Chaque point sur la carte vient de l'espace. Voici comment des capteurs infrarouges en orbite repèrent la chaleur d'un incendie, ce que sont MODIS, VIIRS et le système NASA FIRMS, et surtout ce que cette technologie ne permet pas de dire.
Ouvrir la carte en direct →Quand un point rouge apparaît sur France Incendie, personne n'a appelé pour signaler le feu. L'information est descendue du ciel : un satellite est passé au-dessus de la zone, a mesuré une chaleur anormale au sol, et cette mesure a été transmise, traitée puis affichée sur la carte. Cette technique s'appelle la télédétection thermique, et elle est aujourd'hui l'un des rares moyens de surveiller en continu des massifs forestiers immenses, souvent inhabités.
Cette page explique, sans jargon inutile mais sans approximation, comment fonctionne cette détection. Comprendre la méthode aide à lire la carte avec le bon niveau de confiance : ni la prendre pour parole d'évangile, ni la négliger.
Un satellite d'observation ne « voit » pas un incendie comme le ferait une caméra ordinaire. Ce qu'il mesure, c'est le rayonnement infrarouge émis par la surface de la Terre. Tout objet chaud émet de l'énergie dans l'infrarouge, et plus il est chaud, plus il rayonne dans des longueurs d'onde courtes. Un feu de végétation, dont le front peut dépasser plusieurs centaines de degrés, se distingue très nettement du sol environnant, même en pleine journée.
Les instruments embarqués comparent en permanence la température apparente de chaque petite zone survolée à celle de son voisinage. Lorsqu'une parcelle est anormalement chaude par rapport à ce qui l'entoure, l'algorithme la signale comme un « point chaud » (en anglais hotspot ou active fire). C'est ce point chaud, et non une image de flammes, qui devient un marqueur sur la carte.
Un point chaud est une anomalie thermique : une zone où le capteur a mesuré une température de surface nettement supérieure à l'attendu. C'est un indice très fort de combustion en cours, mais c'est un signal physique, pas une confirmation humaine. Toute la nuance de la carte tient dans cette distinction.
Deux familles de capteurs alimentent aujourd'hui l'essentiel de la détection mondiale des feux, toutes deux embarquées sur des satellites en orbite polaire (ils tournent du pôle Nord au pôle Sud pendant que la Terre défile sous eux, ce qui leur permet de couvrir toute la planète au fil des passages).
MODIS (Moderate Resolution Imaging Spectroradiometer) équipe les satellites Terra et Aqua de la NASA, en service depuis le début des années 2000. Sa résolution au sol pour la détection de feux est de l'ordre du kilomètre : chaque pixel « feu » couvre donc une surface assez large. C'est un capteur ancien mais précieux, car il fournit une archive longue et cohérente qui permet de comparer une saison à l'autre sur plus de vingt ans.
VIIRS (Visible Infrared Imaging Radiometer Suite) est plus récent et plus précis. Il équipe notamment les satellites Suomi-NPP et NOAA-20 (programme conjoint NASA / NOAA). Sa résolution pour les feux descend à environ 375 mètres, soit un maillage beaucoup plus fin que MODIS. Concrètement, VIIRS repère des foyers plus petits et localise mieux le front d'un incendie. C'est la raison pour laquelle la plupart des cartes modernes, dont celle-ci, s'appuient en priorité sur les détections VIIRS.
| Capteur | Satellites | Résolution feux (ordre de grandeur) |
|---|---|---|
| MODIS | Terra, Aqua (NASA) | ~ 1 km |
| VIIRS | Suomi-NPP, NOAA-20 | ~ 375 m |
Les valeurs ci-dessus sont des ordres de grandeur communément retenus pour la détection d'incendies. La résolution réelle varie selon l'angle de visée et le produit exact utilisé ; il faut les lire comme des repères, pas comme des mesures au mètre près.
Repérer un feu depuis l'espace ne sert à rien si l'information reste enfermée dans un laboratoire. C'est le rôle de FIRMS (Fire Information for Resource Management System), un service de la NASA qui collecte les points chauds mesurés par MODIS et VIIRS et les publie de manière ouverte, en quasi temps réel.
FIRMS met à disposition, pour chaque détection, sa position (latitude et longitude), l'heure de passage du satellite, le capteur d'origine et un indicateur de puissance radiative du feu. Ce sont ces données publiques que France Incendie récupère, filtre et replace sur une carte lisible, aux côtés du vent et de la qualité de l'air. La donnée brute est donc d'origine institutionnelle ; c'est son assemblage et sa mise en forme qui constituent le travail du site.
