs effectifs sont restés bloqués autour de 1 401 agents pendant une décennie, avant de repartir à la hausse en 2023 sous l'effet conjugué de la loi de programmation du ministère de l'Intérieur et des recrutements destinés à la future unité girondine[1].
ForMiSC devenues BMSC : ce qui change pour vous
Les implantations restent les mêmes (Nogent-le-Rotrou, Brignoles, Corte, Libourne) et leurs militaires sont toujours appelés sapeurs-sauveteurs. Dans un communiqué récent, « BMSC » ou « 4e RIISC » désignent donc ce que les textes plus anciens appellent « ForMiSC » ou « UIISC 4 »[8][3].
Militaires, mais pas soldats en opération
Ces unités n'ont aucune mission de maintien de l'ordre. Leur métier est la catastrophe : feux, inondations, séismes, potabilisation de l'eau, risques chimiques, recherche de personnes. La discipline et l'autonomie logistique viennent du génie, la mission vient de la Sécurité civile[1][2].
Nogent-le-Rotrou, Brignoles, Corte, et maintenant Libourne
Un état-major parisien pilote des régiments autonomes, dotés chacun de trois compagnies d'intervention[1]. Deux d'entre eux sont jumeaux par la taille et l'organisation, un troisième est volontairement réduit, le quatrième se construit.
| Unité | Implantation | Effectif | Particularité |
|---|---|---|---|
| 1er RIISC (ex UIISC 1) | Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir) | 607 réalisés fin 2023[1] | Régiment de plein format, tourné vers le Nord et l'appui à la gestion de crise |
| 7e RIISC (ex UIISC 7) | Brignoles (Var) | 601 réalisés fin 2023[1] | Régiment de plein format, arme aussi l'hôpital de campagne projetable |
| UIISC 5 (nom conservé) | Corte (Haute-Corse) | 137 réalisés fin 2023[1] | Format réduit, consacré aux feux insulaires, formation des recrues |
| 4e RIISC (ex UIISC 4) | Libourne (Gironde) | 565 visés en août 2027[1] | En construction depuis décembre 2024, pleine capacité annoncée pour début 2029[1] |
Le cas corse mérite un mot. Tombée de 230 à 40 militaires à partir de 2001, l'unité de Corte a vu sa viabilité mise en question, sans que sa suppression ait jamais été envisagée ; elle comptait 139 personnels en 2023 et doit recevoir seize postes supplémentaires d'ici 2027[1]. Pendant ces années creuses, ce sont les unités de Nogent-le-Rotrou et de Brignoles qui assuraient les interventions sur l'île[1]. Aujourd'hui, l'unité corse reste d'abord tournée vers la lutte contre les feux de forêt insulaires[1].
Ces régiments pèsent aussi sur la vie locale : militaires et familles de Nogent-le-Rotrou représentent à eux seuls 1 215 personnes réparties sur trois départements[1].
L'été, deux dispositifs qui ne se ressemblent pas
De la fin juin à la fin septembre, le rythme des unités change complètement[1]. Deux ensembles coexistent, et les confondre fausse la lecture des communiqués officiels.
- Groupement d'astreinte nationale
- 70 sapeurs-sauveteurs des régiments de Nogent-le-Rotrou et de Brignoles, en astreinte immédiate[1]
- Groupement opérationnel de lutte
- Environ 500 personnels des trois régiments, en renfort des moyens territoriaux[1]
- Astreinte immédiate
- Rejoindre le quartier en une heure, en repartir en moins de trois heures[1]
- Astreinte différée
- Être en mission en quinze heures, par la compagnie qui sort d'astreinte[1]
Le contrat que l'État leur impose se lit en chiffres bruts : 262 militaires projetables en moins de trois heures et 600 en moins de soixante-douze heures, tenables un mois sans relève[1]. Chaque année, une enveloppe fixe d'environ 27 000 hommes-jours est réservée à la seule saison des feux[1].
L'été 2022 reste la référence : un détachement de 500 personnels a tenu trois mois sur les incendies français, avec neuf sections d'intervention feux de forêts[1]. C'est ce pic qui a déclenché la décision de créer un quatrième régiment.
