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Dévidoirs, motopompes, citernes souples : la permanence de l'eau sur un feu de forêt

Une lance d'attaque vide une citerne de camion en quelques minutes. Derrière chaque engin qui tient une lisière, il y a donc des kilomètres de tuyau, des pompes posées dans un étang et des poches de toile remplies en pleine forêt. Voici cette chaîne de l'eau, celle que l'on ne filme jamais.

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Mis à jour le 17 septembre 2026Vérifié le 17 septembre 20262 089 motsCatégorie : Véhicules et moyens terrestres contre les feux de forêt

Sommaire
  1. Ne jamais laisser le feu faute d'eau
  2. Un camion qui ne transporte que du tuyau
  3. Au-delà de 440 mètres, une manoeuvre à part
  4. Quand le tuyau arrive par hélicoptère
  5. Pomper là où le camion ne descend pas
  6. Où l'on puise, et dans quel ordre
  7. Un plan d'eau posé dans une clairière
  8. Pourquoi un tuyau traverse votre rue
  9. Questions fréquentes

Sur un feu de forêt, le camion n'est pas la ressource rare : l'eau l'est. Une seule lance ouverte à son débit maximal consomme 500 litres par minute, et un engin d'attaque garde en plus une réserve de 300 litres qu'il n'a pas le droit de dépenser, parce qu'elle sert à s'asperger lui-même si les flammes l'atteignent[1]. Autrement dit, une citerne de camion se vide en quelques minutes de travail réel. Tout l'art consiste donc à faire arriver derrière elle un flux continu, venu d'un lac, d'un forage, d'un poteau de rue ou d'une poche de toile posée dans une clairière.

Cette page raconte cette plomberie de campagne : les camions qui ne transportent que du tuyau, les pompes qui vont chercher l'eau là où aucun véhicule ne descend, les réservoirs improvisés et la règle qui décide où l'on puise. Elle traite la chaîne au sol ; les rotations des avions et des hélicoptères qui vont remplir leurs soutes sont racontées à part, dans la page consacrée à l'écopage.

500 L/mindébit d'une lance d'attaquealimentée en tuyau de 45 mm[1]
440 mseuil de l'établissement de grande longueurau-delà, matériel spécifique[1]
80 mintervalle entre deux divisionssur un long établissement[1]
10 000 Lplus grande poche de toile d'une cellule de soutienavec une seconde de 5 000 L[2]

Ne jamais laisser le feu faute d'eau

Les documents de doctrine emploient une expression qui revient page après page : assurer la permanence de l'eau sur le chantier[1]. Ce n'est pas une formule. Un engin qui tarit doit décrocher, donc abandonner sa portion de lisière, donc laisser repartir un front que l'on venait de coucher.

La parade tient en une organisation en boucle. Pendant que deux engins tiennent leurs lances, deux autres font la navette vers le point de remplissage, sous la conduite d'un chef d'agrès chargé des rotations[3]. Le guide national précise la répartition : les engins qui ont la plus grande capacité ou la meilleure pompe alimentent les lances, les autres assurent le ravitaillement en eau[1]. L'idéal, en pratique, est une navette réglée pour que le retour d'un véhicule plein coïncide avec la fin de la réserve de celui qui travaille. Un conducteur peut d'ailleurs être autorisé à circuler seul entre le feu et le point d'eau, à condition de rester en contact radio avec son chef[1].

Sur l'établissement lui-même, une vanne d'arrêt placée avant la lance permet d'ajouter des tuyaux, de changer de lance ou d'interrompre l'arrosage sans vider la ligne[1]. Ce petit accessoire évite de tout recommencer à chaque modification.

Un camion qui ne transporte que du tuyau

Le dévidoir automobile est l'engin le moins spectaculaire du convoi et l'un des plus décisifs. Il n'a ni lance ni citerne : sa caisse est occupée par des bobines de gros tuyau, que l'équipage déroule en avançant. Un ancien texte réglementaire, abrogé en 1997, exigeait que chaque dévidoir en emporte au moins 1 400 mètres, d'un diamètre de 110 millimètres, et tracte une motopompe[4] ; cet ordre de grandeur sert encore de repère. Pour les feux de forêt, les sapeurs-pompiers disposent aussi de versions tout-terrain ou hors route.

