France Incendie
  1. Accueil
  2. Moyens de lutte
  3. Doctrine et tactiques de lutte contre les feux de forêt
  4. RCCI : comment on retrouve la cause et le point de départ d'un feu de forêt

RCCI : comment on retrouve la cause et le point de départ d'un feu de forêt

Quand le dernier fourgon s'en va, une équipe mêlant plusieurs métiers entre dans les cendres pour retrouver les quelques mètres carrés où tout a commencé. Voici comment se lit une zone brûlée, ce que devient la conclusion, et ce qu'un simple témoin peut apporter.

Voir sur la carte en direct →

Mis à jour le 17 septembre 2026Vérifié le 17 septembre 20261 900 motsCatégorie : Doctrine et tactiques de lutte contre les feux de forêt

Sommaire
  1. Presque toujours, quelqu'un était passé par là
  2. Trois regards sur le même carré de cendres
  3. Revenir au premier mètre, marque après marque
  4. Une spécialité née dans le Sud qui gagne du terrain
  5. Ce que devient la conclusion d'une cellule
  6. Avant l'enquête, la gendarmerie fait tout autre chose
  7. Vous avez vu partir le feu : ce qui sert vraiment
  8. Questions fréquentes

Quand les flammes tombent et que les derniers fourgons s'en vont, une autre équipe arrive. Elle ne porte pas de lance. Elle marche lentement, tête baissée, dans une zone que les secours viennent de quitter, et elle cherche un endroit précis : les quelques mètres carrés où tout a commencé.

C'est le travail des cellules de recherche des causes et des circonstances d'incendie, que l'on désigne par le sigle RCCI. Leur question tient en une phrase : pourquoi ce feu est-il parti, ici, ce jour-là. La réponse sert à un juge, mais aussi à un maire, à un propriétaire forestier et, au bout de la chaîne, à vous.

9 sur 10départs d'origine humaineconstat de la préfecture de la Gironde[2]
60 à 70 %des feux dont l'origine est établiebilan publié par l'Office national des forêts[1]
3métiers réunis dans une cellulesécurité intérieure, secours, forêt[1]
2006début de la base nationalecentralisation des incendies français[5]

Presque toujours, quelqu'un était passé par là

La statistique est brutale et elle revient chaque printemps dans les communiqués préfectoraux : neuf feux sur dix ont une origine humaine[2]. Cela ne veut pas dire que neuf personnes sur dix voulaient brûler une forêt.

Quatre familles de départs reviennent sans cesse. L'imprudence ordinaire d'abord : un mégot lancé par une vitre, un barbecue installé trop près des pins[2]. Les travaux ensuite, quand une machine mord une pierre et projette une étincelle dans de l'herbe sèche : les préfectures demandent explicitement d'éviter ces chantiers les jours dangereux[2].

Viennent enfin les défaillances techniques, ligne électrique ou véhicule garé sur un talus, et la malveillance. Le reste se partage entre causes naturelles, la foudre surtout, et départs dont personne n'établira jamais l'origine.

Imprudence ne signifie pas impunité

Mettre le feu volontairement à un bois d'autrui expose à dix ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende, et à quinze ans de réclusion criminelle lorsque des personnes ont été exposées ou l'environnement durablement abîmé[7]. Un feu parti par imprudence relève d'un autre texte, l'article 322-5 du code pénal : un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende dans le cas de base, davantage lorsque le feu touche des bois ou des forêts, qu'une obligation de sécurité a été violée délibérément ou que des personnes ont été blessées[10]. C'est nettement moins sévère, mais cela reste une infraction, à condition qu'un manquement à une obligation de prudence ou de sécurité soit établi.

Trois regards sur le même carré de cendres

Une cellule n'est pas un laboratoire. C'est une petite équipe qui associe trois compétences complémentaires, réunies sur le terrain autour de la même tache noire[1].

Ce que chaque métier apporte à la recherche d'une cause
QuiCe qu'il regardeCe qu'il en tire
Enquêteur des forces de sécuritéLa scène elle-même, les objets laissés, les traces d'accès, les témoins présentsDes constatations utilisables devant un tribunal, des prélèvements, des auditions
Expert forestierLes essences, le bois mort, la réaction du feuillage épargné, l'histoire de la parcelle[1]Le sens du vent au moment du départ et la chronologie de la végétation brûlée
Sapeur-pompier spécialiséLa façon dont le sinistre s'est propagé, sa vitesse, les fronts successifsUn scénario de progression que l'on peut remonter à l'envers

L'apport du forestier est moins évident que celui du gendarme, et pourtant décisif. Il connaît les chantiers en cours dans le massif, les chemins réellement fréquentés, les incidents des étés précédents[1]. Il travaille aussi avec les patrouilles de surveillance, souvent les premières arrivées sur un départ[8].

