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Bulldozers, broyeurs, abatteuses : le forestage et les engins de génie contre le feu

Certaines machines engagées sur un incendie ne portent pas d'eau : elles coupent, poussent et broient la végétation pour retirer au feu ce qui le nourrit. Voici ce qu'elles font réellement, ce qu'elles ouvrent dans un massif, et ce que le chantier de la Gironde en 2022 a montré de leur puissance comme de leurs limites.

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Mis à jour le 17 septembre 2026Vérifié le 17 septembre 20261 985 motsCatégorie : Véhicules et moyens terrestres contre les feux de forêt

Sommaire
  1. Retirer le combustible plutôt que l'arroser
  2. Pénétrante, rocade, aire de retournement : le vocabulaire des chantiers
  3. Le groupe appui, deux tracto-niveleurs qui voyagent en convoi exceptionnel
  4. Été 2022 en Gironde : cinq kilomètres de coupe devant les flammes
  5. Force 06, la flotte d'engins d'un département méditerranéen
  6. Juillet 2026 : les tractopelles du génie de l'air en Gironde
  7. La serpe et la tronçonneuse, l'autre moitié du forestage
  8. Ce que ces chantiers laissent dans le paysage
  9. Questions fréquentes

Sur un grand incendie, les regards montent vers les avions. Pendant ce temps, à quelques centaines de mètres du front, une pelle mécanique couche des pins et un broyeur avale les ronces. Ces machines ne transportent pas un litre d'eau, et pourtant elles décident souvent de l'endroit précis où le feu va s'arrêter.

Ce travail porte un nom dans le vocabulaire des secours français : le forestage. Le guide national de techniques opérationnelles le définit comme l'emploi d'engins lourds du génie civil, publics ou privés, ainsi que d'outils portatifs, pour ouvrir un accès au feu ou trancher une bande de végétation qui sépare le combustible[1]. Pour un habitant, c'est la raison pour laquelle un camion porte-engin croise parfois les camions-citernes sur la départementale.

300 mouverts en une heurerendement de référence du groupe appui, source 1
1 kmde piste en une journéemême groupe, de jour comme de nuit, source 1
plus de 60engins de travaux en Girondeété 2022, source 2
5 kmde coupe sur 300 m de largeentre l'océan et le lac de Cazaux, source 2
43engins de génie civil de Force 06 (Alpes-Maritimes)présentation publiée en 2011, source 3

Retirer le combustible plutôt que l'arroser

Un feu vit de trois choses : de la chaleur, de l'air et de la matière qui brûle. L'eau agit sur la première. Le forestage s'attaque à la troisième, et il a un avantage décisif quand les citernes se vident plus vite qu'elles ne se remplissent : une bande de sol nu reste efficace même sans une goutte d'eau derrière elle.

Le principe est le même que celui du brûlage tactique, qui consomme volontairement la végétation avant l'arrivée des flammes. La différence tient à l'outil : la lame et le rotor au lieu de la torche. Le guide précise aussi que certains engins reçoivent des protections spécifiques leur permettant de travailler au contact d'une lisière encore active[1].

Pénétrante, rocade, aire de retournement : le vocabulaire des chantiers

Les missions confiées à ces machines ont des noms précis. La pénétrante entre dans le massif vers le foyer. La rocade court parallèlement à la lisière. L'aire de retournement permet à un camion de faire demi-tour sans reculer à l'aveugle sur une piste étroite. La zone d'appui à la lutte est la bande préparée où le dispositif attendra le feu[1].

Un bulldozer sert aussi à franchir un ruisseau, à ouvrir un passage à gué ou à sécuriser une lisière déjà éteinte pour éviter la reprise[1]. Dans les terrains propices aux feux qui couvent sous la litière, l'objectif devient la séparation pure et simple des matières combustibles[1].

Quatre familles d'engins et le travail que chacune sait faire
EnginGeste principalCe qu'il laisse derrière lui
BulldozerPousse la végétation et la terre avec une lameUne bande décapée jusqu'au sol minéral
Tracto-niveleurCreuse, charge et nivelle en un seul passageUne piste roulable pour les camions
Broyeur de végétauxRéduit branches et sous-bois en copeauxUn tapis de broyat, sans arbre debout
Abatteuse et débardeurCoupe les arbres puis les sort du chantierUne trouée nette et des grumes en bord de piste

Le groupe appui, deux tracto-niveleurs qui voyagent en convoi exceptionnel

L'État dispose d'une formation nationale dédiée à ce travail : le groupe appui des formations militaires de la sécurité civile, des unités de l'arme du génie mises à la disposition du ministère de l'Intérieur et fortes de 1 402 sapeurs-sauveteurs[6]. Il est le plus souvent jumelé au détachement retardant terrestre, dont il prépare les lignes.