Son emploi est simple à comprendre : relier un point d'eau lointain au chantier, puis refouler dedans. Les textes techniques rangent d'ailleurs ce véhicule parmi les moyens de transport d'eau, aux côtés des porteurs et des camions-citernes de grande capacité[1]. Là où la navette coûte vingt minutes de trajet par rotation, la ligne de gros tuyau, une fois posée, ne coûte plus que la surveillance de ses raccords.

Au-delà de 440 mètres, une manoeuvre à part

Les distances que peut couvrir un groupe sont codifiées : quatre lances jusqu'à 120 mètres, deux lances jusqu'à 280 mètres, une seule jusqu'à 440 mètres. Franchi ce dernier seuil, on bascule dans ce que la doctrine nomme l'établissement de grande longueur[1].

Ce n'est plus la même affaire. Il faut des claies de portage pour monter les tuyaux à dos d'homme, des outils pour ouvrir un cheminement, des pompes de relais, et un chef qui vérifie que l'eau monte au rythme où la ligne s'allonge[1]. Une division est intercalée tous les 80 mètres, et les deux engins dont les pompes ont le meilleur rendement sont couplés en série pour pousser la colonne d'eau[1]. Sur une pente qui monte, une division à clapet retient l'eau déjà montée si un tuyau éclate plus bas[1]. Dans cette configuration, deux véhicules alimentent la ligne et deux autres continuent la navette[1].

Quand le tuyau arrive par hélicoptère

Certains versants ne se rejoignent ni en camion ni à pied dans un délai utile. Un détachement héliporté peut alors déposer une équipe et dérouler un dévidoir aérien, un enroulement de tuyaux de 70 millimètres largué depuis l'appareil, qui sert à alimenter un ou plusieurs engins isolés[1].

La doctrine explique clairement l'intérêt du procédé : il tient l'eau dans la durée et expose moins les équipes au sol que la répétition des rotations de poches souples[1]. Deux limites, en revanche. Ces établissements ne se font que pendant le jour aéronautique, et une propagation trop violente ou une météo dégradée suffit à reporter la mission[1]. Le détachement emporte pour cela ses propres pompes portatives de relais[1].

Pomper là où le camion ne descend pas

Un cours d'eau en contrebas, un étang cerné de roseaux, une piscine derrière un portail : l'eau est souvent visible et inaccessible au véhicule. C'est le métier des pompes mobiles. La pompe flottante se pose sur le plan d'eau comme une bouée et refoule vers le haut ; la remorquable s'immerge ou se cale sur la berge ; la pompe d'épuisement vide une réserve peu profonde[1].

Trois façons de remplir un engin, et ce qu'elles supposent
ProcédéPrincipeCondition
Aspirationla pompe de l'engin ou une pompe mobile puise directement dans le point d'eau[1]un accès et une hauteur d'aspiration compatibles
Portagedes véhicules porteurs ou un dévidoir apportent l'eau au chantier[1]un itinéraire praticable et du temps de trajet
Hydro-éjecteurun jet sous pression entraîne l'eau extérieure vers la citerne[1]garder au moins 300 litres d'amorçage dans la citerne[1]

Les patrouilles forestières illustrent l'échelon le plus léger de cette famille : des véhicules tout-terrain équipés d'une citerne de 600 litres, de quoi agir sur un départ de feu naissant avant qu'il ne devienne un chantier[5].

Où l'on puise, et dans quel ordre

Le choix du point de remplissage n'est pas laissé au hasard. La doctrine liste les ressources utilisables : points naturels (lacs, étangs, lagunes, cours d'eau), réserves artificielles (citernes, châteaux d'eau, piscines), forages de défense de la forêt, et ne mentionne les poteaux ou bouches de rue qu'à défaut des autres[1]. On devine la logique : un étang voisin est souvent plus près du front qu'une borne de lotissement.

Deux manoeuvres codifiées permettent de gagner du temps sur une même prise : deux engins se remplissent ensemble sur un même hydrant, chacun avec un diamètre adapté à la borne, et jusqu'à quatre engins peuvent être servis simultanément, en 45 ou en 70 millimètres selon l'appareil[1]. Sur un plan d'eau, la même mise en parallèle se fait à partir d'un engin mis en aspiration ou d'une pompe mobile[1].

Après l'eau de mer, on rince

Dès qu'une citerne a contenu de l'eau salée, saumâtre ou chargée, un rinçage s'impose, avec vérification qu'aucun sédiment ou gravier n'obstrue les orifices de pompe ni les buses qui arrosent la cabine[1]. Un grain de sable dans une buse, et la protection thermique du véhicule ne fonctionne plus au moment où elle sert.