Moyens supplémentaires, moyens complémentaires : la ligne de partage
La doctrine distingue deux façons d'employer ces militaires, et cette distinction explique pourquoi on les voit parfois au contact des flammes et parfois loin derrière[1].
| Emploi | Ce qu'ils font |
|---|---|
| Moyens supplémentaires | Les mêmes tâches que les services départementaux : attaque du feu, protection des points sensibles, alimentation en eau des engins[1] |
| Moyens complémentaires | Des savoir-faire réservés aux moyens nationaux : pose de retardant au sol, interventions héliportées, ouverture d'itinéraire aux engins de travaux publics, pompages de haute capacité, barrage d'isolement d'un site prioritaire[1] |
Le matériel suit cette logique. Après les pertes d'engins d'une saison difficile, le parc a été renouvelé vers des camions-citernes de 8 000 litres au lieu de 4 000 ou 6 000, au prix de 440 000 euros l'unité contre 300 000 euros pour un 4 000 litres[1]. S'y ajoutent des camions-citernes de grande capacité de 14 500 litres[6]. Les équipements ne sont jamais mutualisés avec ceux des services départementaux, mais ils restent interopérables sur l'alimentation en eau[1].
Deux de ces capacités exclusives ont leur propre page : le détachement qui pose le retardant au sol et les engins de génie qui ouvrent les coupures.
Qui décide de les envoyer, et qui leur donne leur mission
Aucun maire, aucun préfet de département ne peut les faire venir directement. La décision d'engager ces moyens nationaux terrestres est prise exclusivement à l'échelon national, par le directeur général de la sécurité civile, via le centre opérationnel de gestion interministérielle des crises et sous l'autorité de l'état-major de sécurité civile[1].
Le circuit est simple à retenir. La préfecture du département touché formule la demande ; lorsque plusieurs départements sont concernés, c'est le centre opérationnel de zone qui décrit la situation, la mission et les soutiens logistiques nécessaires[1]. La Cour des comptes résume leur rôle d'une formule : ils sont le dernier recours de l'État face à un événement[1].
Une fois sur place, la hiérarchie redevient civile. Le détachement reste commandé par un officier de ces unités militaires, mais celui-ci est placé à la disposition du commandant des opérations de secours, un sapeur-pompier qui lui attribue sa mission après concertation[1]. Ce commandant agit lui-même sous l'autorité du maire ou du préfet, directeur des opérations de secours[4]. La chaîne complète est détaillée dans la fiche sur l'organisation des secours.
Certaines missions leur reviennent en propre, hors incendie : appui à la gendarmerie pour des évacuations, recherche de personne égarée avec drones et équipes cynotechniques, appui aux démineurs[1].
Ce que la Cour des comptes a relevé en février 2025
Le 12 février 2025, la Cour des comptes a publié ses observations sur les exercices 2018 à 2023[1]. Le constat est d'abord celui d'une force très sollicitée : le nombre de missions est passé de 50 à 98, et le volume d'engagement de 34 585 à 60 462 hommes-jours, soit une hausse de 75 % en six ans[1].
Ces militaires arment 17,5 des 19 modules français certifiés par le mécanisme européen de protection civile, soit 92 % du total national[1]. Leur budget représente environ 30 % de l'action budgétaire dont ils relèvent, pour une moyenne annuelle proche de 108 millions d'euros entre 2018 et 2023[1].
La Cour pointe aussi des faiblesses. Près de 14 millions d'euros de remboursements européens dormaient dans des dossiers non traités, faute de procédure interne et de certification comptable[1]. Fin 2023, engagées simultanément en Libye, à Mayotte et dans le nord de la France, les unités ont frôlé leur limite capacitaire[1]. Trois recommandations en découlent : finaliser le protocole entre Armées et Intérieur, résorber les dossiers de remboursement, et clarifier le contrôle des cercles mixtes[1].
Libourne, une caserne du XVIIe siècle pour la quatrième unité
Le 28 octobre 2022, après les incendies de Gironde et des Landes, la création d'un régiment supplémentaire est annoncée par le président de la République[1]. Sept communes se portent candidates, quatre remplissent le cahier des charges : Libourne pour 117,9 millions d'euros, Agen pour 91,4, Angoulême pour 91 et Limoges pour 90,6[1].
Le dossier le plus cher l'emporte. Libourne est retenue pour sa proximité avec Bordeaux et les bassins à risque, son attractivité auprès des recrues et de leurs familles, et l'offre municipale d'une conciergerie militaire servant de guichet d'accueil[1].
L'échelon de préfiguration a été inauguré le 4 décembre 2024, jour de la Sainte-Barbe, patronne des sapeurs du génie[1]. L'objectif d'effectifs est de 565 militaires en août 2027, ce qui porterait l'ensemble de 1 402 à 2 093 personnes en quatre ans[1]. Il ne faut pas le confondre avec la pleine capacité opérationnelle : lors de la procédure contradictoire, l'administration financière du ministère de l'Intérieur a indiqué à la Cour que l'unité ne serait pleinement opérationnelle qu'au début de 2029, en raison des contraintes foncières, environnementales et urbanistiques[1]. Les recrutements pour Libourne ont été de 65 en 2023 et 163 en 2024 ; après une année 2025 sans création de postes, le projet de loi de finances pour 2026 prévoit 30 militaires de plus pour ce régiment, selon le Sénat[9]. Côté matériel, 106 véhicules ont été commandés pour la préfiguration, un chiffre qui doit atteindre 295 à la fin de la montée en puissance[1].