Engins de base
Deux tracto-niveleurs transportés sur attelage[1]
Rendement annoncé
300 mètres d'ouverture par heure, ou une piste d'un kilomètre dans la journée[1]
Amplitude
Travail de jour comme de nuit[1]
Protection
Un camion-citerne moyen accompagne le groupe[1]
Déplacement
Convoi exceptionnel, donc lent à mettre en route[1]
Liaison
Le chef du groupe appui prend contact en amont avec le commandant des opérations de secours pour reconnaître le terrain[1]

Ce détail du convoi exceptionnel explique une règle d'emploi : la demande doit partir très tôt, souvent avant que la situation ne le rende évident, sinon les machines arrivent après le passage du front. La Cour des comptes classe d'ailleurs l'ouverture d'itinéraire par engins de travaux publics parmi les capacités propres à ces unités militaires, que les services départementaux n'ont pas et qui ne sont jamais mutualisées[5].

Été 2022 en Gironde : cinq kilomètres de coupe devant les flammes

L'un des chantiers de ce type les mieux documentés en France reste celui de juillet 2022. Le 20 juillet, l'ordre est donné d'ouvrir une coupure entre l'océan et le lac de Cazaux pour protéger Biscarrosse[2]. Abatteuses, pelles mécaniques, débardeurs, bulldozer et broyeurs se relaient : plus de soixante engins de travaux ouvrent une bande de 300 mètres de large sur près de cinq kilomètres[2].

Les forestiers de l'Office national des forêts y tiennent un rôle rarement raconté : ils suivent la progression des flammes, guident les secours grâce à leur connaissance du terrain et de la végétation, et assurent la liaison entre le poste de commandement et les équipes engagées[2]. Cette saison a coûté 32 000 hectares au département, dont 13 800 pour le seul incendie de Landiras[2]. Notre page Gironde suit le massif au quotidien.

Une coupure n'est pas un mur

Une bande dégagée arrête un feu qui court au sol. Elle ne garantit rien face aux projections de braises, qui franchissent des largeurs considérables quand le vent forcit. Le guide rappelle ce risque de franchissement, lié au vent et à la largeur de la zone préparée[1].

Force 06, la flotte d'engins d'un département méditerranéen

Le Sud-Est a fait un autre choix : entretenir toute l'année ses propres machines et ses propres conducteurs. Dans les Alpes-Maritimes, cette mission revient à Force 06, un service du Département (le conseil départemental), distinct du service d'incendie et de secours. Une présentation publiée en juillet 2011 sur le site du SDIS 06 lui attribuait alors 186 forestiers-sapeurs répartis sur 13 bases, 43 engins de génie civil (bulldozers, pelles mécaniques, tracteurs), 12 vigies, 8 porteurs d'eau de 10 000 litres et l'entretien de 1 667 kilomètres de pistes[3]. Ces chiffres datent de quinze ans : les effectifs actuels ont pu évoluer, et le Département publie désormais ses propres données sur ce service.

La Gironde s'appuie au contraire sur des associations de propriétaires : 1 125 bénévoles formés, 22 caméras de détection désormais actives la nuit, 4,5 millions d'euros de remise en état après 2022 puis 2,75 millions supplémentaires en 2025[7]. Deux modèles, une même logique de terrain préparé, détaillée dans le réseau DFCI et dans nos obligations de débroussaillement.

Juillet 2026 : les tractopelles du génie de l'air en Gironde

L'exemple le plus récent vient de l'été 2026. À partir du 22 juillet, les armées appuient la sécurité civile sur les incendies girondins[4]. Aux côtés de plus d'une centaine de pompiers de l'Air et de leurs véhicules, le 25e régiment du génie de l'air engage plusieurs tractopelles avec une mission unique : créer des pare-feu pour freiner la propagation[4].

Cet engagement a été largement éclipsé par le premier largage de retardant d'un avion de transport militaire, le 25 juillet au-dessus du secteur de Lacanau[4]. Les deux moyens relèvent pourtant du même dispositif interarmées, et le second n'aurait servi à rien sans une ligne au sol sur laquelle s'appuyer.