Un plan d'eau posé dans une clairière

Les hélicoptères légers ne se ravitaillent pas toujours dans un lac. On leur installe une poche de toile ouverte, remplie depuis une borne ou par les véhicules du groupe chargé de l'alimentation, dans laquelle ils viennent plonger leur seau. Deux contraintes gouvernent l'installation : environ un mètre de profondeur d'eau, et un cercle de 30 mètres de diamètre totalement dégagé d'arbres, de pylônes et de câbles pour le vol stationnaire[2].

La cellule de soutien d'un service départemental transporte pour cela deux poches, l'une de 10 000 litres, l'autre de 5 000, en plus des pompes, des divisions, des tuyaux de tous diamètres et même d'un rince-tuyau[2]. Derrière elle, une unité entière est dédiée au sujet.

Nom
groupe alimentation, souvent abrégé GAL
Encadrement
un véhicule de chef de groupe[2]
Porteurs d'eau
deux engins de grande capacité ou super[2]
Pompage
un tout-terrain et une pompe remorquable[2]
Mission
gérer le remplissage des engins de lutte vite et en sécurité[2]
Décision
le commandant des opérations de secours affecte ce groupe au chantier[7]

Pourquoi un tuyau traverse votre rue

Quand le feu touche les maisons, la doctrine reconnaît que l'efficacité des équipes tient à quatre conditions concrètes, dont une vous concerne directement : la présence, tout près des habitations, de points d'eau utilisables par des moyens légers, bornes de rue, réserves, bassins ou piscines[1]. Un engin posté devant un pavillon ne tiendra pas longtemps avec sa seule citerne. Il cherchera à se raccorder, et la ligne passera par la chaussée.

Ce maillage se prépare hors saison. Les réseaux de défense de la forêt associent pistes, citernes, plans d'eau et bornes réparties dans les massifs pour que jamais un engin n'ait à parcourir une distance absurde[6] ; c'est le sujet de la page sur les pistes et le débroussaillement.

Trois réflexes qui changent quelque chose

Ne roulez jamais sur un tuyau posé au sol : un tuyau écrasé, c'est une lance qui s'éteint plus loin. Ne stationnez pas devant une borne incendie, même quelques minutes, et laissez libre l'entrée des pistes. Si votre piscine peut servir, dites-le aux équipes présentes plutôt que d'essayer d'arroser vous-même.

Ce que vous en voyez sur la carte

Notre carte en direct suit les foyers et les aéronefs, pas les tuyaux : aucun capteur public ne diffuse la position d'une pompe ou d'une ligne d'alimentation. En revanche, un feu qui reste actif de longues heures au même endroit signale presque toujours un chantier où cette chaîne de l'eau tourne à plein, souvent loin du premier point d'eau disponible.

Questions fréquentes

Pourquoi les pompiers ne se branchent-ils pas simplement sur une borne de rue ?

Parce que la doctrine ne cite les poteaux et bouches de rue qu'à défaut d'autres ressources. Elle énumère d'abord les plans d'eau naturels, les réserves artificielles comme les citernes ou les piscines, et les forages prévus pour la forêt. Un point d'eau naturel se trouve souvent plus près du front qu'une borne de quartier, ce qui raccourcit chaque trajet.

Que transporte exactement un dévidoir automobile ?

Essentiellement du tuyau de gros diamètre, déroulé en roulant, et parfois une motopompe en remorque. Un décret de 1988, abrogé depuis, fixait une dotation minimale d'environ un kilomètre et demi de tuyaux. Le dévidoir ne sert pas à attaquer le feu : il relie une fois pour toutes un point de puisage éloigné au chantier, au lieu de multiplier les allers et retours.

À quoi sert une poche souple posée dans une clairière ?

À donner un point de remplissage aux hélicoptères légers quand aucun lac n'est proche. On la remplit depuis une borne ou avec les véhicules du groupe alimentation, puis l'appareil vient y plonger son seau. Il faut environ un mètre d'eau et un cercle de 30 mètres parfaitement dégagé autour, sans arbre, pylône ni câble.

Qu'appelle-t-on un établissement de grande longueur ?