Revenir au premier mètre, marque après marque

Un feu ne brûle pas de façon symétrique. Il laisse sur chaque objet une signature de son passage, et cette signature indique la direction d'où venaient les flammes.

Une pierre noircie d'un seul côté raconte ainsi par où le front est arrivé. Un tronc atteint sur une seule face, un arbuste roussi mais debout, la teinte des cendres au sol : ces marques se lisent comme des flèches[1].

La cellule progresse donc à contresens de l'incendie. Elle délimite une première zone large, puis la resserre au fil des indices, jusqu'à un périmètre de quelques mètres où les indices deviennent contradictoires. C'est là que se trouve le point d'éclosion, et souvent ce qui l'a provoqué.

Cette méthode a ses limites, et personne ne les cache : dans 60 à 70 % des cas seulement, une cause finit par être établie[1]. Les autres feux restent classés sans explication, notamment ceux qui ont brûlé leur propre point de départ.

Une spécialité née dans le Sud qui gagne du terrain

Ces cellules ont d'abord été montées dans les départements méditerranéens, là où les étés brûlaient déjà avant que le reste du pays ne s'en inquiète. Le Var dispose de l'une des cellules les plus étoffées : environ 25 personnes, pompiers, agents de l'Office national des forêts et gendarmes spécialistes de l'identification criminelle, selon un reportage de la gendarmerie publié en novembre 2021[3].

Le dispositif gagne depuis des départements moins exposés. Dans les Hautes-Alpes, une cellule est opérationnelle depuis le 2 avril 2025 : cinq agents, dont deux de l'Office national des forêts, un sapeur-pompier, un gendarme et un agent de la direction départementale des territoires, formés à l'école de la Sécurité civile de Valabre[11]. La préfecture y justifie la démarche par un chiffre local : sur quinze ans, 94 % des 2 974 feux d'espaces naturels du département étaient d'origine humaine[11].

Cet exemple montre aussi que le schéma « trois métiers » est une simplification : selon les départements, d'autres services de l'État rejoignent l'équipe.

Ce que devient la conclusion d'une cellule

Le rapport d'une cellule suit trois chemins qui n'ont rien à voir entre eux.

Cette base centralise les sinistres du territoire depuis 2006, sous l'autorité du ministère chargé de l'agriculture et avec une application conçue par l'Institut national de l'information géographique et forestière[5]. Elle est publique, agrégée à la commune, et diffusée avec un décalage : l'année en cours n'y est pas encore consultable[6].

Prométhée n'a pas disparu, elle a été absorbée

Les feux méditerranéens ont longtemps été recensés dans une base distincte, Prométhée. Ses données ont été fusionnées dans la base nationale BDIFF début 2023, d'après le Cerema[9]. L'ancienne adresse promethee.com renvoie depuis une page d'erreur hébergée par l'IGN (constat du 14 septembre 2026) : c'est donc dans la BDIFF qu'il faut chercher ces feux.

Avant l'enquête, la gendarmerie fait tout autre chose

Le jour du sinistre, la plupart des militaires présents ne cherchent pas encore une cause. Selon la gendarmerie, ils assurent la sécurisation des lieux, la protection des personnes et des biens et le contrôle des flux et des zones, avec plus de 4 000 réservistes mobilisés en renfort en juillet 2026[4]. Les cellules de recherche des causes peuvent toutefois intervenir dès que le feu est en cours ou tout juste maîtrisé[4].

Cette présence a un effet secondaire précieux pour l'enquête à venir : elle limite le nombre de personnes qui traversent la zone. Un point de départ piétiné par des curieux devient très difficile à lire.

Vous avez vu partir le feu : ce qui sert vraiment

Un témoin direct vaut souvent mieux qu'une semaine d'expertise. Encore faut-il que son témoignage arrive et qu'il soit exploitable.

  1. Appelez d'abord le 18 ou le 112 pour le départ lui-même[2]. Le 17 reçoit ensuite ce que vous avez observé d'un comportement ou d'un véhicule.
  2. Notez l'heure exacte à laquelle vous avez vu la première fumée, et l'endroit le plus précis possible.
  3. Décrivez ce que vous avez vu partir : une voiture, une machine, une personne, une direction de fuite.
  4. Ne retournez pas sur la zone noircie une fois le feu passé, et ne ramassez rien. Un objet déplacé perd sa valeur d'indice.
  5. Si un périmètre est balisé, il l'est pour une raison. Une scène préservée reste lisible plusieurs jours.