C'est le point le plus important à comprendre, et le plus souvent ignoré. Un satellite en orbite polaire ne stationne pas au-dessus de la France : il la survole, puis poursuit sa course. Entre deux passages exploitables au-dessus d'une même zone, il s'écoule plusieurs heures. Tant qu'aucun satellite n'est repassé, aucune nouvelle détection n'est possible sur ce secteur, quoi qu'il arrive au sol.
À cela s'ajoute une latence : le délai entre le moment où le capteur mesure la chaleur et le moment où la donnée devient disponible. Le temps que la mesure soit descendue, traitée et publiée, il peut se passer, en pratique, jusqu'à quelques heures. Cumulés, ces deux délais expliquent qu'un point affiché sur la carte reflète l'état d'un feu au dernier passage connu, pas nécessairement à l'instant présent.
Un feu qui progresse peut avoir considérablement évolué entre sa détection et son affichage. Le point vous dit « il y a eu de la chaleur ici, à cette heure-là », une information précieuse pour comprendre une situation et se préparer, mais qui ne remplace pas une observation directe ni une consigne officielle.
La télédétection est puissante, mais elle n'est ni parfaite ni infaillible. Un service sérieux se doit d'exposer ses angles morts.
Le capteur mesure une chaleur, pas une cause. Plusieurs sources non forestières déclenchent des détections légitimes du point de vue physique mais sans intérêt pour l'alerte incendie :
Pour réduire ces faux positifs, France Incendie applique des filtres : par exemple un masque des zones industrielles connues, qui écarte les torchères récurrentes, ainsi qu'une prise en compte de la puissance mesurée et de l'ancienneté de la détection. Aucun filtre n'est parfait, mais il évite d'alarmer sur des sources qui ne sont pas des incendies.
L'infrarouge thermique ne traverse pas une couverture nuageuse épaisse. Sous les nuages, la fumée dense ou en cas de brume, un feu bien réel peut passer inaperçu au passage du satellite. Une absence de détection ne signifie donc jamais, à elle seule, une absence de feu.
Un départ de feu de quelques mètres carrés peut rester sous le seuil de détection, surtout avec MODIS. VIIRS abaisse ce seuil grâce à ses 375 mètres, mais un tout petit foyer naissant, surtout de nuit ou sous couvert, peut n'être vu qu'au passage suivant, ou pas du tout s'il est maîtrisé entre-temps.
Malgré ces limites, la détection satellite reste irremplaçable pour un usage grand public. Elle couvre l'intégralité du territoire, sans capteur au sol, jour et nuit. Elle repère des départs dans des massifs isolés où personne n'aurait donné l'alerte avant des heures. Et surtout, croisée avec le vent et la qualité de l'air, elle permet à un habitant de comprendre une situation : où est la chaleur, dans quelle direction elle pourrait pousser la fumée, quelles communes sont sous le vent.
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La détection satellite est un outil d'information et de compréhension, pas un outil opérationnel de lutte. À cause de la latence et de la fréquence des passages, elle ne remplace jamais l'observation directe, l'appel aux secours, ni une alerte officielle des pompiers, de la préfecture ou une notification FR-Alert reçue sur votre téléphone. Si l'on vous demande d'évacuer, évacuez sans attendre de confirmation ici.
Non. Il mesure le rayonnement infrarouge, c'est-à-dire la chaleur émise par la surface. Un feu se traduit par un « point chaud », une anomalie thermique, pas par une image de flammes. Et cette mesure n'est prise qu'aux moments où le satellite survole la zone.
Ce sont deux capteurs. MODIS, plus ancien (satellites Terra et Aqua), détecte les feux à une résolution de l'ordre du kilomètre. VIIRS, plus récent (Suomi-NPP, NOAA-20), descend à environ 375 mètres et repère donc des foyers plus petits, avec une meilleure localisation.
À cause de deux délais cumulés : la fréquence des passages (plusieurs heures peuvent séparer deux survols exploitables d'une même zone) et la latence de traitement de la donnée. Une couverture nuageuse peut également masquer le sol au moment du passage.
En filtrant les détections : masque des zones industrielles connues (pour écarter les torchères permanentes), prise en compte de la puissance mesurée et de l'ancienneté du point. Ces filtres réduisent les faux positifs sans jamais les supprimer complètement, aucune détection satellite n'étant infaillible.