Sur un feu qui dure, le véhicule le plus précieux n'est pas toujours celui qui arrose. C'est parfois un gros camion sans équipe d'attaque, garé au bord d'une piste, qui attend son tour de remplissage. Il porte un sigle peu connu du public : CCGC, camion-citerne grande capacité.
Cette page raconte la logistique de l'eau vue depuis ce camion : pourquoi les engins d'attaque se vident si vite, combien de litres un ravitailleur déplace, avec qui il roule, et ce qu'il ne sait pas faire. Si vous en croisez un sur une départementale pendant un incendie, vous saurez ce qu'il va chercher.
Sept minutes de lance ouverte, et la citerne est vide
L'engin d'attaque le plus courant, le camion feux de forêts moyen, emporte environ 4 000 litres, dont 300 sont mis de côté pour arroser le camion lui-même en cas de coup de chaleur[3]. Le guide national de la Sécurité civile fixe des seuils : 600 litres réellement disponibles pour un modèle léger, 1 500 pour un moyen, 5 000 pour un super[1].
Faites le calcul avec une seule grande lance, réglée sur 500 litres par minute[1] : les 3 700 litres restants partent en un peu plus de sept minutes. Avec deux lances, il reste moins de quatre minutes d'eau. Un camion plein n'est donc jamais qu'un quart d'heure d'autonomie.
Le guide prévoit pour cela des moyens d'appui, engagés là où la ressource en eau est pauvre, afin d'alimenter les engins sans interruption[1]. Le CCGC en est la forme la plus directe : une citerne roulante de 5 000 à 15 000 litres, montée sur porteur ou sur semi-remorque, armée par deux personnes[6].
Hors route, 14 500 litres et parfois un canon sur le toit
La déclinaison hors route, notée CCGCHR, ressemble davantage à un gros engin d'attaque et reçoit parfois un canon sur le toit[6]. Elle atteint des zones où une semi-remorque ne s'aventurera jamais.
Les unités militaires de la sécurité civile, 1 402 sapeurs-sauveteurs issus du génie et mis à la disposition du ministère de l'Intérieur[7], alignent le plus gros modèle courant. La fiche de l'unité de Corte détaille le sien : 14 500 litres d'eau et 300 litres d'additif, une pompe de 3 000 litres par minute à 15 bar, un canon réglable de 500 à 2 000 litres par minute, un conducteur et un chef d'agrès à bord[8]. Chaque section feux de forêts de l'unité en reçoit un[8].
Cette version militaire brouille un peu la frontière entre ravitailleur et engin d'attaque. Sa fiche la présente d'abord comme dédiée au ravitaillement en eau de la section, mais ajoute qu'elle participe à la lutte directe contre les feux d'espaces naturels et qu'elle joue le rôle central dans la manœuvre d'autodéfense de la section, quand les camions se replient et s'arrosent mutuellement[8]. Avec un tel débit de pompe, le canon de toit n'est pas un accessoire.
Ce type de camion voyage aussi hors des frontières. Le module feux de forêts parti en Grèce en 2023 comptait un véhicule léger tout-terrain, trois camions de 8 000 litres et un CCGC de 14 500 litres[4].
La tendance générale va vers le volume. La Cour des comptes relève qu'à partir de 2019, les camions détruits en campagne ont été remplacés par des modèles plus gros, 8 000 litres au lieu de 6 000 ou 4 000, achetés 440 000 euros contre 300 000 pour les anciens[4].
| Critère | Moyen (CCFM) | Super (CCFS) | Grande capacité (CCGC) |
|---|---|---|---|
| Citerne | environ 4 000 L[3] | 8 000 ou 9 000 L[3] | 5 000 à 15 000 L, 14 500 L en version militaire[6][8] |
| Métier premier | aller au contact des flammes[1] | attaquer, et remplir les plus petits[3] | transporter l'eau vers les autres ; la version militaire ajoute la lutte directe et l'autodéfense[8] |
| À bord | 2, 3 ou 4 sapeurs-pompiers[1] | équipage complet d'attaque[3] | 2 personnes[6] |
Le groupe alimentation, une unité entière consacrée au remplissage
Quand un chantier dépasse les rotations improvisées, la chaîne de commandement engage une unité dédiée. L'ordre d'opérations de la Haute-Loire la détaille : un véhicule de chef de groupe, deux CCGC ou camions super, un véhicule tout-terrain et une motopompe remorquable[2]. Son objet unique est de rendre l'alimentation rapide et sûre.