Le reste du parcours d'un incendie, de l'appel initial à la déclaration d'extinction, est détaillé sur la chronologie type d'un feu et le vocabulaire des statuts. Le rôle des forestiers avant le sinistre est raconté sur la page des patrouilles.

Sur la carte en direct

Notre carte suit les foyers pendant qu'ils brûlent, pas après. Un feu passé au statut Feu éteint y disparaît progressivement, alors que la recherche des causes commence souvent à ce moment précis. Si vous avez suivi un incendie chez vous, la fiche départementale garde la trace des dates et des surfaces, et c'est elle qu'il faudra rapprocher, plus tard, du bilan publié par la base nationale.

Questions fréquentes

La cellule cherche-t-elle un coupable ou une cause ?

Les deux, mais dans cet ordre. Le travail commence par une question physique : où et comment ce feu a-t-il pris. L'existence d'un responsable n'apparaît qu'ensuite, et parfois jamais. Beaucoup de dossiers se terminent sur une cause probable sans qu'aucune personne ne soit identifiée, ce qui n'enlève rien à leur utilité pour la prévention.

Pourquoi l'origine de certains incendies reste-t-elle inconnue ?

Parce que le feu détruit souvent ses propres traces. Un départ situé au milieu d'une zone qui a brûlé longtemps, ou repassée par un second front, ne laisse plus de marques asymétriques lisibles. S'ajoutent les passages d'engins, les largages d'eau et le piétinement. Au total, l'origine n'est établie que dans une fourchette de 60 à 70 % des cas selon l'Office national des forêts.

Que risque une personne dont le barbecue a mis le feu à un bois ?

Elle ne relève pas des peines prévues pour l'incendie volontaire, qui atteignent dix ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende. Si un manquement à une obligation de prudence ou de sécurité est établi, l'article 322-5 du code pénal prévoit un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende, avec des peines plus lourdes pour un feu de bois ou de forêt. S'y ajoute une responsabilité civile, potentiellement lourde quand des hectares et des habitations ont brûlé.

Où consulter les causes des feux survenus dans ma commune ?

Dans la base de données sur les incendies de forêts en France, accessible librement en ligne. Elle rassemble les sinistres du territoire depuis 2006, commune par commune, sous l'autorité du ministère chargé de l'agriculture. Attention au décalage de publication : l'année en cours n'y figure pas, seules les années antérieures sont consultables.

Puis-je retourner voir la zone brûlée à côté de chez moi ?

Mieux vaut attendre. Au-delà du danger réel que représentent les arbres fragilisés et les reprises de lisière, une zone encore fraîche peut faire l'objet de constatations. Un objet ramassé par curiosité, une trace de pneu ajoutée par un véhicule de promeneur, et une pièce du raisonnement disparaît. Si un balisage est en place, il faut le respecter.

Ces enquêtes servent-elles vraiment à éviter des feux ?

C'est même leur second objectif. Savoir que des départs se répètent au bord d'une même route, près d'une aire d'arrêt ou sur des parcelles insuffisamment débroussaillées oriente les décisions locales : fermeture d'accès, signalisation, contrôles de débroussaillement, campagnes ciblées sur les travaux d'été. Sans recherche des causes, la prévention se ferait à l'aveugle.

18 · 112

En cas d'urgence, appelez le 18 ou le 112. Cette page informe ; elle ne remplace aucune consigne officielle.

À lire ensuite

Sources et dernière vérification

Dernière vérification des faits de cette page : 17 septembre 2026. Publication : 14 septembre 2026. Mise à jour : 17 septembre 2026.