Un chantier tenu, mais sous conditions
Le coût, estimé à 318 millions d'euros au départ, atteignait 412,7 millions fin 2023 puis environ 420 millions en avril 2024[1]. L'unité s'installe sur trois sites non contigus : une caserne du centre-ville de 6,8 hectares inscrite aux Monuments historiques, un terrain domanial du Condat situé en zone inondable, et une parcelle dite la Lamberte à trois kilomètres, friche humide abritant des espèces protégées[1]. Une étude d'impact environnementale défavorable retarderait le gros œuvre, prévu à partir de 2026[1].
Pour la Gironde, l'enjeu dépasse le symbole. Le département aligne déjà 1 125 bénévoles formés au sein des associations de défense de la forêt, environ 1 325 patrouilles en 2025 et 22 caméras de surveillance du massif[7]. Une unité militaire posée à Libourne rapproche de quelques heures la réponse nationale des pins landais et du Médoc.
Les voir sur la carte en direct
Ces militaires ne portent pas de transpondeur : nos cartes ne peuvent pas afficher leurs camions. En revanche, leur arrivée coïncide presque toujours avec un feu déjà long, déclaré sur plusieurs jours et souvent accompagné de renforts aériens. Recentrez la carte sur Libourne, puis suivez les feux en cours du Sud-Ouest : quand un sinistre dure et que les bombardiers d'eau enchaînent les rotations, un détachement national est probablement en route[5].
Questions fréquentes
Les militaires de la BMSC sont-ils des pompiers ?
Non. Ce sont des militaires de l'arme du génie, appelés sapeurs-sauveteurs, mis pour emploi auprès du ministère de l'Intérieur. Ils travaillent aux côtés des sapeurs-pompiers sur les incendies, mais relèvent d'un statut militaire, d'une chaîne de recrutement de l'armée de Terre et d'une décision d'engagement prise à Paris.
Une commune peut-elle demander leur venue ?
Pas directement. La demande remonte par la préfecture du département touché, puis par le centre opérationnel de zone quand plusieurs départements sont concernés. Seul le directeur général de la sécurité civile décide de l'engagement, ce qui explique le délai entre le début d'un feu et l'arrivée de ces renforts.
Que veulent dire les sigles BMSC, RIISC, ForMiSC et UIISC ?
BMSC signifie Brigade des militaires de la sécurité civile : c'est le nom actuel de l'ensemble, autrefois appelé ForMiSC (formations militaires de la sécurité civile). RIISC signifie régiment d'instruction et d'intervention de la sécurité civile : c'est le nom actuel des unités de Nogent-le-Rotrou (1er), Brignoles (7e) et Libourne (4e). UIISC, pour unité d'instruction et d'intervention, est l'ancien sigle, que seule l'unité n° 5 de Corte conserve. Un militaire de ces unités est appelé sapeur-sauveteur.
L'unité de Libourne sera-t-elle prête pour l'été 2027 ?
Pas entièrement. Les effectifs visent 565 militaires en août 2027, mais l'administration elle-même n'attend une unité pleinement opérationnelle qu'au début de 2029, à cause des contraintes foncières et environnementales signalées par la Cour des comptes. Le budget 2026 examiné par le Sénat prévoit encore 30 recrutements pour ce régiment, après une année 2025 sans poste nouveau.
Les militaires du dispositif Héphaïstos sont-ils les mêmes ?
Non, et la confusion est fréquente. Héphaïstos désigne la mise à disposition de sapeurs du génie de l'armée de Terre pendant les campagnes de feux, étendue à tout le territoire national à partir de 2023. Les sapeurs-sauveteurs de la BMSC, eux, sont employés en permanence par le ministère de l'Intérieur et ne dépendent pas de ce dispositif saisonnier.
Combien de militaires la France peut-elle projeter en quelques heures ?
Le contrat opérationnel prévoit 262 militaires projetables en moins de trois heures et 600 en moins de soixante-douze heures, pour une durée d'un mois sans relève. Ce volume couvre toutes les catastrophes, pas seulement les incendies, et se partage avec les engagements en outre-mer et à l'étranger.