Toute ligne de tuyaux qui dépasse 440 mètres depuis l'engin. Au-delà de cette distance, il faut du matériel en plus : des claies pour porter les tuyaux à dos d'homme, des pompes de relais, une division tous les 80 mètres et deux engins couplés en série pour pousser l'eau. C'est une manoeuvre longue, réservée aux terrains où rien d'autre n'atteint le feu.

Un tuyau traverse ma rue pendant un feu : que dois-je faire ?

Ne pas rouler dessus, même lentement, et ne pas le déplacer. Un tuyau écrasé ou débranché prive de pression une lance située plus loin. Laissez également libres les bornes incendie et les entrées de pistes, et signalez aux équipes présentes une piscine ou une réserve utilisable plutôt que d'arroser vous-même.

Pourquoi rincer une citerne après avoir puisé dans la mer ?

Parce que le sel et les sédiments abîment le circuit et bouchent les petits orifices. Le risque principal concerne les buses qui arrosent la cabine et les pneus pour protéger l'équipage du rayonnement : si elles sont obstruées, la protection manque au pire moment. Le rinçage vaut aussi après un puisage en eau chargée ou boueuse.

18 · 112

En cas d'urgence, appelez le 18 ou le 112. Cette page informe ; elle ne remplace aucune consigne officielle.

À lire ensuite

Sources et dernière vérification

Dernière vérification des faits de cette page : 17 septembre 2026. Publication : 14 septembre 2026. Mise à jour : 17 septembre 2026.

  1. DGSCGC, guide de techniques opérationnelles « Lutte contre les feux de forêts et d'espaces naturels » (2021) (consulté le 14 septembre 2026) : débits des lances, liste des points d'eau, répartition alimentation et ravitaillement, établissement de grande longueur, dévidoir aérien, rinçage
  2. SDIS de la Haute-Loire, ordre d'opérations départemental feux de forêts et d'espaces naturels (juin 2025) (consulté le 14 septembre 2026) : composition du groupe alimentation, poches souples de 10 000 et 5 000 litres, aire de 30 mètres
  3. Mémento feux de forêts 2022, équipe pédagogique (plateforme Enasis) (consulté le 14 septembre 2026) : répartition des conducteurs entre alimentation des établissements et rotations
  4. Décret n° 88-623 du 6 mai 1988, annexe (dotation type des dévidoirs automobiles), abrogé en 1997 (consulté le 17 septembre 2026) : au moins 1 400 m de tuyaux de 110 mm et une motopompe remorquable par dévidoir
  5. Office national des forêts, les patrouilles de surveillance et d'intervention (consulté le 14 septembre 2026) : patrouilles en 4x4 équipés de citernes de 600 litres, action sur les feux naissants
  6. Portail de la prévention des incendies de forêt, la défense des forêts contre l'incendie (consulté le 14 septembre 2026) : maillage de pistes, citernes, plans d'eau et bornes dans les massifs
  7. Sécurité civile, « L'organisation des opérations de secours » (consulté le 14 septembre 2026) : rôle du commandant des opérations de secours

Ce que nous ne savons pas avec certitude

  • La longueur de tuyau emportée par un dévidoir automobile vient du décret n° 88-623 du 6 mai 1988, abrogé en 1997 : aucun texte en vigueur que nous ayons trouvé ne fixe aujourd'hui de dotation nationale, et elle varie selon les services. Nous la donnons comme un ordre de grandeur.
  • La longueur maximale d'un établissement réalisé avec un dévidoir aérien héliporté n'est publiée dans aucun document officiel que nous ayons pu consulter ; les chiffres qui circulent ne sont pas vérifiables.
  • Le volume des citernes enterrées de défense de la forêt varie d'un massif et d'une génération d'ouvrage à l'autre : aucun volume standard national n'est publié.

Qui écrit cette page, et comment

Éditeur
E.repare, à Gujan-Mestras (Gironde), qui édite aussi la carte des feux en direct. Voir à propos et notre méthodologie.
Méthode
Chaque chiffre est relié à une source citée en bas de page, avec sa date. Quand une donnée n'est pas publique ou contradictoire, nous le disons plutôt que de trancher.
Données propres
Les tableaux d'immatriculations et les compteurs viennent du registre nominatif ADS-B du site, celui qui identifie les appareils sur la carte.
Limites
Ces pages informent les habitants ; elles ne décrivent pas une procédure et ne se substituent à aucune consigne des secours ou des préfectures. Une erreur ? Écrivez-nous.