La serpe et la tronçonneuse, l'autre moitié du forestage

Tout ne se joue pas avec 300 chevaux sous le capot. Le guide range le matériel de forestage en trois familles : les outils coupants à main comme la serpe et la hachette, les outils non coupants comme la pelle, la pioche et le râteau, et les outils mécaniques portatifs comme la tronçonneuse et l'élagueuse[1].

Ces outils servent à ouvrir un accès, à tracer une piste de faible ampleur, à débroussailler en prévention ou à aménager une aire de poser pour un hélicoptère[1]. Sur un terrain inaccessible aux véhicules, ou sur un feu qui couve dans l'humus, ils sont parfois les seuls moyens disponibles[1]. Le guide signale aussi le risque qui va avec : des plaies aux membres, d'où un périmètre de sécurité et des équipements de protection imposés dès qu'un moteur tourne[1].

Ce que ces chantiers laissent dans le paysage

Une fois le feu passé, les traces restent visibles depuis la route et depuis les images satellite : bandes de sable nu, andains de branches poussés sur les bords, souches arrachées, pistes neuves qui ne figurent sur aucune carte. Le vocabulaire de ces ouvrages est repris dans notre glossaire.

Vient ensuite le travail du bois brûlé. Après 2022, l'office forestier s'est fixé l'exploitation de 80 000 mètres cubes avant le 31 décembre, avec un objectif de 30 % en bois d'industrie et 70 % en bois d'œuvre, tout en laissant le maximum de vert debout pour donner sa chance à la régénération naturelle[2]. Le chantier d'urgence se prolonge ainsi pendant des années.

Comment le voir sur la carte en direct

Aucun bulldozer n'émet de signal suivi par notre carte : ces engins n'apparaissent jamais en tant que tels. Ce que vous pouvez lire, en revanche, c'est leur effet. Quand un front cesse de progresser sur une ligne droite parfaitement rectiligne, alors qu'aucun avion ne tourne au-dessus, c'est souvent qu'une coupure a été ouverte là, ou qu'une piste existante a servi d'appui.

Questions fréquentes

Pourquoi envoyer des pelleteuses sur un feu alors qu'elles ne transportent pas d'eau ?

Parce qu'elles agissent sur un autre paramètre. L'eau refroidit, les engins enlèvent la matière qui brûle. Une bande dégagée jusqu'au sol continue de faire obstacle quand les citernes sont vides et quand les avions ne volent plus. Le guide national range cette action sous le terme de forestage, qui consiste à ouvrir un accès au feu ou une trouée séparant le combustible.

Qui conduit ces machines : des sapeurs-pompiers, des militaires ou des entreprises privées ?

Les trois. Des départements du Sud entretiennent leurs propres conducteurs et leurs propres engins, comme les forestiers-sapeurs de Force 06, le service du Département des Alpes-Maritimes. L'État dispose en plus d'un groupe appui militaire équipé de deux tracto-niveleurs. Et le guide national prévoit explicitement le recours à des engins du secteur privé, comme en Gironde en 2022 où plus de soixante machines de travaux ont été rassemblées.

Pourquoi le groupe appui doit-il être demandé plusieurs heures à l'avance ?

Parce qu'il se déplace en convoi exceptionnel. Ses deux tracto-niveleurs voyagent sur attelage, à vitesse réduite et sous contraintes d'itinéraire. Une demande tardive aboutit à des machines qui arrivent après le passage du front. Son chef prend donc contact en amont avec le responsable des secours pour reconnaître le terrain et engager les engins au plus tôt.

Une coupure de 300 mètres de large arrête-t-elle vraiment un incendie ?

Elle arrête un feu qui progresse au sol, et elle donne aux équipes une ligne solide où attendre les flammes. Elle ne protège pas des braises projetées par le vent, qui peuvent franchir une largeur importante et rallumer un foyer de l'autre côté. Le guide national rappelle ce risque de franchissement, fonction du vent et de la largeur de la zone préparée.

Quelle différence entre une piste DFCI et une pénétrante ouverte pendant l'incendie ?

La piste de défense des forêts est construite et entretenue avant tout départ de feu, elle est répertoriée et balisée pour être retrouvée de nuit. La pénétrante est taillée dans l'urgence, pendant l'opération, pour rejoindre un foyer qu'aucun chemin n'atteint. La première relève de l'aménagement du massif, la seconde de la manoeuvre du moment.