En dessous de ce niveau, le remplissage se joue à l'intérieur même des groupes d'attaque. Le mémento des manœuvres confie à l'un des chefs d'agrès l'organisation des rotations, pendant que ses collègues tiennent les lances[5]. Sur ordre, un conducteur peut partir seul vers le point de remplissage, à condition de rester joignable par radio[1].
Le sigle change selon les documents
Le glossaire du guide national parle de groupe alimentation feux de forêts[1], les ordres départementaux abrègent souvent en groupe alimentation[2]. Même unité, mêmes camions, vocabulaire local.
Les grands volumes servent aussi à tenir une ligne d'appui, cette barrière préparée à distance du feu : le guide précise que des camions de grande capacité peuvent y être adjoints aux engins regroupés[1]. Le détail de ces rotations est traité dans notre page sur l'écopage et les norias.
Remplir une piscine posée au sol pour les hélicoptères
Un hélicoptère qui largue a besoin d'un plan d'eau à proximité immédiate, sinon il passe son temps en transit. Quand aucun lac ni retenue n'existe dans le secteur, on installe une citerne souple, une cuve ouverte posée au sol que les camions viennent remplir et dans laquelle l'appareil plonge son seau.
Le guide national mentionne explicitement ces rotations de citernes souples, tout en signalant qu'un dévidoir de tuyaux héliporté leur est préféré sur les interventions longues, pour la sécurité des équipes au sol[1]. Autrement dit, la citerne souple est une solution d'appoint, pas une installation permanente.
Le guide national ne chiffre pas ces cuves. Un ordre d'opérations départemental, celui de la Haute-Loire, donne en revanche un exemple concret pour les hélicoptères légers : une citerne souple ouverte d'un mètre de profondeur, une aire de vol stationnaire dégagée de 30 mètres de diamètre, et une cellule dotée de deux citernes souples de 10 000 et 5 000 litres, remplies depuis un hydrant ou par le groupe alimentation[2]. C'est là que le CCGC entre en scène : sans camion pour la remplir, la citerne souple n'est qu'une bâche à plat.
Ce qu'un CCGC fait rarement
Attaquer n'est pas sa mission première. Les fiches de l'unité de Corte le rappellent à deux reprises : le camion super a vocation à ravitailler plutôt qu'à attaquer[3], et le grand ravitailleur de 14 500 litres est d'abord dédié au remplissage de la section[8]. Mais la même fiche précise que ce modèle militaire, avec sa pompe de 3 000 litres par minute et son canon, participe aussi à la lutte directe et à l'autodéfense des équipages[8]. Côté civil, les exemplaires décrits par l'encyclopédie se contentent d'une lance de défense rapprochée, et seul le modèle hors route reçoit parfois un canon[6].
Le tableau honnête est donc celui-ci : un CCGC sur semi-remorque reste un réservoir roulant ; une version hors route militaire peut tenir une position et arroser, tout en gardant le remplissage des autres comme raison d'être.
Il ne figure d'ailleurs pas dans le classement officiel des engins feux de forêts, qui range les camions léger, moyen et super selon leur masse totale en charge[1]. Le CCGC appartient à une autre logique, celle du transport.
Un camion de 15 000 litres pèse plusieurs dizaines de tonnes une fois plein. Il freine mal, tourne large, et ne double jamais. Croisez-le au pas, sur une voie forestière encore plus qu'ailleurs.
Le croiser sur une départementale pendant un incendie
Voici ce que vous voyez de l'extérieur : un camion lourd, lent, souvent seul, qui fait des allers-retours entre un point d'eau et une entrée de massif, parfois pendant toute une nuit. Il n'a ni gyrophares en action permanente ni urgence apparente, et pourtant il conditionne tout le reste.