  1. Office national des forêts, « Recherche des causes d'incendie de forêt : remonter à l'origine du feu » (consulté le 14 septembre 2026) : cellule réunissant une force de sécurité intérieure, un sapeur-pompier spécialisé et un professionnel de la forêt ; lecture des brûlures asymétriques, de l'état des cendres et de la végétation épargnée ; origine identifiée dans 60 à 70 % des cas ; alimentation de la BDIFF
  2. Préfecture de la Gironde, communiqué d'avril 2026 sur la prévention des feux de forêt (consulté le 14 septembre 2026) : « la majorité des feux sont d'origine humaine (9 sur 10) » ; consignes mégots, barbecues et travaux générant des étincelles ; appel au 18 ou au 112 ; contrôle des obligations légales de débroussaillement par les agents forestiers
  3. Gendarmerie nationale, GendInfo, reportage 2021 sur une cellule de recherche des causes et circonstances des incendies (consulté le 17 septembre 2026) : cellule RCCI du Var composée d'environ 25 personnels (pompiers, agents de l'ONF, gendarmes de la cellule d'identification criminelle) ; article publié le 8 novembre 2021 ; page protégée par un filtre anti-robot, vérifiée dans un navigateur le 17/09/2026
  4. Gendarmerie nationale, GendInfo, « Sur le front des incendies, la gendarmerie veille, prévient, secourt et interpelle » (10 juillet 2026) (consulté le 17 septembre 2026) : article publié le 10 juillet 2026 : missions de sécurisation, de protection des personnes et des biens, contrôle des flux et de zone, plus de 4 000 réservistes en renfort, cellules RCCI engagées sur les feux en cours ou tout juste maîtrisés ; page protégée par un filtre anti-robot, vérifiée dans un navigateur le 17/09/2026
  5. Base de données sur les incendies de forêts en France (BDIFF), page d'accueil (consulté le 14 septembre 2026) : centralisation de l'ensemble des données sur les incendies du territoire français depuis 2006, application conçue et développée par l'IGN pour le ministère chargé de l'agriculture
  6. data.gouv.fr, jeu de données « Base de Données sur les Incendies de Forêts en France (BDIFF) » (consulté le 14 septembre 2026) : granularité communale, couverture France entière, licence ouverte 2.0, diffusion limitée aux années antérieures à l'année en cours, producteur IGN
  7. Légifrance, article 322-6 du code pénal (consulté le 14 septembre 2026) : dix ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende pour la destruction d'un bien d'autrui par incendie, quinze ans de réclusion criminelle en cas d'exposition des personnes ou de dommage irréversible à l'environnement
  8. Office national des forêts, « Les patrouilles de surveillance et d'intervention de l'ONF mobilisées tout l'été » (consulté le 14 septembre 2026) : patrouilles forestières souvent premières présentes sur un départ de feu, dans un grand nombre de départements
  9. Cerema, Outil2amenagement, « Le site de la base de données Prométhée » (consulté le 17 septembre 2026) : la banque de données Prométhée a été fusionnée avec la BDIFF début 2023
  10. Légifrance, article 322-5 du code pénal (consulté le 17 septembre 2026) : destruction involontaire par incendie provoqué par manquement à une obligation de prudence ou de sécurité : un an et 15 000 euros d'amende, peines aggravées pour les bois et forêts, en cas de violation délibérée ou de dommages corporels
  11. Préfecture des Hautes-Alpes, « Mise en place de la cellule recherche des causes et des circonstances de l'incendie » (3 avril 2025) (consulté le 17 septembre 2026) : cellule opérationnelle depuis le 2 avril 2025, 5 agents (2 ONF, 1 sapeur-pompier, 1 gendarme, 1 DDT) formés à l'Ecasc de Valabre ; 2 974 feux d'espaces naturels en quinze ans, dont 94 % d'origine humaine

Ce que nous ne savons pas avec certitude

  • Aucun bilan national annuel ne publie le nombre de cellules de recherche des causes en activité, ni le nombre de départements couverts : nous savons que le dispositif s'étend, pas à quel rythme exact.
  • L'effectif varois d'environ 25 personnes provient d'un reportage de novembre 2021 et n'a pas été réactualisé publiquement depuis.
  • La répartition fine entre imprudence, malveillance et causes techniques varie fortement d'un département et d'une année à l'autre : nous ne reprenons donc aucun pourcentage national par type de cause.
  • Le taux de 60 à 70 % d'origines identifiées est celui publié par l'Office national des forêts ; nous n'avons pas trouvé de chiffre équivalent produit par le ministère de l'Intérieur.

Qui écrit cette page, et comment

Éditeur
E.repare, à Gujan-Mestras (Gironde), qui édite aussi la carte des feux en direct. Voir à propos et notre méthodologie.
Méthode
Chaque chiffre est relié à une source citée en bas de page, avec sa date. Quand une donnée n'est pas publique ou contradictoire, nous le disons plutôt que de trancher.
Données propres
Les tableaux d'immatriculations et les compteurs viennent du registre nominatif ADS-B du site, celui qui identifie les appareils sur la carte.
Limites
Ces pages informent les habitants ; elles ne décrivent pas une procédure et ne se substituent à aucune consigne des secours ou des préfectures. Une erreur ? Écrivez-nous.