Que deviennent les arbres couchés par ces engins après l'incendie ?

Une partie part en filière bois. Après l'été 2022, l'office forestier s'est fixé l'exploitation de 80 000 mètres cubes de bois brûlé avant la fin de l'année, avec un objectif de 30 % en bois d'industrie et 70 % en bois d'oeuvre. Le reste des tiges encore vertes a été laissé debout volontairement, pour favoriser la reprise naturelle du massif.

18 · 112

En cas d'urgence, appelez le 18 ou le 112. Cette page informe ; elle ne remplace aucune consigne officielle.

À lire ensuite

Sources et dernière vérification

Dernière vérification des faits de cette page : 17 septembre 2026. Publication : 14 septembre 2026. Mise à jour : 17 septembre 2026.

  1. DGSCGC, guide de techniques opérationnelles « Lutte contre les feux de forêts et d'espaces naturels » (2021) (consulté le 14 septembre 2026) : définition du forestage, missions du groupe appui, rendements, matériels portatifs
  2. Office national des forêts, « Été 2022 : rétrospective d'une mobilisation hors norme » (consulté le 14 septembre 2026) : coupure de 300 m sur 5 km, plus de 60 engins, 32 000 ha, 80 000 m3 de bois
  3. Site du SDIS 06, « Lutte contre les feux de forêts : l'engagement de Force 06 » (présentation publiée le 26 juillet 2011 ; Force 06 est un service du Département des Alpes-Maritimes) (consulté le 17 septembre 2026) : chiffres de 2011 : 186 forestiers-sapeurs, 43 engins de génie civil, 13 bases, 1 667 km de pistes
  4. Ministère des Armées, armée de l'Air et de l'Espace, « Feux de forêts : l'armée de l'Air et de l'Espace en appui de la sécurité civile » (2026) (consulté le 14 septembre 2026) : tractopelles du 25e régiment du génie de l'air, engagement à partir du 22 juillet 2026
  5. Cour des comptes, « Les formations militaires de la sécurité civile » (février 2025) (consulté le 14 septembre 2026) : ouverture d'itinéraire par engins de travaux publics, équipements non mutualisés
  6. Ministère des Armées, armée de Terre, « Formations militaires de la sécurité civile » (consulté le 14 septembre 2026) : 1 402 sapeurs-sauveteurs, rattachement à l'arme du génie
  7. Préfecture de la Gironde, « Prévention des feux de forêt en Gironde : une mobilisation anticipée des services de l'État » (avril 2026) (consulté le 14 septembre 2026) : 1 125 bénévoles, 22 caméras, 4,5 M EUR puis 2,75 M EUR d'aménagements

Ce que nous ne savons pas avec certitude

  • L'effectif humain exact du groupe appui n'est pas publié dans le guide national, qui décrit les engins et les rendements mais pas le nombre de militaires.
  • Le nombre d'engins privés réquisitionnés ou loués sur un grand feu n'est presque jamais communiqué : le chiffre de la Gironde en 2022 reste une exception.
  • Le rendement de 300 mètres par heure est une valeur de référence du guide : il dépend du sol, de la pente et de la densité de la végétation, et aucun bilan public ne mesure l'écart réel sur un chantier.
  • Nous n'avons pas trouvé de bilan officiel indiquant quelle part des pistes ouvertes dans l'urgence est ensuite entretenue ou refermée.
  • Les effectifs et le parc d'engins de Force 06 cités sur cette page datent de 2011 ; nous ne les avons pas actualisés faute de bilan chiffré vérifié plus récent.

Qui écrit cette page, et comment

Éditeur
E.repare, à Gujan-Mestras (Gironde), qui édite aussi la carte des feux en direct. Voir à propos et notre méthodologie.
Méthode
Chaque chiffre est relié à une source citée en bas de page, avec sa date. Quand une donnée n'est pas publique ou contradictoire, nous le disons plutôt que de trancher.
Données propres
Les tableaux d'immatriculations et les compteurs viennent du registre nominatif ADS-B du site, celui qui identifie les appareils sur la carte.
Limites
Ces pages informent les habitants ; elles ne décrivent pas une procédure et ne se substituent à aucune consigne des secours ou des préfectures. Une erreur ? Écrivez-nous.