Sa présence renseigne sur la durée. Tant que ces camions tournent, le chantier consomme de l'eau, même lorsque le feu est annoncé Feu fixé et que les flammes ont disparu de la route. Le noyage des lisières et la surveillance des reprises réclament des milliers de litres après la phase spectaculaire.
Deux gestes simples aident vraiment : laisser libres les accès aux points d'eau, souvent de simples élargissements de piste, et ne pas stationner devant une citerne de défense des forêts. Un ravitailleur bloqué, c'est une lance qui se tait quelques minutes plus loin. Voir aussi les dévidoirs et le pompage et le camion-citerne feux de forêts.
Ce que la carte peut vous dire d'un ravitaillement
Un camion n'émet aucun signal public : vous ne verrez donc jamais de CCGC sur notre carte en direct. Lisez plutôt la durée. Un feu affiché pendant des heures alors que plus aucun avion ne tourne au-dessus, c'est presque toujours un chantier où les rotations d'eau continuent au sol.
Questions fréquentes
Un CCGC peut-il attaquer le feu comme les autres camions ?
Ce n'est pas sa mission première : il est d'abord là pour remplir les camions d'attaque. La nuance vient de la version militaire de 14 500 litres, dont la fiche de l'unité de Corte indique qu'elle participe aussi à la lutte directe, avec une pompe de 3 000 litres par minute et un canon réglable de 500 à 2 000 litres par minute, et qu'elle tient un rôle majeur dans l'autodéfense de sa section. Les modèles civils sur semi-remorque, eux, se limitent en général à une lance de protection du véhicule.
Combien de camions d'attaque un CCGC de 14 500 litres remplit-il ?
Un camion feux de forêts moyen dispose d'environ 3 700 litres réellement utilisables, une fois sa réserve d'autoprotection mise de côté. Un ravitailleur de 14 500 litres représente donc l'équivalent de trois à quatre remplissages complets. C'est un calcul de proportion, pas une règle opérationnelle : le volume transféré dépend du niveau restant dans chaque citerne.
Pourquoi voit-on ces camions rouler alors que le feu semble terminé ?
Parce que l'extinction consomme longtemps après la disparition des flammes visibles. Le noyage des lisières et la recherche des points chauds demandent des milliers de litres sur plusieurs heures, parfois plusieurs jours. Un ravitailleur qui fait des rotations tard dans la nuit est le signe d'un chantier encore actif, même sans spectacle depuis la route.
Qu'est-ce que le groupe alimentation dont fait partie le CCGC ?
C'est une unité entièrement consacrée à l'eau. L'ordre d'opérations feux de forêts de la Haute-Loire le compose d'un véhicule de chef de groupe, de deux camions de grande capacité ou de deux camions super, d'un véhicule tout-terrain et d'une motopompe remorquable. Le glossaire national emploie l'appellation groupe alimentation feux de forêts.
À quoi sert une citerne souple posée au sol près d'un feu ?
Elle crée un point de puisage là où il n'y en a pas : les camions la remplissent et un hélicoptère y plonge son seau sans aller chercher un lac éloigné. Le guide national ne chiffre pas ces cuves, mais l'ordre d'opérations de la Haute-Loire décrit, pour les hélicoptères légers, une citerne ouverte d'un mètre de profondeur avec une aire de vol stationnaire de 30 mètres de diamètre, et une cellule équipée de deux citernes de 10 000 et 5 000 litres. Sur les interventions longues, le guide national préfère toutefois un dévidoir de tuyaux mis en place par hélicoptère.
Le CCGC va-t-il jusqu'au contact du feu ?
Rarement. Les versions sur semi-remorque restent sur les axes praticables et servent de réservoir avancé. La déclinaison hors route, plus courte et plus haute sur pattes, s'approche davantage et peut appuyer une ligne d'appui, cette barrière préparée à distance des flammes, que le guide national autorise à renforcer par des camions de grande capacité.